CHAPITRE I
La clientèle de l'Enseignement secondaire.
Les défauts et l'impuissance de notre Enseignement secondaire actuel viennent, nous pensons Tavoir montré, de ce vice originel : Tabsence d'une doctrine générale d'éducation. On élabore des programmes, on réglemente les études, on inspecte les professeurs; on n'oublie qu'un point, c'est de déterminer le but précis des études secondaires. Ne faudrait-il pas cependant, en bonne logique, s'entendre sur la fin^ avant de délibérer sur les moyens^ et savoir ce qu'on veut faire, avant de chercher comment on le fera?
Quand d'ailleurs on s'est posé la question — car cela est arrivé — pourquoi faut-il qu'on l'ait résolue à la légère et comme en courant, sans voir qu'elle est la première et l'essentielle? Ou plutôt elle est, à vrai dire, la question unique. Elle contient toutes les autres, comme le théorème contient les corollaires. Dans la solution qu'on lui donne sont implicitement engagées les solutions de tous les problèmes particuliers.
Posons-nous donc cette question : quelle est la fin que doit poursuivre l'Enseignement secondaire? Et tâchons de lui trouver une réponse précise.
l'enseignement secondaire. o
Mais, dès Tabord, on conteste à la pédagogie, sinon le droit de poser, du moins le pouvoir de résoudre cette question préjudicielle. D'après les partisans de la pédagogie scientifique, Tobjet de la pédagogie est, non pas de déterminer la fin que doit se proposer l'éducation, mais seulement d'étudier « les moyens de constituer les facultés acquises des êtres humains * ». L'être humain est doué de la propriété d'acquérir des connaissances et de perfectionner ses facultés. Quelles sont la nature, la puissance, les limites de cette « propriété plastique de l'esprit* », quelles sont les connaissances et les facultés susceptibles d'être acquises et perfectionnées, quelles sont, parmi ces acquisitions possibles, celles « que tous les hommes s'accordent à reconnaître comme nécessaires »', quels sont les moyens les plus prompts et les plus commodes pour les faire acquérir à l'enfant, tels sont les principaux chapitres d'un traité de l'éducation. Ainsi comprise, la pédagogie se place sur un terrain solide, celui de Texpérience ; elle devient une science. Quant à rechercher quel est le but de l'éducation, à se demander si ce but est le bonheur ou la perfection de Thomme, c'est un problème qui « appartient à d'autres sciences », et dont la place « est dans les traités de morale et de théologie * ». Comme d'ailleurs « ces sciences n'ont pu y donner de réponses