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-de leur état. C’est un fait que tous les amis de l'éducation enregistrent avec plaisir. (1)
Mais quel est la cause de ce résultat ? Il n'y a pas d'effet sans cause. Tout en faisant une large part à nos collèges classiques, à nos couvents, à nos corporations religieuses, nous croyons pouvoir dire, en toute justice, que l'élévation sensible du niveau intellectuel de la masse de nos compatriotes est en grande partie le fruit ‘Les nobles efforts de ces braves jeunes gens, de ces essaims de jeunes filles, sortis de nos écoles normales pour aller faire part aux populations de nos camparnes de connaissances sérieuses, acquises aux nrix de grands sacrifices. Nos Universités, nos Collèges, nos Couvents, n’en sont pas moins autant de monuments qui attestent hautement que notre peuple aime l’instruction. Ces belles institutions font honneur à notre pays tout entier.
La nationalité canadienne-française en est fière avec raison. (Car, c’est grâce à nos col- (1) J'ai remarqué que les élèves qui rentrent depuis quelques années à l’école normale sont mieux préparés qu'autrefois, Le niveau de l'instruction primaire a évidemment monté, et celu doit provenir de l’enseignement donné par les instituteurs sortis des écoles normales ; mais l'enseignement n’a pas encore atteint un
degré suffisamment élevé pour que l'on puisse ne donner que “des cours de pédagogie dans les écoles normales,
M, L'alb: P, Lacacé "684.
lèces et à nos Couvents que nous avons conservé notre belle langue et notre religion depuis 1760. Bien aveugle et injuste serait celui qui n’admettrait pas cette grande vérité. Mais il est un fait constant que nos hautes maisons d'éducation ne répondent pas aux besoins les plus généraux ; d’ailleurs tous les pères de famille n'ont pas les moyens de donner à leurs enfants les avantages d’une éducation ciassique. Un cours classique ne convient pas à tout le monde. Il est bien plus nécessaire pour le cultivateur et l'urtisan de posséder une instruction pratique, en rapport à leur état, que d'avoir l'esprit orné de connaissances qui ont certainement leur charme et leur utilité, mais qui ne sont pas d’une nécessité première dans la vie. Les couvents, comme toutes les autres institutions dans le monde, ne subsistent qu’au moyen de revenus suffisants. Il n’y a, à proprement parler, que les familles aisées qui puissent y envoyer leurs enfants. (i) Malgré toute la bonne volonté et la haute distinction dé nos maisons classiques, en dépit de la compétence des communautés religieuses, une fraction très considérable de notre
(1) Cette remarque s'applique surtout aux populations des campagnes,
population n'aura toujours que l'instruction puisée dans les écoles primaires. Or, ces écoles sont généralement tenues dans nos campagnes— où se trouve la grande majorité des habitants de cette province—par des instituteurs et des institutrices laïques. Il est donc tout à fait rationnel que ceux qui ont la haute mission d'instruire la majorité de leurs concitoyens ne soient pas livrés à eux-mêmes sans aucun moyen de se perfectionner dans l’art difficile qu'ils sont appelés à exercer.
L'enseignement donné à l’école normale est un enseignement raisonné. La méthode analytico-synthétique est employée avec succès.
D'après ce procédé, l'esprit suit une double voie pour parvenir à la science : une voie progressive au début et une voie rétrograde à la fin. Au commencement, il s'avance graduellement du connu à l'inconnu, de l'effet à la cause ; puis il revient de la cause à l'effet, En un mot, il fait de l’analyse et de la synthèse. ‘ On peut dire qu'elle {la science) commence par l’analyse et qu'elle s'achève par la synthèse. L'amour de l'étude, la facilité du travail, la rapidité des progrès, voilà quels sont les fruits immédiats de la méthode expérimentale, Pour l'élève placé dans ces conditions, l'étude n'a plus rien d'’aride ;
c'est une véritable gymnastique intellectuelle qu'il aime et qu’il recherche. La mémoire n’est plus seule à l'ouvrage ; l'intelligence fait aussi sa part qui n’est pas la moindre. Or, le travail intellectuel est une source de jouissances que la mémoire ne connaît pas ” (1). Les jeunes maitres sont accoutumés à amener leurs élèves, par une série de questions habillement posées, à découvrir la règle, soit de grammaire, soit d’arithmétique, qu’ils veulent leur inculquer.
Les professeurs s'efforcent de bien faire comprendre aux futurs instituteurs qu’en enseignant une matière quelconque, il faut toujours chercher à atteindre un double but : lo. ensefgner aux élèves la branche qu'ils étudient : 20. développer par tous les moyens possibles leur intelligence. À cet effet, on leur répète souvent cette maxime du Père Girard: ‘Los mots pour les pensées, et les pensées pour le cœur et la vie” Ainsi, dans chaque lecon, tous les mots sont expliqués d’une manière simple, claire et facile, les expressions sont à la portée des jeunes intelligences qu'on veut former.
Tous les points de la lecon qui peuvent développer le sentiment moral, sont mis à profit (2).
(@) M. l'abbé Lagacé.
(2) M. J. B. Clout'er, Prog amme et méthode.