Ibid., p
158 L'EXSnCNEMEXT SECONDAIRE ET LA DÉMOCRATIE
leurs exigences et pousser plus vivement Tattaque. C'est à quoi ils n^ont pas manqué.
Quelques années plus tard, V. de Laprade, alarmé des progrès de la doctrine utilitaire, entreprenait de restaurer réducation libérale. Dans un livre qui fît grand bruit en son temps *, mais où les tirades poétiques et les pathétiques exhortations tiennent malheureusement plus de place que le raisonnement, il essaya.de rompre avec la tactique peureuse que pratiquaient la plupart des pédagogues libéraux et de prendre vigoureusement Toffensive. Il faut lui rendre cette justice qu'il a, tout au moins, clairement aperçu le principe de la doctrine libérale. Le but de l'éducation, dit-il, n'est pas « d'instruire le médecin, l'avocat, le commerçant, l'ingénieur, l'agriculteur », mais « d'instituer Thomme * ». Ce n'est encore que la formule courante de toute pédagogie libérale; mais Laprade ajoute — et c'est là qu'il touche vraiment au vif de la question — « instituer l'homme, c'est-à-dire former une personnalité en vue d'ellemême », ou encore « former des intelligences vraiment libres et maîtresses d'elle-mêmes ' ». Si Laprade s'était tenu fermement à cette formule, s'il en avait précisé le sens et la portée, son système se présenterait avec une forte unité intérieure et ne soulèverait d'objections que celles dont est passible l'hypothèse métaphysique qu'il postule, l'hypothèse de la liberté. Malheureusement, à peine a-t-il énoncé cette formule qu'aussitôt il la surcharge d'idées étrangères qui l'offusquent, la défigurent, et finalement la métamorphosent.
i. Victor de Laprade, L'Éducation libérale, 1873. 3. Ibid.y p. 203.