The American Commonwealth, pnges
2. M. J. Eaton, dans la circulaire n» 2 du Bureau d'éducation en 1883, dit que ce régime, qui lient à l'ensemble des mœurs américaines, ne conviendrait pas à tous les pays : « Therefore much caution should be exercised by communities exisling under différent conditions in adopling tbe American custom of educating tlie sexes together, because coéducation is only a part of our devcloped life and body of cusioms, and, if separated from tlie rest of our laws and customs, might produce quite diflereni and even injurions résulta. »
L'école a été d'abord étroitement liée à la religion chez les puritains de la Nouvelle- Angleterre. Mais le principe de la séparation de l'État et de la religion était aussi dans les mœurs. L'amendement 1" de la constitution fédérale, voté en 1790, est une déclaration de neutralité en matière religieuse : « Le Congrès ne pourra faire de loi pour doter un culte religieux, ni pour interdire le libre exercice d'un culte. » Les anciens États qui avaient des écoles confessionnelles leur ont peu à peu retiré ce caractère, et les nouveaux ne le lui ont pas donné. Les catholiques, qui sont aujourd'hui probablement au nombre de plus de dix millions, par suite de l'immigration des Irlandais, des Allemands du sud, des Italiens et des Canadiens français, étaient alors en petit nombre ; les protestants, qui formaient la très grande majorité de la population, appartenaient à des Églises diverses, et il était impossible, surtout dans les petites villes et dans les campagnes, d'avoir une école pour chaque secte ou de donner dans chaque école l'enseignement religieux conformément à chaque secte. L'école devint ainsi, grâce à un compromis qui s'imposait par la force des choses, unsectariauj c'est-à-dire sans affectation particulière à une doctrine religieuse. Plusieurs États ont même inscrit dans leur constitution la défense d'employer l'argent des taxes publiques à l'entretien d'écoles sectarian. C'est ainsi que la constitution de la Californie interdit formellement toute instruction religieuse dans les écoles publiques.
Cependant le sentiment religieux occupait une trop large place dans l'esprit des Américains pour qu'ils ne cherchassent pas à lui en faire une dans l'école : ils prescrivirent dans beaucoup de cas la récitation de l'oraison dominicale, et, presque toujours, la lecture d'un passage de la Bible, sans commentaire. La Bible étant le fondement de la foi de tous les protestants, aucun ne pouvait y faire d'objection, quoique certaines Églises crussent la mesure insuffisante. Plusieurs constitutions d'État firent de cette lecture une obligation.
Mais il y eut bientôt des réclamations de la part des catholiques, qui n'acceptent pas la traduction protestante des Livres saints et qui ne prennent pas la Bible comme fondement unique de leur enseignement; ils n'eurent pas de peine à démontrer que l'école, neutre en apparence, disposait l'enfant au protestantisme, et était en réalité sectarian contre eux. L'évêque de New York demanda en 1842 que les écoles paroissiales catholiques fassent admises à participer aux subventions du fonds commun. Après une longue
controverse, l'État de New York répondit qu'aucune portion du fonds des écoles ne pourrait être attribuée à une école dans laquelle les doctrines d'une religion quelconque, chrétienne ou autre, seraient enseignées ou pratiquées, ou dans laquelle seraient employés des livres favorables ou défavorables aux doctrines d'une secte religieuse.
Depuis ce temps, le débat continue. 11 avait été fait en 1875, sous la présidence du général Grant, une proposition d'amendement à la Constitution pour obliger les États'à entretenir des écoles gratuites sans distinction de sexe, de couleur, de religion, à interdire dans ces écoles tout enseignement religieux ou athée, et à défendre à tout État ou municipalité de subventionner des écoles dans lesquelles il y aurait un enseignement de ce genre ; l'amendement, qui visait principalement les écoles mixtes pour les blancs et les nègres, ne fut pas adopté. Mais en fait l'interdiction est demeurée la règle des écoles publiques.
Il est intéressant de connaître les principaux arguments qui sont produits dans un sens et dans l'autre. En faveur de la participation des écoles paroissiales aux subventions publiques, on dit que ceux qui paient les taxes devraient tous en bénéficier, qu'il est injuste d'obliger à payer et ensuite d'exclure ceux qui ont payé, que les écoles paroissiales épargnent des sommes considérables à la communauté, qu'il est notoire qu'une éducation purement séculière est désastreuse, que les écoles paroissiales sont reconnues donner une instruction aussi bonne que les écoles publiques. Fort de ces arguments, le clergé catholique réclame aujourd'hui, comme il le faisait il y a cinquante ans, l'égalité de traitement.
Le cardinal Gibbons s'exprimait ainsi : « L'éducation religieuse et l'éducation séculière de nos enfants ne peuvent pas être séparées sans que leur âme en soit fatalement déchirée. La conséquence pratique d'une telle séparation est de paralyser les facultés morales et de propager l'esprit d'indifférence en matière de foi. L'enseignement du catéchisme, donné une fois par semaine dans nos écoles du dimanche, quelque fructueux qu'il soit, est insuffisant pour les besoins religieux de nos enfants.... La réunion de l'enseignement religieux et séculier est facile dans les écoles confessionnelles. Mais dans les écoles publiques, jusqu'à quel point la religion peut-elle être enseignée sans blesser la conscience de quelques enfants; c'est un problème grave, difficile à résoudre, puisque ces écoles sont fréquentées par des enfants appartenant à
diverses confessions chrétiennes, et aussi par des juifs et par des enfants qui ne professent aucune religion. » Le cardinal demande qu'on applique aux Etats-Unis la règle suivie au Canada.
M*' Ireland, archevêque de Saint-Paul, a proposé, de son côté, de payer, comme en Angleterre, les écoles d'après les résultats d'un examen fait par des inspecteurs, que ces écoles soient protestantes ou catholiqpies : ce qui serait « payer non pour l'enseignement religieux, mais pour l'enseignement séculier de l'enfant tout semblable à celui qu'il aurait reçu dans une école publique » . Il recommande aussi le système adopté à Poughkeepsie (New York)^, et il a inauguré lui-même à Faribault l'application d'un système analogue, dont un écrivain catholique disait en 1893 qu'il n'avait soulevé à Faribault l'opposition des ministres d'aucune confession, et qu'un écrivain protestant, opposé aux écoles confessionnelles, recommandait comme un moyen de conciliation et de paix permanente*.
L'église catholique entretient en certains lieux des écoles entièrement séparées : celles, par exemple, des Canadiens français le sont par la langue comme par la religion et portent par là ombrage à l'esprit national des Américains. Mais, d'autres fois, elle se fait elle-même toute américaine, comme le souhaite M^"" Ireland, demandant que l'éducation des enfants ait lieu en commun, que catholiques et protestants se coudoient dans la même classe, mais que les catholiques y reçoivent l'enseignement religieux de la bouche de leurs prêtres.
En 1890, l'assemblée générale des presbytériens, qui s'est tenue à Syracuse, a déclaré que l'éducation morale devait être fondée sur la religion et que, la Bible étant la source de l'enseignement moral le plus élevé, l'exclusion était une menace contre le bien de la nation ; elle a demandé avec insistance que ce livre fût remis à sa
1. Vers 187Ô, la municipalité de Poughkeepsie prit à sa charge deux écoles paroissiales qui occupaient des bâtiments appartenant à l'Église ; elle loue un dollar par an le local de l'école ; elle nomme les maîtres et l'enseignement est donné de la môme manière que dans les autres écoles de la ville, entre neuf et trois heures ; mais le reste de la journée appartient à l'Église et est réservé à l'enseignement religieux. A Maçon, à Augusta, à Savannah (Géorgie), des arrangements ont été pris depuis la guerre pour donner à des écoles catholiques le caractère d'écoles publiques ; le surintendant de l'instruction publique déclare que le système a fonctionné à la satisfaction de toutes les parties.
A "Wahpeton (Dakota), le School board a payé pendant vingt mois environ une école catholique; mais les réclamations des habitants ont fait supprimer cette allocation.
2. Report of the Conimissioner of éducation t 1890-I89i, p. i05i.
vraie place dans le système d'éducation de T Amérique. Les presbytériens et des luthériens Scandinaves mettent en pratique cette doctrine; car ils ont, comme les catholiques, fondé beaucoup d'écoles confessionnelles.
Cependant un comité de luthériens allemands a, d'un autre côté, déclaré que les fondateurs de la République avaient fait preuve d'une grande sagesse en séparant entièrement les aflaires civiles des questions religieuses, qu'eux luthériens n'étaient pas adversaires des écoles publiques, qu'ils payaient volontiers leurs taxes, et qu'ils désapprouvaient toute participation des écoles confessionnelles aux fonds publics.
Un écrivain d'origine Scandinave, M. Hjalmar Hjorth Boyesen, a écrit dans la North American Revietu : « Le système des écoles paroissiales que les églises luthériennes Scandinaves essaient d'établir est directement hostile aux véritables intérêts des colons, parce que ces écoles tendent à élever un rempart (et un rempart très puissant) contre la marée montante de l'américanisme. Car les écoles publiques, malgré leurs défauts, fonctionnent comme un moulin dans lequel tous les grains différents sont mêlés et convertis en une farine dont la qualité générale est américaine. Les écoles paroissiales, dans lesquelles les maîtres sont de la même nationalité que les enfants, où les livres sont quelquefois en langue étrangère et toujours écrits dans un sentiment étranger, ne peuvent jamais rendre ce service ; elles sont ordinairement fondées pour perpétuer le caractère étranger et empêcher les enfants des immigrants d'être absorbés dans la nationalité dominante \ »
Le surintendant des écoles de Worcester (Massachusetts) pense qu'un passage de la Bible devrait être lu tous les jours dans les écoles, parce que la Bible est le fonds de la morale et de la civilisation de l'Amérique, mais qu'il ne faut ajouter ni prière, ni hymne ayant un caractère confessionnel.
La cour suprême du Wisconsin a défendu récemment, comme l'avait fait déjà, dans un jugement prononcé en 1869 et resté célèbre, la cour suprême de l'Ohio, la lecture de la Bible dans les écoles parce que la constitution de l'État porte : « Aucune instruction sectaire ne doit y être tolérée », et que la Bible est un livre dont le caractère religieux n'est pas universellement reconnu de la même manière. Le Justice, c'est-à-dire le premier juge de cette
1. Report of Ihe Commissioner of éducation, 1890-1891, p. 1050.
cour, disait que l'école devait être, comme toutes les institutions publiques, godless (sans Dieu) : ce qui veut dire non athée, mais en dehors des partis religieux. « Laissez mie fois entrer la religion dans nos affaires civiles, ajoutait-il, notre gouvernement sera bientôt détruit. Laissez-la une fois entrer dans les écoles publiques, elles seront bientôt détruites. »
Le surintendant du Minnesota, M. L. Kiehle, insiste dans son dernier rapport sur la nécessité de donner aux enfants une éducation morale et religieuse, et il ne veut pas que le développement qu'on a donné dans les écoles de l'État à l'éducation de la main et des yeux fasse croire qu'on a négligé le but principal qui est de faire des citoyens intelligents et vertueux ; mais il ne croit pas, comme on le dit, que l'une et l'autre soient tellement inséparables qu'on soit dans l'alternative de les donner ensemble dans l'école ou de les exclure ensemble, et il conclut : « Tous ces faits et toutes ces considérations indiquent que la seule politique sage pour l'État est d'inscrire dans le programme de l'école publique tout ce qui appartient à l'instruction et à la morale, et de réserver à la famille tout ce qui appartient expressément à l'enseignement religieux^»
M. W. T. Harris, commissaire de l'éducation, a essayé de résumer le débat en disant que, si l'école séculière avait pour eflet d'empêcher l'instruction religieuse, ce serait sa condamnation; mais qu'il n'en était pas ainsi, que les jeunes catholiques pouvaient être autorisés à ne pas assister à la classe quand ils avaient à accomplir des devoirs religieux, qu'il était juste que la religion catholique fût traitée avec respect dans une société qui est en majorité protestante, mais que cette société ne pouvait admettre un compromis tel que celui de Poughkeepsie*.
C'est en effet le sentiment qui domine : les Américains croient la neutralité de l'école nécessaire. Récemment encore, en admettant rUtah au nombre des États de l'Union, ils lui ont imposé la neutralité religieuse des écoles publiques : « Provision shall be « made for the establishment and maintenance of a s y stem of public « schools which shall be open to ail the children of said State and « freefrom sectarian control. » Ils laissent aux écoles du dimanche (Sunday schools)le soin de catéchiser les enfants; ce jour-là chacun peut se rendre librement à l'église de son choix où l'enfant, comme
1, Seventh biennial report, etc., p. 24.
2. Voir: Report ofthe Commissioner of éducation, p. 622 el suiv.
l'adulte, rencontre ses coreligionnaires et reçoit l'instruction du ministre en qui il a confiance. Les Sunday schools suppléent au silence des Common schools, et elles sont très fréquentées. Toutefois, les catholiques pensent qu'elles ne sont pas suffisantes, et plusieurs communions protestantes pensent comme eux. La lecture d'un passage de la Bible le matin à l'école leur paraît une prédication muselée et impuissante. Encore cette lecture est-elle bannie aujourd'hui d'un grand nombre d'écoles et rien ne l'a remplacée. Une neutralité absolue, disent-ils, invite au scepticisme et à l'indifférence^ en effet, malgré les dehors de piété que la société américaine étale, ils prétendent — ce qui n'est pas démontré — que l'indifférence religieuse envahit non seulement les hommes, mais les femmes, l'éducation étant la même pour les deux sexes.
Est-ce exclusivement le résultat du système d'éducation, ou estce en partie la conséquence de l'esprit critique qui se manifeste en Europe comme en Amérique, quelle que soit la loi scolaire?
Si l'école fondée par une communion était admise comme école publique, toutes les sectes religieuses auraient-elles les moyens d'en fonder et, si les plus puissantes seules le pouvaient, leur puissance même ne serait-elle pas un motif de les craindre ? Les Américains, qui considèrent la Common school, l'école de tous, comme le creuset dans lequel les caractères, les sexes, les fortunes, les races sont fondus et d'où sort le citoyen, sentent que, si le coin du particularisme y entrait, il s'y enfoncerait si bien que l'unité nationale finirait par être rompue*. Aussi, il est vraisemblable que tout en cherchant sans cesse à améliorer leur pédagogie, ils lui conserveront son caractère unsectarian. C'est du côté des écoles privées que se tournera avec plus de succès l'effort de ceux qui aspirent à un enseignement confessionnel aux États-Unis ^
6" Organisation administrative en généraL — M. John D. Philbrick, dans la brochure qu'il a publiée à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en 1878, a défini avec clarté la condition
1. Un journal, the Nation, exprimait dernièrement ce sentiment en ces fermes (voir Report of the Commis sioner of éducation, 1890-1891, p. 1051), en parlant des arguments produits en faveur des écoles confessionnelles : « But, when ail is said, there is no reason to expect that they will ever succeed in getting the State to support their schools. Nor is ihere any good reason to désire that they should succeed. We believe the principle of entire séparation of Church and Stato to be the only wise and safe one for this country to adopl. »
2. Il n'en est pas de même dans le Manitoba ; c'est ce que nous expliquerons dans un autre chapitre.
légale des écoles américaines. « A chaque État, dit-il, incombe la responsabilité de pourvoir à l'éducation, et en général cette éducation est donnée par un système d'écoles publiques gratuites, entretenues en partie à l'aide du fonds d'école de l'État et de ses revenus propres, et en partie par les contributions locales payées par ceux qui bénéficient de ces écoles. La direction des écoles est laissée aux municipalités ou aux corporations constituées dans ce but; l'État se réserve le droit de contrôler et quelquefois plus. L'État détermine le système général et les diverses espèces d'écoles qui doivent être entretenues et dirigées par les autorités compétentes, et parfois il prescrit certaines matières du programme d'enseignement; il fixe l'âge scolaire; il répartit les fonds donnés par le gouvernement fédéral, il règle la création des circonscriptions scolaires, etc. Les comtés ou municipalités, de leur côté, organisent, quand il y a lieu, des districts scolaires conformément aux lois de l'État, élisent les chefs de service, lèvent les taxes. A leur tour, ces chefs de service de différents ordres examinent et nomment les instituteurs, construisent les bâtiments d'école, font les programmes et les règlements... La participation générale du peuple entier aux élections politiques du premier degré et la localisation presque complète du selfgovernment par l'administration locale rendent nécessaire l'éducation de tous, sans distinction de sexe, de rang social, de fortune ou de capacités naturelles. Cette thèse est généralement admise en théorie et en pratique \ »
Le Bureau of éducation de Washington (créé en 1867) se trouve placé en quelque sorte au sommet des organisations pédagogiques d'État, rassemblant, publiant, répandant les documents, et exerçant par la seule autorité morale — car il n'en possède pas d'autre — une influence sur la direction des études.
Dans chaque État est un State board of éducation ou State board of CommissionerSy et un Super intendent of public instruction qui porte dans certains États le titre de Secretary of the board of éducation. En général, le Board est composé du gouverneur de l'État, du sous-gouverneur, du surintendant, souvent aussi de membres élus ; le plus souvent le gouverneur est président et le surintendant secrétaire du Board. C'est le Board qui a la haute administration et la surveillance du système des écoles dans l'État ; ses fonctions sont plus ou moins étendues suivant les États. Le surintendant est