CHAPITRE XXI JAPON
1" Historique. — L'écriture chinoise, qui est idéographique, a été introduite au Japon, qui n'avait pas encore d'écriture, par un lettré Coréen vers l'an 300 de Tère chrétienne; ses caractères ont servi à représenter les mêmes choses qu'en Chine, quoique au Japon elles soient exprimées par des mots différents; les Japonais y ont plus tard ajouté 48 signes d'un alphabet phonétique qui ne sert que pour les écrits populaires. De l'an 600 à l'an 1200 environ les études furent florissantes au Japon. Cette période brillante fut suivie, durant une longue suite de guerres civiles, d'une période de décadence qui ne cessa qu'avec l'avènement de la dynastie des Shiogouns. Les lettres fleurirent de nouveau. L'instruction populaire, qu'on se préoccupait médiocrement de répandre, se bornait alors aux éléments de la lecture, de l'écriture et du calcul, et était donnée dans les Hankagou et les KyôgakoUj établissements entretenus aux frais de l'État et réservés aux enfants des nobles et des militaires ; il y avait aussi des écoles privées (Chijoukou et Terakoya) dont quelques-unes étaient très fréquentées.
Il paraît qu'en 1854, les sept dixièmes de la population masculine et féminine savaient lire et écrire. Mais les Japonais ne connaissaient rien des sciences européennes ; ce n'est que dans la seconde moitié du xviii^ siècle qu'un médecin parvint, à force de persévérance, à déchiffrer un livre d'anatomie hollandais et à en donner une traduction.
Le Japon ne s'est ouvert à la civilisation européenne qu'après la signature des traités de commerce de 1854 et surtout après la révolution de 1867-1868, qui supprima le gouvernement féodal des daïmios. Dès 1868, un surintendant, puis un bureau provisoire d'instruction, furent institués à Kioto, mais ils n'avaient à s'occuper que de l'enseignement supérieur. En juillet 1871, le bureau
a été remplacé par un ministère de l'instruction. Six écoles élémentaires furent fondées à Tokio. Un code de Tinstruction qui prescrivait l'organisation des districts scolaires, réglait les deux degrés d'écoles primaires et fixait l'âge scolaire fut promulgué en août 1872. L'empereur l'annonçait en ces termes: « Toute connaissance, depuis celles qui sont nécessaires à la vie de chaque jour, jusqu'aux connaissances supérieures dont ont besoin les fonctionnaires, les cultivateurs, les négociants, les artisans, les médecins, etc., chacun dans leur art, s'acquiert par l'instruction. Il faut en conséquence que l'instruction soit si bien répandue qu'il n'y ait pas un village renfermant une famille ayant un membre dans l'ignorance. Les personnes qui jusqu'ici se sont adonnées à l'étude, ont presque toujours attendu que le gouvernement pourvût aux frais de leur éducation. C'est une idée fausse qui procède d'un long abus; toute personne doit essayer d'acquérir les connaissances par ses propres efforts. »
11 existait déjà une école normale à Tokio ; sept autres furent fondées en 1873-1874 ; mais, en 1877, elles furent réduites à deux, faute de ressources. Il y a aujourd'hui 2 écoles normales supérieures et 47 écoles normales ordinaires pour les instituteurs et plusieurs écoles pour les institutrices. Un grand nombre d'écoles primaires furent ouvertes. Ukge scolaire, qui avait été fixé d'abord de 6 à 13 ans, fut étendu jusqu'à 14 ans. Cependant, le code de 1872, par lequel on jugea avoir trop exigé, fut remplacé par celui de 1879, qui, moins impératif et moins minutieux, -supprimait les districts scolaires, mais qui, abandonnant trop l'instruction populaire aux influences locales, n'en servit pas le progrès. En conséquence, il fut remplacé en 1880 par un autre code, qui rétablit les districts scolaires. De nouveaux remaniements du code de l'instruction eurent lieu par la loi de 1885 et par celle de 1886, qui fit de la rétribution scolaire le principal fonds du traitement des instituteurs et décida qu'on ne pourrait se servir en classe que des livres approuvés par le ministre de l'instruction publique. Ces lois, se trouvant sur plusieurs points en désaccord avec la loi municipale promulguée en 1889, ont été à leur tour remplacées par la loi de 1890 qui considère l'instruction populaire comme incombant principalement aux autorités locales, qui oblige, par conséquent, les cités, villes et villages à en faire les frais et rend la fréquentation facile aux enfants pauvres par une diminution ou une exemption de la rétribution scolaire.
2° État légal et organisation administrative. — L'instmction relève du ministère de rinstruction publique qui examine et approuve les livres de classe ^ ; il en publie même pour servir de modèle; il fait les règlements, prépare les loisrelatives à l'instruction, nomme et destitue les maîtres et autres fonctionnaires des établissements qui sont sous l'autorité du gouvernement, réunit les éléments de la statistique, présente à l'empereur tous les ans un rapport général sur l'état de Tiustruction, publie des rapports spéciaux dans la Gazette du gouvernement. Le ministre et le viceministre inspectent de temps à autre les écoles et envoient dans les départements des inspecteurs qui font des rapports au ministre.
Le mode d'administration locale diffère quelque peu suivant les provinces et a plusieurs fois changé de 1879 à 1890. Dans 17 départements (Ken)^ des maîtres inspecteurs sont spécialement chargés de surveiller l'instruction ; dans les autres, ce sont les maîtres des écoles normales qui inspectent. Depuis 1890, il y a un inspecteur des écoles nommé par le gouvernement dans chaque Gun, c'est-àdire comté, et chaque Koit, c'est-à-dire district de cité impériale ; ce fonctionnaire surveille l'instruction sous les ordres de l'administrateur (Gounchô ou Kouchô). Dans chaque cité, ville ou village, l'instruction est administrée par un Shichô, un Chôchô ouun Sonchô ,• celui-ci est assisté d'un comité scolaire, nommé pour quatre ans par les propriétaires résidents de la localité et appointé, qui veille à l'établissement et à l'entretien des écoles primaires, à la fréquentation des élèves, etc., sous le contrôle de l'administrateur (À^owc/id) du comté ou arrondissement ; des instituteurs doivent faire partie de ce comité. Plusieurs quartiers ou villages peuvent s'unir pour établir à frais communs une école professionnelle ou une école modèle qui, dans ce cas, est administrée par un comité spécial. Les gouverneurs ont la haute main sur les comités. Les autorités des Gun et des Cho prennent aussi une part active à l'administration des écoles et relèvent du gouverneur du département qui exerce, après le ministre, l'autorité suprême.
L'enseignement primaire est obligatoire. L'école publique est souvent gratuite -, elle l'est toujours pour les enfants des familles pauvres, cependant il peut y avoir une rétribution scolaire dans les
1. Le système d'approbation et do publication a été plusieurs fois modifié. En 1890, la publication a été confiée à un éditeur.
localités dépourvues de ressources ; cette rétribution est payée en argent, en nature ou en sei'vices personnels.
Depuis 1890, les dépenses de l'instruction primaire, bâtiments, traitements, etc., sont à la charge des cités, villes, villages et unions de villes et villages.
Le programme d'études est fixé dans chaque province par le gouverneur en harmonie avec le plan général dressé par le ministre de l'instruction publique ; les cours durent de trois à quatre ans dans les écoles ordinaires et, en outre, deux à quatre ans dans les écoles supérieures.
Les écoles sont divisées en Kindergàrten , écoles élémentaires, écoles secondaires, écoles normales, etc. Elles sont placées sous le contrôle général du ministre de l'instruction, assisté des administrateurs des cités impériales {Fou) [il y en a 3 dans l'empire], et des départements {Ken) [il y a 43 ken^ l'administration de Yéso non comprise]. Elles sont publiques ou privées. Les écoles privées sont entretenues par un ou plusieurs particuliers ; elles ne peuvent être établies qu'avec l'autorisation du gouverneur.
Les Kindergàrten^ dont le premier a été fondé en 1876, reçoivent des enfants de 3 à 6 ans.
Les écoles élémentaires reçoivent lès enfants de 6 à 14 ans. Durant cette période de huit années, l'instruction est obligatoire \ les gouverneurs doivent prendre les mesures nécessaires pour assurer l'exécution de la loi.
L'école doit être tenue pendant trente-deux semaines au moins et l'enfant doit y être présent pendant seize semaines au moins. Les classes durent de trois à six heures par jour, cinq heures d'ordinaire. Il n'y a pas de classe le samedi soir et le dimanche.
Depuis 1890, elles sont divisées en écoles élémentaires ordinaires et écoles élémentaires supérieures. La même école peut être à la fois ordinaire et supérieure. Elles sont généralement communes aux deux sexes (dans les écoles secondaires, les deux sexes ne doivent pas être réunis dans une même salle). Un maître ne doit pas avoir plus de 70 à 80 élèves dans sa classe.
Toute cité ou ville et tout village est tenu d'entretenir un nombre d'écoles suffisant pour les enfants d'âge scolaire -, il n'est pas tenu d'avoir un Kindergàrten.
Les écoles privées, comme les écoles publiques, ne peuvent être ouvertes qu'avec l'approbation du gouverneur et elles doivent se soumettre à l'inspection. Il y a un certain nombre d'écoles spéciales
japonaises, chinoises, françaises, anglaises, allemandes ; il y a des écoles dans lesquelles on n'apprend que l'arithmétique.
Les écoles d'apprentis et les écoles complémentaires sont comprises dans la catégorie des écoles primaires.
Outre les écoles inspectées par les inspecteurs du ministère de l'instruction publique, il y en a qui sont inspectées par les officiers de la maison de l'empereur, par le ministère de la guerre, etc.
Les bâtiments d'école des villes sont construits en général sur le même plan que les écoles d'Europe et d'Amérique ; dans les campagnes, ils sont le plus souvent de style japonais, enboisde couleur naturelle, sans peinture.
Les règlements prescrivent qu'il y ait une salle de gymnastique. Le gouvernement donne aux écoles un terrain de 500 tsoubos (1 653 mètres carrés) ; dans l'île de Yeso, la concession s'élève à 500 000 tsoubos.
Les principales matières de l'enseignement dans les écoles élémentaires sont la morale, la lecture et l'écriture chinoise et japonaise, la composition, l'arithmétique et, quand il est possible, la gymnastique, ou, dans certains cas, la géographie et l'histoire du Japon, le dessin, le chant et les travaux manuels (la couture pour les filles). Dans les écoles élémentaires supérieures, on ajoute une étude plus complète des caractères chinois, la géographie et l'histoire du Japon et des pays étrangers, des éléments des sciences, la géométrie, une lange étrangère, des notions sur l'agriculture ou le commerce et les travaux manuels (couture pour les filles). On recommande surtout aux maîtres de prendre beaucoup de soin de l'éducation morale.
Parmi les écoles diverses et les écoles spéciales, lesquelles ne rentrent pas dans le système régulier des écoles japonaises, il y en a qui ont un caractère élémentaire. Il y a des écoles d'écriture (au nombre de 120), mais leur nombre diminue depuis que celui des écoles régulières augmente ; il y a des écoles de travail manuel (134) ; parmi les écoles de langue étrangère, les écoles anglaises, dont le nombre a beaucoup augmenté depuis quelques années, occupent le premier rang ; les écoles allemandes occupent le second.
Les nombreux changements que les lois ont apportés dans l'administration des écoles ont parfois aidé et parfois nui à leurs progrès, et les différences de classification qui en ont été le résultat rendent la comparaison des statistiques très imparfaite. Voici cependant le
tableau qu'a publié le ministère de l'instruction publique (Outlines of the modem éducation in Japan, May 1893, ch. 23).
Nombres moyens par année.
PÉRIODRS OD AHNÉKS.
ACOLKS.
MAÎTRES
ÉLÈVES
En 1892, il y avait 177 Kindergàrten renfermant 12 011 enfants.
Sur les 26017 écoles élémentaires qui existaient en 1890, il y avait 5 écoles du gouvernement, 25 277 écoles publiques et 735 écoles privées ; 19 467 étaient situées dans l'île de Nippon.
Sur les 67 730 maîtres, il y en avait 31 dans les écoles du gouvernement, 66 463 dans les écoles publiques et 1 236 dans les écoles privées.
Sur les 3 096 400 élèves, 570 dans les écoles du gouvernement, 3038 032 dans les écoles publiques et 57 798 dans les écoles privées. La fréquentation moyenne était de 72.3 p. 100 dans les écoles publiques et de 84.5 dans les écoles privées.
Le nombre des élèves inscrits était de 7.6 par 100 habitants (40718 000 hab.).
Dans les 47 écoles normales publiques de degré inférieur, il y avait 624 maîtres et 5295 élèves, dont 942 avaient obtenu le diplôme dans l'année .
Il y avait en outre deux écoles normales supérieures, l'une pour les instituteurs et l'autre pour les institutrices, qui avaient 30 maîtres et 162 élèves ; 40 avaient obtenu le diplôme.
11 doit y avoir une école normale ordinaire dans chaque Ken et dans chaque Fou; il y en a 47 \ Ces écoles avaient, en 1890, 5 295 élèves-maîtres, dont 1/6 à peine était du sexe féminin. Les élèves sont admis à partir de l'âge de 17 ans. Après un cours de quatre années, qui comprend l'éthique, la pédagogie, le japonais,le chinois, l'anglais, les mathématiques, la comptabilité, la géographie, l'histoire, les sciences naturelles, la physique, la chimie, l'agriculture,