‹ L'enseignement primaire dans les pays civilisesChapitre 160 sur 219 · Dont 1880 nègres, 749 Indiens, 704 Chinois · texte numérisé non relu

Dont 1880 nègres, 749 Indiens, 704 Chinois

dépense autant. Par tête d'habitant cette dépense s'élevait à 2 d. 49, soit pins de 12 fr. 92' et par élève, à II d. 72, soit 60 fr. 83: aucun autre peuple ne fait un aussi grand effort. Il est vrai que la fréquentation, surtout dans les campagnes, comme je le montrerai plus loin, est insuffisante, qu'il y a beaucoup moins d'élèves présents que d'élèves inscrits, que la durée des classes chaque année est en général trop courte, et que les résultats ne sont pas, par suite, aussi complets que le feraient d'abord croire les chiffres du total des élèves et des sacrifices que la communauté s'impose pour eux. Néanmoins la démocratie américaine se fait gloire de sa condition scolaire et elle a raison. Elle en tire, en partie du moins, le profit qu'elle ambitionnait. « Si ce pays est devenu ce qu'il est, disait, il y a seize ans, M. F. Buisson dans son Rapport sur l'instruction primaire à l'Exposition de Philadelphie, c'est littéralement grâce à l'école publique. »

Un étranger qui visite des écoles ne voit que ce qu'on lui montre; il peut apprécier les bâtiments, le matériel, l'ordre, lire les text books, converser avec les maîtres; il ne pénètre pas au cœur de l'enseignement, parce qu'il lui faudrait, pour y parvenir, séjourner et suivre les leçons. Ordinairement, ce qu'il voit en Amérique le satisfait. Les bâtiments sont convenables dans les villes et parfois somptueux ; ils paraissent suffisants dans beaucoup de campagnes, quoiqu'ils ne le soient certainement pas dans toutes, et témoignent, dans la presque totalité des États, même dans certaines parties des anciens États à esclaves, de l'imporlance que l'opinion publique attache à l'instruction. Dans la classe, comme dans la rue, les enfants ont paru en général avoir une tenue décente; je n'ai jamais vu ni rixe ni tumulte ; ils entrent et sortent en causant sans cris ; quelquefois les grands conduisent les petits , plus souvent les camarades se groupent par sexe.

Je n'ai jamais vu non plus de vêtements déguenillés. Le costume est simple chez les garçons ; il atteste souvent de la coquetterie chez les filles, mais aussi chez les uns et les autres une certaine uniformité dans laquelle se confondent à peu près l'enfant de l'ouvrier et celui du marchand : vouloir paraître est un trait des mœurs démocratiques de l'Amérique et peut-être une des causes de la cherté de la vie dans les rangs inférieurs de la société.

La classe ne semble pas être antipathique aux élèves. Il est

Population des États-Unis estimée en 1894 : 68 276 OOO habitants.

vrai qu'elle ne les surmène pas, puisqu'elle dure chaque jour deux fois trois heures, interrompues par des repos, qu'il n'y a que cinq jours de classe par semaine, que le nombre des semaines de classe est, surtout dans les campagnes, beaucoup moindre qu'en France, et que le plus souvent les élèves n'ont pas de devoirs à faire à la maison. Il est vrai, d'autre part, que s'il y a des pédagogues en Amérique qui prônent leur système comme ne surchargeant pas l'âge du développement physique, il y eu a aussi qui pensent que le temps consacré au travail est trop court et trop éparpillé, qu'on abuse de la mémoire, que la récitation du manuel (text book)^ qui est la méthode la plus pratiquée et la conséquence d'une instruction trop rapide donnée par des maîtres trop peu instruits pour être sûrs d'eux-mêmes, ne cultive pas assez l'intelligence, et qu'un Américain de douze ans a en général moins d'acquis qu'un Allemand ou un Français du môme âge.

On a répété en Europe à ce propos, d'après Tocqueville, qu'aucun pays n'avait peut-être moins d'illettrés et moins de savants que les États-Unis. On a répété aussi le mot de Michel Chevalier disant que trois bâtiments étaient essentiels à la commune américaine : l'église, l'école et la banque. Le nombre des savants a beaucoup augmenté depuis le temps où Tocqueville visitait ce pays ; mais les trois bâtiments caractérisent encore l'état social, et, dans la masse de la nation, l'instruction, malgré de notables améliorations, s'est répandue en surface plus qu'elle n'a gagné en profondeur. Néanmoins, comme les enfants s'émancipent de bonne heure, ils sont aussi lancés de très bonne heure, filles et garçons, dans le courant de la vie sociale ; ils raisonnent dans leur famille ; ils raisonnent entre eux. Au sortir de l'école, avant quinze ans le plus souvent, un adolescent cherche à se frayer sa voie dans le monde ; avant d'entrer à l'école, les marmots, dès qu'ils commencent à marcher, ont une indépendance d'allure qui m'a frappé : ils m'ont paru quelquefois volontaires, mais c'est qu'ils ont un commencement de volonté. Aussi les jeunes gens des deux sexes sontils mûrs plus tôt qu'en Europe ; ils connaissent peut-être moins bien la grammaire, mais ils comprennent peut-être mieux la vie. Un Anglais, M. Bryce, auteur d'un excellent ouvrage sur la Constitution américaine, pense que les Américains sont un peuple qui a plus d'éducation que la masse des populations d'Europe, la Suisse, des portions de l'Allemagne, la Norvège, l'Irlande et l'Ecosse exceptées, que la moyenne des connaissances y est supé-

rieure, l'habitude de lire et de penser plus générale. Un économiste américain qui le cite, M. Gilman, ajoute : « Necessarily the éducation given by the public school system is elementary and so far superficial. The public schools préserve republican institutions by means of a gênerai éducation of the people in the éléments of knowledge *. »

Il y a en Amérique, comme dans tout pays, des dissentiments fondamentaux à propos de la direction même donnée à l'enseignement des écoles publiques. Parmi les gens religieux, protestants ou catholiques, il y a ceux qui regrettent le défaut de culture religieuse ; parmi les gens riches, ceux qui évitent pour leurs enfants, et surtout pour leurs filles, le mélange des sexes et qui se plaignent de la lourdeur des taxes scolaires; parmi les gens de métier et de commerce , ceux qui trouvent le système des Common schools, à la fois trop général et trop superficiel, lui reprochant de ne préparer suffisamment ni les garçons ni les filles à la pratique de la vie et de ne pas leur apprendre ce qui serait plus tard utile à un agriculteur, à un ouvrier, à un industriel, à un négociant, à une ménagère^.

1. Sociaîism and the American Spirit, par M. N. Gilman, p. 137.

2. Sans insister sur ces dernières critiques qu'on entend surtout dans la conversation des hommes d'aiîaires, nous citerons comme exemples (sans prendre la responsabilité de ces critiques) quelques dépositions tirées de l'enquête faite en 1883 par un comité du Sénat sur l'éducatiou et le travail et imprimée en 5 volumes sous le titre : Labor and Capital. Voici d'abord celle d'un fabricant de voitures de New Yorlf , M. John "W, Britton, qui, né en 1823, a été 13 ans ouvrier et 35 ans pairon {Enquête, t. Il, p. ill).

M. Britton... Now, it is hardly modesl in me to say it, but the fact is I Icnew more at twelve. I mean I had a better knowledge of my studies at that âge than the boy of to-day lias al fifteen. Every distinguished foreigner that comes to this counlry is paradcd around among our public schools, and we talk to thèse foreigners in fine English about the beauties of our schools, and we give « taffy » to our school principals, and everything looks glorious, but the fact is that it is disgusting to a man that knows anything about it. 1 ara now talking of the city of New York.

The Ch.virman (le président était M. H. W. Blair, sénateur du New Hampshire).

The same thing is true of ail the schools throughout the country. The common schools in my State were very much better thirty-five years ago than they are now. The leaching was better. A boy of fifteen then knew more tlian a boy does now at eighteen, and boys would remain at school until they were twenty-one, twenty-two, or twentythree years old. Many boys from the « back woods » left scliool then knowing something of algebra and geometry and the higlier and more difïicult portions of arithmetic and often wilh some knowledge of the languages. But that is ail doue away willi now ; the common school of the rural district is nothing compared with what it was years ago. The self-conceit and vanity of our northern people over their common-school system, which is a sliam as compared with what it was twenty years ago, is one of the most alarming features of the situation throughout the northern part of this counlry.

M. Britton. I quite agrée with you.

Un ouvrier de forge, John J. Davis, que le président questionnait sur les écoles

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Mais, quoi que puissent dire ces critiques, l'école américaine a certainement concouru, avec un ensemble de conditions sociales et morales particulières à la nation américaine, à former des hommes et des citoyens : c'est ce qu'elle se propose avant tout. Il est remarquable qu'à cet égard elle ait bien réussi et que, dans quarante-quatre États (Utah non compris) qui sont constitutionnellement indépendants les uns des autres sous ce rapport et qui sont morcelés en milliers de districts s 'administrant chacun avec une grande autonomie, l'esprit public, formé et dirigé en partie par les nombreuses publications des surintendants ou inspecteurs et (lu Commissaire de l'éducation et par le congrès et les

Sharon (Pennsylvanie) répondait (tome II, p. 3) : « There are in- our vicinity good common scliools, but the cliildren do not ail attend them. — Do you thiuk that many parents send their cliildren to work when they might Lave them attending school ? — Exaclly. »

M. William Steinway, facteur de pianos, partisan de l'instruction obligatoire, disait en parlant de New York (t. II, p. 1089) : « There is a great deal more ignorance in reading and writing among young men and women growing up in this city, mostly cliildren of foreigners, tlian anybody bas any idea of. During the war we raised a fund to assist the wives of men tliat went to the war, and I found that one-half of those who had grown up in tliis country, or had come hère when they were little children, were unable to sign their names. I never would hâve believed it possilile if 1 had not myself experienced it ».

Un ouvrier de la mine de charbon de Pralt, près Birmingham (Alab.) [t, IV, p. 302j : « There is a population out at the Pratt mine of soraelhing like 2 400, but we bave no school at ail except one that a widow woman teaches in lier own bouse and she teaches for a dollar a head, and if a man bas four or five children to go to school he can't ailord it. »

Le rev. Hbrber Newton de Long Island accusait aussi les common schools d'être peu pratiques (t, II, p. 547) : « The schools which are supposed lo be intended for the mass of the people and which are supplied at the public cost,have made next to no provision for the practical training of boys and girls lo become self-supporting men and women, wealth-producing cilizens ; while the whole curriculum of the school System tends lo a disproportionate intellectuality and to an aliénation from ail manual labor. »

M. Charles Partridgk, commissionnaire en farine de New York (t. II, p. l 008) : « I think first that our system of éducation is very deficlive in several particulars. We educate our girls now entirely in books so that Ihey cannot even dam slockings, and cannot make a biscuit ; they do not know how to cook a pièce of beefsteak and do not know anything of the duties of their lives, as a gênerai thing. «

Un journaliste, qui avait séjourné successivement dans un certain nombre d'États et y avait étudié avec soin la question de l'instruction (t. II, p. 442), rendait témoignage de la bonne influence exercée par le Bureau d'éducation de Washington, mais regrettait que dans les classes aisées on prît moins d'intérêt qu'autrefois à l'instruction populaire ; qu'on développât trop les High schools, pour lesquelles on bâtissait des édifices luxueux, et qu'on ne s'occupât pas assez des écoles élémentaires, où souvent les enfants ne trouvaient pas de place ; qu'on payât trop les directeurs et trop peu les instituteurs ; que le programme d'études fût défectueux, surtout dans l'Ouest; qu'on gaspillât l'argent iwasteful adminislration) \ que les ouvriers retirassent trop tôt leurs enfants de l'école : « I think, to a very great extent, the columns of illiterary in the census are misleading, because practically a very much large proportion of persons are illiterate. »

réunions d'instituteurs, ait été assez puissant pour faire du système des Common schools un moule uniforme de nationalisation américaine.

Mode d'établissement de la statistique et publications.

Aucun État ne dépense autant pour la statistique de l'enseignement primaire que les États-Unis, et aucun État ne publie par an autant de volumes sur cette matière. C'est que les Américains, qui regardent l'instruction primaire comme une dette de la communauté envers ses enfants, et la diffusion et le progrès de cette instruction comme une des conditions nécessaires de la vie sociale dans une démocratie, se sont appliqués de bonne heure à savoir exactement si ce devoir était rempli, et si ce progrès s'accomplissait. Peu à peu les statistiques se sont multipliées, améliorées ou favorisées par la force de l'exemple et de l'émulation. L'institution des surintendants a beaucoup contribué à ce mouvement.

Dans tous les États les instituteurs doivent tenir régulièrement le registre des élèves inscrits et des élèves présents chaque jour. Ils font, au moins une fois l'an, un rapport général sur l'état de leur école, qu'ils adressent à leur supérieur immédiat.

Dans les grandes villes, le City super inlendent fait de son côté un rapport annuel au Scliool committee. Beaucoup de rapports de ce genre sont imprimés en un volume in-octavo, format adopté pour toutes les publications de ce genre. Le commissaire de l'éducation à Washington, a donné, dans son rapport de 1887-1888, la liste des City superinîendents dans les villes de 4000 habitants et plus qui lui ont fourni des renseignements : il y en a environ 800.

Dans beaucoup de comtés, les surintendants publient aussi leui*s rapports.

Dans chaque État, le surintendant de l'instruction publie tous les ans ou tous les deux ans un volume in-octavo contenant son rapport et ordinairement aussi celui du Board of éducation.

A Washington, le bureau d'éducation publie chaque année un rapport qui remplissait au début un fort volume in-octavo, et qui en remplit deux aujourd'hui. La collection de ces volumes forme, à elle seule, l'ensemble le plus complet qui existe sur la statistique de l'enseignement primaire d'un grand État. Elle ren-

ferme aussi de très intéressants renseignements sur la statistique internationale comparée de renseignement primaire. Voici la liste des rapports annuels du commissaire de l'éducation publiés jusqu'à ce jour :

1868 publié en. .

publié en. .

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