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CONCLUSION

Nous avons vu combien péniblement la liberté de l'enseignement avait triomphé en France.

Nous avons examiné les divers moyens que l'Etat s'était réservé pour contrôler le fonctionnement des écoles libres.

Il nous reste à nous demander si le régime légal ainsi établi donne satisfaction à tous ou si au contraire sa stabilité -est sérieusement menacée.

La question du monopole de l'enseignement se pose à nouveau devant le pays.

Elle a d’ailleurs perdu de sa primitive simplicité: On propose de nombreux amendements qui viendraient tempérer la rigueur de la loi établissant.

Devant la nouvelle apparition de ce danger, les libéraux organisent une bruyante résistance el cherchent à gagner à leur cause les masses populairess di PRET TM

Parmi les républicains, de très hautes person-

nalités se déclarent aussi les irréductibles adversaires du monopole de l’enseignement.

Avant d'examiner — brièvement — les arguments que l’on invoque de part et d’autre, constatons que le monopole a une tendance à s'établir en fait.

Cette tendance est nettement marquée dans l'enseignement supérieur et secondaire.

Il ne faut en effet pas perdre de vue que l’enseignement libre laïque n'existe pas en France. Qui dit enseignement libre dit enseignement congréganiste. Or la loi de 1904 a fait disparaître le danger que l’enseignement congréganiste pouvait faire courir à l'Etat laïque. |

En fait, les statistiques démontrent que les écoles libres n’ont plus l'importance qu’elles avaient, 1l y a quelques années.

Sait-on quel est le chiffre des institutrices ou instituteurs dans le département de l'Hérault ? 2017 exactement pour les écoles élémentaires et 162 directrices ou sous-directrices d'écoles maternelles, soit en tout 2174 membres.

Sur ce nombre de 2174, 1547 maîtres et maîtresses appartiennnent à l’enseignement public.

L'enseignement privé comprend: 152 instituteurs dont 147 laïques et 5 congréganistes, et 475 institutrices y compris les maîtresses des écoles maternelles dont 473 laïques et 2 congréganistes.

Ces chiffres sont en diminution très sensible sur les chiffres des années précédentes.

Le monopole a done une tendance à s'établir en fait. Doit-on hâter cette évolution ?

L'éventualité de l'établissement du monopole n'a encore pas été très sérieusement envisagée par le gouvernement.

Mais les différentes fractions politiques de notre pays ont déjà nettement affirmé leurs opinions sur cette question. Examinons-les.

En faveur du monopole, on soutient : «Il faut que l'autorité des pères de famille soit remise entre les mains des citoyens les plus intelligents et les plus clairvoyants et que leur tutelle s'exerce pour protéger le cerveau, l'intelligence de l'enfant... Il faut surtout que l'État assure l'unité de l’enseignement dans la nation. On a souvent déploré qu'il y eût en France deux jeunesses, l’une en marche vers l'avenir el l'autre qui tourne le dos au progrès, qui a les yeux fixés sur le passé, qui résiste de toutes ses forces à cette marche en avant de ces jeunes cerveaux émancipés par nos éducateurs laïques, par ces instituteurs que la République nous a donnés et qu'anime l'esprit de la Révolution. Comment faire cette unité de l’enseignement si nous avons des règles opposées, les unes cléricales et réactionnaires, les autres laïques et démocratiques, des écoles pour les fils des prolétaires et des écoles pour les fils de bourgeois? Il faut, et

le programme n'est pas nouveau et la formule n’est pas nouvelle, c'est la Révolution, dit Lepelletier de Saint-Fargeau, qui nous ont donné ce programme et cette formule, il faut que tous les enfants de la nation soient élevés par la nation dans les mêmes écoles sous la sainte loi de l'égalité. »

On soutient encore : « L'Etat seul peut donner un enseignement neutre, purement désintéressé. Enseigner ne peut être — c'est une mission trop haute et trop délicate — soit une opération commerciale, soit une opération professionnelle. L'État seul peut donner l’enseignement laïque et désintéressé, partant purement scientifique, car il n'est pas tenu par le souci du-gagne pain et du dogme.

En principe, en doctrine, enseigner est de l’essence même un attribut propre de l’État.

La thèse opposée a également dans tous les partis des défenseurs zèlés.

« Le monopole, c’est la doctrine d'État régnant dans l’Université ; c’est la doctrine napoléonienne sous l’Empire, la doctrine cléricale sous la Restauration, cousinienne vers Louis-Philippe. »

Nous ne développerons pas les arguments invoqués en faveur du maintien de la liberté d'enseignement. On les retrouvera mentionnés dans les considérations historiques que nous avons placées en tête de cet ouvrage. Les mêmes objections sont

soulevées en présence des mêmes prétentions. On a Justement dit que l'histoire est un éternel recommencement. 4

En dehors des considérations générales sur la liberté, il est une objection qui s'impose à la réflexion des partisans du monopole, c’est la charge financière considérable que l'État devrait supporter si le Parlement votait le monopole. Et cette objection a une si réelle valeur qu'aujourd'hui le gouvernement ne songe pas encore à saisir les Chambres de cette réforme dont l'utilité et la légitimité sont d’ailleurs fort discutables.

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