‹ L'enseignement secondaire et la démocratieChapitre 9 sur 94 · Cf. Enquête. Déposition de M. Berthelot · texte numérisé non relu

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méthodes des autres sciences, quant à faire Thistorique des découvertes, à montrer par quels prodiges de patience et de tenace attention les grands savants y ont été conduits, quant à exposer, môme rapidement, les bouleversements économiques, sociaux, intellectuels, qu'ont amenés ces découvertes, de tout cela il n'est point question.

Il en va de même pour les autres enseignements. Chaque professeur s'enfonce et se perd dans sa spécialité. Il enseigne comme si son but dernier était de former des mathématiciens, ou des littérateurs, ou des historiens. Il perd de vue l'unité fondamentale de l'activité humaine que son enseignement, pour être éducatif, devrait au contraire refléter. Tout ce qui est comme le poids mort de la science en étoufi'e l'âme vivante. La conséquence d'un tel régime, c'est que les élèves passent de la chimie à la littérature, de l'histoire aux mathématiques, du latin aux langues vivantes comme on erre, dans une ville inconnue, à travers des rues dont on ne sait ni d'où elles partent ni où elles aboutissent. De tout ce défllé auquel ils ont assisté, il ne leur reste qu'une série de connaissances fragmentaires, d'images éparses et papillotantes, une sorte d'éblouissement cérébral, au lieu de la vue synthétique et claire des choses dans leur vivante complexité, qui devrait être le résultat final d'une instruction secondaire bien comprise.

Si encore, tout en réduisant chaque matière du programme à n'être qu'une spécialité, les professeurs se proposaient tous de créer ou du moins de développer chez leurs élèves les mêmes qualités d'esprit, les mêmes habitudes intellectuelles, ce serait un moyen, peut-être un peu indirect, mais enfin légitime, de donner à l'En-

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seignement secondaire Tunité indispensable. Mais assurément tel n'est point leur souci. Chaque maître va de son côté, au hasard de ses goûts, de ses habitudes d'esprit, sans s'inquiéter de mettre son enseignement d'accord avec celui de ses collègues.

Qu'on songe par combien d'exigences et de méthodes contradictoires sont tiraillés les esprits encore neufs et flexibles des élèves. Aujourd'hui le professeur d'histoire, retraçant en phrases vivantes et colorées les mœurs de telle époque, ou bien démêlant, sous la complexité et l'apparente confusion des faits, la marche lente et continue de telle grande idée politique ou morale, éveille les imaginations, ouvre les intelligences, exerce la force vive de l'esprit. Demain, le professeur de littérature française étoufl*era cette activité qui germait sous un amas de détails biographiques, de formules routinières, de classifications abstraites. — Mieux encore : aujourd'hui le professeur d'allemand fait de la version un exercice purement grammatical ; il n'exige de ses élèves qu'une exactitude pour ainsi dire matérielle, un mot à mot scrupuleux; peu lui importe la valeur littéraire de la traduction. Demain le professeur de latin, faisant bon marché d'un ou deux contresens, voudra que le texte soit traduit en une langue précise, ferme, élégante; il fera de la version, non pas un moyen d'apprendre le latin, mais un véritable exercice de langue française.

Quoi d'étonnant dès lors si maîtres et élèves perdent le bénéfice de leur travail ? Ce que fait un professeur, l'autre le défait. Les efl'orts se heurtent, les bonnes volontés se contrecarrent, et l'esprit des élèves, sollicité en tous sens, demeure stationnaire. Tant de secousses et de tiraillements contraires n'aboutissent qu'à écarteler le patient.

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§ 3. — Et voici, pour achever la déroute et le désarroi de TEnseignement secondaire, la troupe fraîche des concours et des examens qui arrive à la rescousse. D'abord le baccalauréat, que M. La visse n'a pas craint d'appeler un malfaiteur*. La logique voudrait que le baccalauréat, sanction des études classiques, fût adapté exactement à ces études et comme modelé sur elles. Mais il faut bien croire que la logique n'a rien de commun avec notre Enseignement secondaire, puisque nous voyons que ce sont les études classiques qui doivent se mutiler et passer sous les fourches caudines du baccalauréat. Les études classiques se proposent de donner aux esprits de saines habitudes, de former le jugement et le goût. Le baccalauréat, au contraire, n'est aujourd'hui qu'un examen de savoir; et quel savoir !

Les élèves de nos lycées veulent être bacheliers; c'est un désir très légitime. Dès la classe de troisième, ils se demandent « de quelle façon ils pourront bien traverser heureusement l'épreuve du baccalauréat. Alors ce sont les études désintéressées, les seules vraiment fécondes, qui se trouvent négligées. Tout est aiguillé en vue du baccalauréat, les professeurs eux-mêmes sont obligés de se consacrer au baccalauréat, tous les exercices des classes vont au baccalauréat et les élèves paresseux savent qu'on peut trouver le baccalauréat en globules, par la méthode homéopathique, dans les manuels, qui sont une littérature absolument pestilen^ tielle ^. » Ainsi, à cause du baccalauréat, les maîtres des hautes classes sont condamnés à rabaisser leur enseignement, à le découronner de tout « long espoir »,

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