‹ L'enseignement obligatoire [microforme]Chapitre 6 sur 27 · FORCE ET DROIT · texte numérisé non relu

FORCE ET DROIT

Ceux qui m'imposent leur volonté, peuvent avoir la force de me l’imposer, mais évidemment ils n’ont pas le droit de tout commander. I] Y à surtout un domaine qui leur est inaccessible, c’est celui de la conscience.

Quand nou: parlons d'éducation, nous touchons au domaine de la conscience. Si vous m'imposez votre enseignement, vous violentez ma conscience.

Eh bien ! cette restriction de ma liberté, au nom de qui me la demandez-vous, et dans quel intérêt ? Qui peut-être intéressé, et qui peut avoir des droits en cette matière ?

C’est au nom de l'intérêt public, de la société, que l’on demande à l’État de sévir contre les parents : car l’État représente la société. Quels sont donc les droits de la société en matière d'instruction ?

La société est une condition du bonheur de l’homme, une condition de son existence temporelle. Les hommes vivent en société sur la terre : ils ne peuvent pas s’isoler, ils ne pourraient pas vivre isolés. On ne peut pas les concevoir autrement que groupés par famille, et même par groupes de familles.

La famille est une société, le groupe des familles est une société, et chacun de ces groupes doit être organisé sous une autorité pour pouvoir durer et remplir la fonction nécessaire à chaque groupe.

Le père est le chef de la famille. Mais, dans le groupe dont sa famille fait partie, doit-il abdiquer ses pouvoirs et livrer le gouvernement de ses enfants à l'État? Je ne crois pas qu'on ait songé à le prétendre, excepté dans le monde païen et, depuis, tout récemment. Et encore, dans le monde romain, qui a duré plus longtemps que les autres, la famille était un royaume absolu, où le père avait le droit de vie et de mort.

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L'État est cependant intéressé au bon gouvernement des familles. Il est intéressé également à tout le bien possible et réalisable par les individus. Il est intéressé à la richesse publique et à ce que chaque citoyen travaille. S'en suit-il qu’il peut imposer le travail forcé ? Il est intéressé à tout ce qui se fait et à tout ce qui se passe, peut-il se mêler de tout, et ne reste-t-il pas un domaine où l’homme soit libre ?

Oui, la limite en est indiquée par la nature, encore une fois.

AVANT L'ÉTAT L’omnipotence de l’État, ou de la majorité, est un point de départ faux. L'’individu et la famille existent avant

l'État. C’est la doctrine de Léon XIII dans l’encyclique Rerum Novarum :

“ Voilà donc la famille, c’est-à-dire la société domestique, société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile, à laquelle, * dès lors, il faudra de toute nécessité attribuer certains droits et certains “ devoirs absolument indépendants de l’État...”

“* Aussi bien que la société civile, la famille, comme Nous l'avons dit plus “ haut, est une société proprement dite avec son autorité et son gouverne- ‘ment propre, l’autorité et le gouvernement paternel. C’est pourquoi, ‘* toujours sans doute dans la sphère que lui détermine sa fin immédiate, ‘ elle jouit, pour le choix et l’usage de tout ce qu’exigent sa conservation ‘et l'exercice d’une juste indépendance, de droits au moins égaux à ‘‘ ceux de la société civile. Au moins égaux, disons-Nous, car la société * domestique a sur la société civile une priorité logique et une priorité ‘ réelle, auxquelles participent nécessairement ses droits et ses devoirs. “ Que si les individus, si les familles entrant dans la société y trouvaient, “ au lieu d’un soutien, un obstacle, au lieu d’une protection, une diminution * de leurs droits, la société serait bientôt plus à fuir qu’à rechercher.”

C’est à l’autre extrémité de la hiérarchie sociale qu’il faut se placer, c’est au point de vue de l'individu qu’il faut considérer les choses pour les bien juger.

L’individu seul est conscient, seul il a une existence concrête, seul il est susceptible d’être heureux, seul il a une destinée à accomplir.

La famille est le premier organisme social établi par Dieu pour aider l’individu-enfant dans sa période de préparation à l'indépendance ; son chef, le père de famille, en récompens des services qu’il rend à tous les siens, en reçoit l'hommage du

respect et cette véritable royauté où il trône dans sa vieillesse, assuré de l’appui que procure une nombreuse postérité.

La beauté et l'efficacité de la vie patriarcale éclatent à tous le. yeux dans notre pays. Que manque£-t-il à l’homme ainsi entouré et soutenu des siens ? Que manque-t-il à la famille, au groupe d'hommes ainsi fortement constitué par la nature ? et quelle part d'indépendance la famille doitelle sacrifier pour obtenir ce qui lui manque ? Ce qui lui manque sur cette terre, où l’homme dénaturé est devenu l'ennemi de l’homme, c’est la sécurité : il faut une société plus vaste et une organisation plus forte que celle de la famille pour résister à l’ennemi du dehors. Il faut même, tant cette corruption de l’homme a altéré le lien de la fraternité humaine, il faut, depuis Caïn, compter sur cette organisation plus vaste, sur cette société de familles, sur l’État, prur protéger sa vie et ses biens, sa famille et sa propriél : &c itre le crime d’un frère.

Et, en raison des besoins croissants développés par la vie sociale et la civilisation, en raison de l’aptitude de la société à satisfaire des besoins dont la satisfaction dépasse les forces individuelles, il faut recourir à la société, à l’État pour réaliser certains progrès matériels ou intellectuels. Et chacun de ces recours à la puissance de l’État entraîne le sacrifice d’une part d'indépendance.

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