‹ L'enseignement obligatoire [microforme]Chapitre 14 sur 27 · MALGRÉ CELA · texte numérisé non relu

MALGRÉ CELA

C’est un devoir de charité du père envers l’enfant et non un droit strict de ce dernier. Même si l’on admettait ce droit, il faudrait bien admettre que tous les enfants, en tous lieux et en tous temps, ne l’ont pas également.

La répugnance que l’on éprouve pour reconnaître cette vérité part d’un bon sentiment, mais elle est plutôt sentimentale que raisonnée.

On considère la charité comme quelque chose d’inférieur au droit, parce qu’on se laisse prendre à la suggestion des mots. Pour un trop grand nombre de chrétiens le mot charité implique quelque chose d’humiliant. Et pourtant, le devoir de charité est imposé par Jésus-Christ comme le devoir essentiel du chrétien : ‘* C’est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.” Et l’on sait quel fut le sort dy mauvais riche, coupable d’avoir manqué au devoir de charité. Quelle doit donc être l’obligation du père envers son propre enfant ?

Malgré cela, depuis 6,000 ans la nature n’avait pas encore suggéré à l’homme l’action en justice pour sanctionner le droit à l’écriture, pas plus que pour sanctionner l’obligation de faire l’aumône.

La cherité n’a pas attendu six mille ans pour le leur procurer, et l’efficacité de cette dernière, sa supériorité sur la coercition ne laissent aucun doute.

Il ne s’agit pas de remplacer l’amour par la crainte, dirat-on, mais bien d'employer la crainte là où l’amour n'existe pas.

C’est précisement là le défaut de la loi de contrainte ; au lieu de réparer la pièce défectueuse dans le mécanisme, la loi générale aura pour effet de remplacer tout le mécanisme naturel par un autre, par un mécanisme artificiel.

CIRCONSTANCES EXCEPTIONNELLES ———— "°°" Û5" +'ONNELLES

Les principes que je viers d'exposer, quelque absolus qu'is puissent paraître, ne nous conduisent pas à la conclusion que l’État n’a aucun droit en matière d'éducation. L'État peut aller jusqu’à imposer l’obligation scolaire dans des conditions et dans des circonstances exceptionnelles. Mais la contrainte entraîne avec elle de graves inconvénients, elle est en général inefficace, d’après l’expérience des autres pays. Et les circonstances présentes n’en justifient pas l'emploi.

Ainsi ce n’est pas en vertu du droit propre de l’État de former la mentalité de l'enfant ; ce n’est pas non plus en vertu du droit de l’enfant lui-même à l'instruction ; ce ne peut être que par mesure d'utilité publique, que l’on peut imposer l’enseignement obligatoire. Mais ce ne peut être que dans des cas particuliers, et d’impérieuse nécessité, car l'utilité publique ne peut pas abolir le droit primordial du père sans rompre l'équilibre établi par la nature. Assurément l'intérêt des auires et leur droit sur mon enfant sont inférieurs aux miens. Cet équilibre nécessaire se retrouve partout. Partout le droit de l’un est limité par le droit de l’autre, Le législateur doit respecter cet équilibre qui est l’ordre même de la société.

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