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LA GÉOGRAPHIE

Cet enseignement doit être donné d'après la méthode socratique qui développe l'intelligence au moyen de questions habilement graduées.

Que le livre, ce mur d'airain qui s'élève trop souvent entre le maître et l'intelligence de l'élève, disparaisse en temps convenable, afin de laisser un libre accès à ce courant intellectuel qui doit nécessairement s'établir entre l'esprit du professeur et celui des enfants.

Qu'en enseignant la géographie, on enrichisse l'intelligence des écoliers de connaissances indispensables et pratiques ; on leur fera plus de bien qu'en surchargeant leur mémoire de définitions abstraites.

Que le maître en enseignant cette branche importante soit bien persuadé d'une chose : il faut avant tout apprendre aux enfants ce qui leur sera nécessaire durant leur vie. De là, la nécessité de tenir un compte rigoureux de l'âge, du développement intellectuel et du besoin des enfants auxquels il s'adresse.

Et, dit Rendu : "Au lieu de quelques notions simples, claires, circonscrites, bien appropriées au degré des connaissances, à la nature des études, au genre de vie des élèves, on entasse dans l'espace le plus réduit possible toutes les définitions de la science géographique.

" A de pauvres enfants, destinés à vivre du travail de leurs mains dans les ateliers des villes ou à la sueur de leur front dans les champs de leur village, on fait étudier, sous le titre trompeur d'abrégé, des traités de géographie universelle ; à de pauvres petites filles qui passeront leur vie dans la chaumière paternelle, occupées au soin du ménage on de l'étable, o u qui gagneront leur pain avec leur aiguille, on

ne fait grâce d'aucune des ciuq parties du monde pas même d'un comté d'Angleterre ou d'une principauté germanique, et on leur laisse igno- Ter ce qu'est leur canton, leur département. "

Ah ! que ces paroles sont vraies ! Au sein de la classe enseignante de la province de Québec il y a encore un grand nombre d'instituteurs et d'institutrices qui apportent bien plus de soin à enseigner la géographie des différents pays d'Europe et d'Asie, qu'à faire connaître dans ses détails celle de la paroisse, du comté, de la province, du pays au milieu duquel leurs élèves sont appelés à passer leur vie.

Molière semble avoir dit à leur intention ces vers remarquables :

" Et l'on sa;t tout chez moi, hors c; qu'il fuit savoir. On y sait comme vont l'une, éto'le polaire Venus, Saturne, Mars, dont jf n'ai point affaire ; Et dans ce vain savoir qu'on va chercher si lo:n; On ne sait comment va mon pot, dont j'ai besoin.

Ce que nous venons de dire de l'enseignement de la géographie ne s'applique pas ordinairement aux instituteurs qui ont eu l'avantage d'être formés à l'école normale Laval.

Tous ceux qui ont suivi les cours de cette institution se rappellent toujours avec un plaisir sensible l'intérêt que M. Toussaint sait donner aux leçons de géographie.

Lorsque les élèves -maîtres connaissent parfaitement la géographie topographique, historique et politique du Canada, on leur fait faire tantôt un voyage à travers les grandes mers du globe, durant lequel on s'arrête aux principaux ports de mer pour charger les navires imaginaires, dont ils sont les capitaines, des produits naturels ou artificiels de tel ou tel pays ; tantôt c'est une narration sur une ville célèbre, un monument antique ; tantôt une citation faite à propos d'un endroit où s'est livrée une bataille remarquable, etc., etc.

C'est là, la vraie méthode, puisqu'elle repose sur ce principe que pour instruire l'enfance et la jeunesse, il faut l'intéresser.

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