INTRODUCTION
L'Enseignement secondaire actuel.
Il a été question fréquemment, depuis quelques années, de la « crise de l'Enseignement secondaire ». Cette « crise » est réelle, et s'il ne faut pas s'en exagérer, il ne faut pas non plus s'en dissimuler la gravité. Tandis que l'Enseignement primaire et l'Enseignement supérieur sont en pleine croissance, l'Enseignement secondaire végète péniblement. Il fonctionne, mais il ne vit pas.
D'abord, sa population ne s'accroît plus. « Elle n'a guère fait de progrès depuis vingt ans, et dans les dernières années, elle a marqué une tendance à s'abaisser *. » Or, la désaffection des familles est un signe certain de
la décadence d'un enseignement, ou du moins un signe que cet enseignement ne répond plus aux besoins actuels de la société.
Non seulement les élèves viennent en moins grand nombre à l'Enseignement secondaire, mais ceux qui lui sont restés fidèles paraissent en sentir les défauts. Les élèves de l'Enseignement secondaire moA^tivei wç^ ^^.^
/. Ribot, La tt^/bfme de V Enseignement «econtlaire, \i. W^»
résignent pas à le suivra ^jtisqu'à la fin. La plupart Tabandonnent après Jroîs/6u quatre ans. Quanta TEnseignement secondaire classique, il faut bien reconnaître, quelquç*^pêbîble que puisse être Taveu, que le déchet y esl-^raiid. Sur 100 enfants qui suivent jusqu'au bout la.-|Hièrê, il y en a 32, c'est-à-dire près d'un tiers, qui n'aV^iVent pas à obtenir, même après un ou deux écbeç^i) le diplôme de bachelier*. En somme, il n'est • -'^îa^- douteux que « la majorité des élèves ne tire pas un •'.^pVofit égal ou proportionné à la durée des études^ ». Autre signe non moins certain de décadence. Périodiquement, depuis vingt ans, on tente de réorganiser l'Enseignement secondaire. En 1872, la circulaire de J. Simon porte le premier coup au vieil Enseignement gréco-latin. La réforme de 1880 achève celle de 1872. En 1885, revanche des classiques et réforme des réformes antérieures. En 1890, création de l'Enseignement secondaire moderne. En 1893, remaniement partiel des programmes de l'Enseignement classique. En 1898-1899, enquête de la « Commission de l'Enseignement de la Chambre des députés ».
Cependant, qu'est-il résulté de toutes ces tentatives de réorganisation? C'est que l'Enseignement secondaire, dont on aurait pu, il y a quelque vingt ans, dire exactement à quoi il servait et ce qu'il était, est devenu aujourd'hui le plus ambigu, le plus incohérent des trois ordres d'enseignement. — D'abord, il n'est pas un, il est deux; il est classique, et il est moderne. Voulez-vous
i. Statistique communiquée par M. Liard à la Commission d'enquête parlementaire. Cf. Ribot, La Réforme de r Enseignement secon* (laire, p. 74.