‹ L'enseignement primaire [microforme]Chapitre 48 sur 69 · EXERCICE D'INVENTION · texte numérisé non relu

EXERCICE D'INVENTION

Dire ce que fait : Le cheval, il galope, Le ciel est beau. La cloche sonne, Le navire avance L'orateur parle. Marie écrit à sa mère. Le vent souffle et le tonnerre gronde.

Exprimer par un nom l'idée que rappelle le verbe : Flamber, — flamme— Trembler— peur—Carder— laine--Luire—/umière—Solfier—musique— Héberger —logement—Crucifier—croir—Beugler— bœuf Vaciller—-balancement —- Encaquer—-hareng—- Scintiller—étoile—Patauger—boue—Filtrer— liquide—Panser—blessure— Lire—livre.

Nous croyons en avoir assez dit, et avoir -donné assez d'exemples pour démontrer clairement la supériorité de l'enseignement intuitif

de la grammaire, c’est-à-dire l’enseignement de la grammaire pur la langue maternelle sur l’enseignement de la langue maternelle, par la grammaire.

Permettez-moi, avant de terminer, de citer l'opinion de deux hommes qui se sont occupés beaucoup de cette matière : je veux parler du très regretté M. l'abbé Lagacé et du rédacteur de l'Enseignement primaire.

M. Lagacé dans un de ses rapports, parlant de la méthode expérimentale dit : ‘ Le maître met l’enfant en présence des faits particuliers déjà connus, et réglant sa conduite sur la conduite de la mère elle-même, ( car l'éducation maternelle est le fondement de la pédagogie moderne) il moütre à cet enfant le but à atteindre, et lui dit: Cherchez maintenant votre route et marchez de vous-même ; voilà les instruments, servez vous-en ; voilà votre modèle, étudiez-le, et émittez-le.

‘ La méthode expérimentale développe d'avantage les facultés de l'élève et produit une éducation complète.

‘ Avec cette méthode, toutes les facultés de l'âme sont mises en jeu et trouvent occasion de se développer. Les facultés sensitives, qui sont les sens propres, les sens communs, l’imaginative, l'estimative et la mémoire ; les facultés intelluc-

tives, dont les principales opérations sont la perception, la réflexion, le jugement, le raisonnement et La mémoire intellectuelle ; les facultés appétives, dont la plus importante est l’appétit raisonnable ou la volonté.

Il ne suffit pas, en effet, pour faire l'éducation d'un jeune homme, de verser dans son esprit des connaissances que l’on retire ensuite au hesoin, comme on tire l’eau d’un réservoir ; il ‘ai avant tout lui apprendre à chercher, à iecoouvrir lui-même; car le moment viendra bientôt où, n'ayant plus à ses côtés l’aide d’un

maître, il lui faudra trouver dans ses seules ressources le moyen de découvrir la vérité, de triompher des obs:acles qui en ferme l'accès. Il ne suffit pas de développer la mémoire et d’en faire une machine à réciter ; il faut surtout fortifier sa volonté, éclairer son intelligence, lui donner des idées, lui apprendre à penser, à réfléchir, à raisonner, etc., pour qu'il devienne plus tard un homme de bon sens, un homme de jugement et d'énergie.

“ S'il m'était permis ici d'exprimer une opinion, je dirais que l’enseignement tel que nous le donnons dans nos écoles, me paraît beaucoup trop dogmatique. :

‘ Partout ailleurs, on revient à une méthode

‘plus expérimentale, qu'on appelle méthode intuitive. Malheureusement, chez nous, ces sortes de modifications s’opèrent toujours bien lentement. ”

Puis citant cette belle pensée de Braun :

‘ Faites penser tout haut, c'est-à-dire faites parler vos enfants, et vous remplirez un devoir impérieux envers eux, envers celui qui vous les a confiés, il dit: ‘Ce que l'on reproche aux instituteurs, c'est de ne pas faire parler assez l'enfant dans l'école ; il ya toujours un livre ‘entre le maître et l'élève qui empêche l'un et l’autre de penser et de parler.”

* Pourtant c'est le maître qui doit enseigner. Faire apprendre des livres par cœur, c’est facile mais cela ne suffit pas.” L'esprit des enfants, dit

Lu un ancien, n’est pas seulement un vase que nous Mt. : avons à remplir, mais un foyer qu’il faut réchauf- | sn fer.”

SR En voilà suffisamment, je crois, pour prouver

que l'abbé Lagacé était en faveur de la méthode

j À expérimentale.

Pate Cette méthode expérimentale n'est ni plus

ni moins que l'enseignement intuitif de la | grammaire ou l'enseignement de la grammaire

par la langue, en un mot, c’est l’enseignement

de la langue maternelle, proprement dit,

Ceux qui ont suivi successivement et l’École et l'Enseignement primaire ont dû remarquer que le rédacteur de ces deux feuilles pédagogiques a toujours été, et est encore complètement en faveur de l’enseignement maternel d’après les principes émis par les Coménius, les Pestalozzi, les Girard et autres.

Cependant, comme il y en a qui n’ont suivi ni l’École ni l'Enseignement primaire, qu'il nous soit permis de citer l'appréciation que M. Cloutier a faite au Congrès pédagogique de Montréal, d’un livre intitulé : “ De l’enseignement régulier de la langue,” par le Père Girard :

Après avoir cité quelques paragraphes de ce magnifique livre, il dit : ‘Il serait trop long, messieurs,de continuer les citations ; qu’il suffise de dire que l’admirable livre dont je viens de parler est un véritable chef-d'œuvre de science pédagogique : l'intuition, l'invention, la gymnastique intellectuelle, l'importance d'une grammaire d'idée et celle de former le cœur de l'enfant en développant chez lui le sentiment moral et religieux, en le rendant sensible à toutes les aspirations nobles et généreuses, enfin tout ce qui constitue un enseignement fondé sur la psychologie s'y trouve consigné ; de sorte que, comme je le disais tout à l'heure, il n'y & rien

162 L'ENSBIGNEMENT PRIMAIRE

de nouveau sous le soleil. Les écrivains d'aujourd'hui qui prêchent la nécessité: d'opérer des réformes, l'importance d'améliorer les méthodes, de s'adresser à l'intelligence plutôt qu'à la mémoire, ne font que ressusciter la doctrine du père Girard, avec cette différence, que le savant éducateur de Fribourg avait pénétré plus avant dans le domaine de l'intelligence.”

Voilà quelques idées que nous soumettons bien humblement à la sage considération de nos lecteurs et nous croyons avoir démontré assez clairement, dans le cours de ce chapitre, que la méthode préconisée par les grands maîtres est la plus appropriée au besoin de l’enfance, et qu'elle est infiniment supérieure au mille et une methodes qui sont généralement en usage dans nos écoles.

Que faut-il faire pour se rendre maître de cette méthode si eminemment pratique ?

Instituteurs, c'est à nous de répondre. — Mettons-nous en rapport intime avec les grands écrivains que nous venons de citer, nous n'avons pour cela qu'à nous procurer leurs écrits, infiniment précieux, à les lire, les relire, les méditer, et surtout à nous efforcer d'imiter ces hommes de dévouement, qui ont consacré leur vie à la jeunesse de leur pays.

Ainsi, jeunes instituteurs, à l'œuvre.

Nous tous, qui sommes les amis de l'enfance et de la jeunesse, et qui désirons l'avancement et le développement intellectuel et moral du peuple canadien, donnons-nous la main, entendonsnous sur ce terrain commun pour travailler avec plus d'efficacité à la grande et noble cause de l'éducation

Page 1