‹ L'enseignement primaire dans les pays civilisesChapitre 150 sur 219 · II. — État légal et organisation administrative · texte numérisé non relu

II. — État légal et organisation administrative

V Maisons d'école. — Avant 1840, les bâtiments scolaires étaient en général très modestes, la plupart même insuffisants ; c'était souvent, dans les villes, une maison louée et mal appropriée ; dans les campagnes une baraque en planches". Des efforts considérables ont été faits depuis cinquante ans, et les écoles des États-Unis sont devenues, dans la plupart des villes, des monuments quelquefois luxueux, presque toujours largement aménagés, confortable-

1, Henri Barnard, né en I8ii, élève de Yale Collège, fut, après un voyage de dixhuit mois on Europe, élu membre de la législature du Gonnecticut, où il s'occupa de l'instruction des sourds-muels, des prisons, des bibliotlièques publiques et prépara VAct to provide for ihe hetler supervision of Common schools. Celte loi créait un Board of commissioners chargé de s'enquérir de la situation des écoles et de s'efforcer de les améliorer par ses conseils et ses publications, et Barnard fut pendant quatre ans le secrétaire de cette commission, que des adversaires politiques firent supprimer en 1842. L'année suivante, il fut nommé Commissaire des écoles publiques du Rhode Island, et il exerça cette fonction jusqu'en 1849 ; pendant cette période il réforma entièrement les écoles de l'État et exerça une grande influence pédagogique par ses rapports, ses circulaires et son journal {Journal of ihe Rhode Island Instiutte of instruction). Il fut directeur do l'école normale du Connecticut et surintendant des écoles publiques (1850-1854), rédacteur en chef de VAmerican Journal a f éducation, chancelier de l'Université du Wisconsin (t857-i859), président de John's Collège (1865-1866) à Annapolis (Maryland). Lorsque fut organisé à Washington le Bureau d'éducation, il on fut nommé commissaire (i867) et exerça cette fonction jusqu'en

2. Il y avait à l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876 et à l'Exposition universelle de Chicago en 1893 des spécimens de ces premières écoles.

ment meublés, garnis d'un ample matériel d'enseignement ; et, même dans les campagnes, des bâtiments le plus souvent convenables. Les écoles des États-Unis peuvent être citées à cet égard comme des modèles, et ont en effet servi plus d'une fois de modèle en Europe.

En 1870, la statistique officielle évaluait à 130 millions de dollars (676 millions- de francs) la valeur de la propriété des écoles publiques de tout degré. En 1893, cette valeur était de 398 millions de dollars (1990 niillions de francs), et le nombre des bâtiments scolaires s'élevait à 235 426 \

2° Obligation scolaire et gratuité. — Les États, en instituant des surintendants des écoles, leur ont attribué des pouvoirs divers.

Plus de la moitié des États ont décrété l'obligation scolaire. Le Massachusetts, qui avait déjà, dès le xvif siècle, pris des mesures pour obliger tous les enfants à suivre l'école, et dans lequel la pratique de cette obligation avait été constante tant que l'autorité religieuse du puritanisme était demeurée souveraine, a promulgué en 1852 la première loi américaine sur l'obligation.

Cette loi, renforcée à plusieurs reprises et complétée en 1859 et en 1862 par d'autres lois, punissait d'une amende et autorisait à envoyer dans un établissement d'enseignement et de réforme les vagabonds de 5 à 16 ans qui ne suivraient pas l'école. La loi de 1852 est restée lettre morte, ou à peu près, pendant une vingtaine d'années^ En 1855, beaucoup de villes, loin de s'y conformer, excluaient encore de l'école les enfants qui faisaient de trop fréquentes absences ^ en 1869, le général Olivier, constable de l'État, disait que personne ne songeait à obéir aux lois scolaires et que peu de personnes connaissaient leur existence ^

En 1873, les deux lois sur l'obligation scolaire et sur les jeunes vagabonds furent refondues ; puis, en 1876, complétées par une loi sur le travail des enfants dans les manufactures ; enfin elles ont été amendées en 1889. Des difficultés pratiques font que les lois

1. Voir plus loin la statistique consacrée aux bâtiments d'école.

2. « Celte loi de 1852 semble n'avoir guère attiré l'attention. Dans les rapports ofTiciels de l'État jusqu'en 1860, on n'en parle pas, ou bien elle n'est que simplement mentionnée : « >s'obody thinks of obeying the scbool laws » disait un inspecteur de Lowel en I8r>9. » {Report of the Commissioner of éducation, 1888-1889, p. 472.)

Cette loi, d'ailleurs, avait été précédée par une loi de 1846 qui établissait l'obligation. En 1857, la constitution fît de l'instruction une condition pour voter,

3. Report of the Commissioner of éducation, 1888-1889, p. 473. Cependant le surintendant White disait que, quoique incomplètement exécutée, la loi de 1852 avait été la source de beaucoup de bieu.

sur le vagabondage et le travail des enfants ne sont pas complètement appliquées \ et que la loi sur l'obligation scolaire ne l'est presque pas quand il faut user de rigueur.

En 1856, M. G. A. Wallon, agent du Slate board, s'exprimait ainsi dans un rapport sur la fréquentation des écoles et le vagabondage : « Il y a une prescription de nos lois sur l'obligation qui est entièrement inappliquée : c'est celle qui impose une amende aux parents qui négligent d'envoyer leurs enfants à Técole durant vingt semaines par an. Les exemples de cette négligence sont fréquents. Nous entendons parler souvent de ce cas, mais rarement de parents punis. »

D'autres États ont imité le Massachusetts : le district de Golumbia en 1864, le Vermont en 1867, le New Hampshire en 1871. Depuis 1886, seize États ont adopté l'obligation ou renforcé les lois par lesquelles ils l'avaient établie. Il y a aujourd'hui (1891) vingt-sept États ou Territoires dans lesquels existe l'obligation scolaire ^ Le courant dans ce sens est manifeste ^ quel effet a-t-il produit? La statistique est impuissante à le constater, parce qu'en Amérique la population est spontanément portée à envoyer ses enfants à l'école, qu'il est très difficile de savoir ce que la loi ajoute à cette disposition individuelle, et que, pendant que la loi prescrit d'un côté, des circonstances particulières, telles que Taffluence d'émigrants de certaines nationalités, le vagabondage dans quelques grandes villes, l'insuffisance des locaux, comme on le constate aujourd'hui dans certains quartiers de New York, contrarient l'action de la loi. Dans les campagnes et surtout dans celles de l'ouest, la dissémination des maisons et la nécessité de vaquer aux travaux des champs créent des obstacles d'une autre nature qui empêchent les enfants d'aller à l'école ou qui abrègent plus qu'il ne faudrait le séjour qu'ils y font.

La période d'obligation a une durée variable suivant les États : douze semaines par an pour les enfants de huit à treize ans dans le New Jersey, de huit à quatorze en Californie. Il faut distinguer cette période de celle dans laquelle les enfants et les jeunes gens ont le droit d'admission dans les écoles publiques, et qui, en Californie, par exemple, s'étend de six à vingt et un ans.

1. Cependant, dans le Massachusetts il y a des comtés (Bristol, Norfolk, Plymouth, "Worcester) qui ont établi des écoles spéciales pour les petits vagabonds.

2. Il y en avait quinze en 1876. \o\v\q Rapport sur l'instruction primaire à l'Expotilion universelle de Vienne, par M. Buisson, p. 52.

Les pédagogues américains ne sont pas en général opposés en principe à l'obligation, mais il y en a qui croient peu à son efficacité. Le surintendant de l'État de New York, M. A. S. Draper, disait : « C'est pire qu'une futilité de prétendre que toute personne ayant charge d'enfants a le souci de les envoyer à l'école. La majorité l'a, mais malheureusement il y a des parents paresseux, ivrognes, criminels. Dans une grande ville il y a aussi beaucoup d'enfants qui n'ont pas de parents. Il semble inutile de prouver que l'État a le droit de pourvoir à ces cas exceptionnels et qu'il fait très bien d'agir ainsi \ » « Mais, dit-il, dans un autre rapport, nous avons une certaine expérience de la loi d'obligation, qui est si impuissante qu'elle ne peut assurer la fréquentation, et maintenant d'autres États copient notre tentative. Le Territoire du Nouveau-Mexique nous en a apporté l'an dernier un exemple amusant lorsqu'il a introduit l'obligation dans les lois scolaires sans même spécifier la limite d'âge ^ *

D'autre part, le surintendant de l'État du Missouri, M. W. E. Goleman, s'exprime ainsi : « L'obligation est une question qui mérite une grande attention et qui suscite un débat. C'est l'opposé de la mollesse, de l'incurie, de l'indifférence qui prévalent dans tant de communes relativement à la fréquentation. Mais la question se pose naturellement de savoir si une loi sur l'obligation est le vrai remède. Dans mon humble jugement, elle ne Test pas. Il y a maintenant seize États'' qui ont légiféré sur la matière ; il n'y en a pas un où la loi soit exécutée. D'où viennent donc les demandes? D'où partent les plaintes contre la non-fréquentation? Est-ce des districts qui ont de bonnes écoles, qui emploient des maîtres expérimentés et les paient bien, ou bien des districts qui sont dans le cas contraire? Mon expérience m'apprend que dans les districts caractérisés par leur libéralité envers les écoles, la non-fréquentation est réduite au minimum, et que, dans ces districts, on ne réclame pas de loi sur l'obligation scolaire \ »

Si l'obligation n'est pas générale aux États-Unis, on peut dire que la gratuité l'est. Le principe de la gratuité qui semblait avoir été dans l'esprit des premiers colons puritains, puis avoir été peu

1. Report of the Commis sioner of éducation, 1888-1889, p. 526.

2. Thirty-eighth annual Report of the State swperinlendent , 1892, p, xiv,

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