CHAPITRE IX
De la haute éducation morale dans les 'universités
catholiques.
Le jeune hbmme qui, à dix-huit ou vingt ans, au sortir des écoles où il a reçu Fenseig^nement secondaire, se prépare à recevoir Tenseig^nement supérieur, n'est pas un esprit formé. Est-il du moins un caractère, et son éducation morale est-elle faite? Non.
Le caractère se forme plus laborieusement et plus tardivement encore que Fesprit; et, s'il faut à Fesprit du jeune homme un maître, il faut à son âme une discipline et une direction. Où les trouvera-t-il ? Là est le problème.
Dans l'organisation actuelle de l'enseignement supérieur, la plus grande partie de la jeunesse ne trouve ni la direction dont Fintelligence a besoin , ni celle que réclame
le caractère. Presque pas de maître, au sens sérieux du mot; presque pas d'éducateur moral.
Et pourtant, qui ne le sait? c'est à partir de la dix-huitième année que commence la redoutable période des oragpes : les cœurs sont ravagées et flétris, les volontés s'énervent et se brisent. On ne saura jamais que de gpermes féconds sont g*aspillés , dans ces années critiques, que de forces à jamais perdues, que de g^énies prématurément éteints !
Si encore on veillait dans la tempête et si, conscient du péril, on savait le conjurer ! mais non. A dix-huit ans, et souvent plus tôt, la plupart des jeunes g'ens conquièrent, avec le diplôme de bachelier, Témancipation et la liberté totale. Au lendemain de Texamen fameux, les voilà maîtres d'eux-mêmes, loin de leur famille, sans règlement de vie, sans autres relations que celles de leurs camarades de plaisir ou d'étude, à la merci des passions et en proie à ces ennemis redouta-
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bles qui, dans une g*rande ville, menacent de tous côtés la santé, le travail, F honneur et la foi. Geux-lâ même qui, au sortir du collègue, continuent le rég*ime de Tinternat ne sont que fort insuffisamment prémunis.
C'est toujours la caserne avec sa rig*ide discipline. Les laborieux prisonniers ont, il est vrai, leur travail g*aranti; mais c'est tout : on ne song^e g*uère plus à former leur caractère, qu'on ne s'occupe, dans un camp, de l'âme du soldat.
Ceux qui, sans sortir de la famille, peuvent achever leur haute éducation intellectuelle , sont moins à plaindre. Le foyer domestique, lorsqu'il n'est pas profané, est pour le jeune homme une sauveg*arde contre plus d'un péril. Qui ne Ta éprouvé?
La seule présence d'une mère est une bénédiction; son reg'ard fait rentrer en luimême le fils coupable, sa tendresse provoque des révélations et des confidences qui préviennent des catastrophes; ses larmes ont une puissance qui fait fléchir les volontés
tes plus rebeltes et tes ramène dans te devoir.
Le père a moins d'empire. Il est souvent^ hélas ! sans relig'ion ; il n'a pas, comme la mère, ce prestige d'une vertu irréprochable et quelquefois héroïque. Cependant son autorité est d'un g'rand poids; et Tamour paternel qui sait se défendre de certaines faiblesses qu'on pourrait appeler de la complicité, est une force admirable. L'exemple du père semble alors s'imprimer dans Tâme des lîls comme une efflg^ie se grave dans te métal sous le burin de l'artiste. C'est ainsi que, dans les familles, se perpétuent les traditions séculaires de l'honneur, dU dévouement, de la bravoure, delà justice, de toutes ces vertus, enfin, qui ennoblissent l'âme et illustrent un nom.
Les jeunes g*ens élevés à une telle école sont rares ; et on ne saurait trop le déplorer. Que de foyers éteints, vides, désolés! En nos temps de décomposition et de ruines,
OÙ les plus solides institutions chancellent et tombent, la famille est loin d'avoir échappé à cet esprit de mort qui souffle des quatre vents. L'immense majorité de la jeunesse ne cherche plus, ou trouve à peine sous la g*arde du père et de la mère ces forces sacrées qui, en d'autres siècles, et encore dans d'autres pays, contribuent efficacepient à former des g*énérations saines et vig*oureuses.
Au reste, telle est la, tyrannie des coutumes établies, tel est le vice des institutions rég^nantes, que, bon gré mal gpré, le jeune îiomme est entraîné loin de la maison paternelle pour chercher à g'rand'peine cette science et cette culture de l'esprit sans lesquelles les hautes carrières publiques lui seraient fermées.
Mais alors, à qui sera confiée la mission redoutable et sainte de former l'âme et (le caractère ? Si le père et la mère ne sont plus là, qui prendra leur place? Y a-ton seulement song'é? Ceux qui ont en mains la
puissance et qui, dans leur autorité souveraine, ont creusé Tornière où marche notre jeunesse depuis la sortie du collège jusqu'à rentrée de la carrière, s'en sont-ils préoccupés? Ce n'est pas leur faire injure que de répondre hardiment : non. Peutêtre, après tout, n'était-ce pas de leur ressort? Je ne veux point l'examiner : ce qu'il y a de certain, c'est que du jour où Tirrélignon a envahi l'esprit public et corrompu le pouvoir, on se préoccupa encore de former des intellig'ences , on n'eut plus souci de l'âme; on songea peut-être encore à façonner des artistes, des littérateurs, des mathématiciens et des savants, on ne songea plus à créer des caractères? S'en occupe-t-on à l'Ecole de droit, à TEcole de médecine, et même dans les internats sévères de l'École normale, de l'Ecole polytechnique ou de l'Elcole Saint-Gyr?
On s'en inquiète si peu qu'on ne croit pas même à la nécessité d'une telle formation, et qu'un des sophismes en vogue dans
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le monde des lettrés qui ont rompu avec la foi, est celui-ci : Tinstruction fait tout rhomme.
Étrangle aberrration ! Est-il possible de se méprendre aussi lourdement sur le cœur humain, en érig^eant en principe que Tinstruction suffit à lui inspirer Ténerg^ie, la sag^esse et les hautes vertus ! Non, ce n'est pas rinstruction qui fait Thomme; c'est l'éducation ; et ce qui développe en nous le moral, c'est l'habitude de se vaincre soimême et de ne donner à sa conduite que des mobiles désintéressés et honnêtes. Ni les mathématiques, ni les sciences naturelles, ni la littérature, ni le droit, ni la philosophie, ni l'histoire, ni même les sciences de l'ordre divin ne font de nous des hommes. L'instruction vise l'esprit, elle n'atteint le cœur et la volonté que par contrecoup. On peut avoir un esprit lumineux et une volonté lâche; on peut être doué d'une intellig*ence supérieure et n'être qu'un misérable. Il y a des hommes qui ont donné à
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leur esprit une culture fort savante et laissé leur âme en friche : ils portent les stigmates de ce coupable et inexcusable abandon.
Eg^oïstes et lâches, il y a de la lumière dana leur pensée , il y a des ténèbres dans leur vie.
Encore une fois, qui veillera à la formation de Fâme, à la haute éducation de la jeunesse? Le maître officiel? Nous venons de l'examiner, il est un des premiers à croire et à dire que Finstruction suffît à tout. Mais quand il ne serait pas sous Tinfluence d'un pareil sc^hisnae, a-t-il mission pour ag*ir sur l'âme de ses disciples et faire grandir le caractère à mesure qu'il ouvre leur intellig*ence à des vérités plus sublimes? L'expérience a prouvé qu'il ne faut point compter sur lui pour cette œuvre délicate.
Son rôle est de communiquei' la science, et non d'initier à la vertu.
Je me persuade volontiers que beaucoup trouvent assez lourde déjà la fonction du docleur sans la doubler encore de celle du direc-
teur moral. Et alors même qu'ils en auraient la volonté, mille empêchements pratiques viendraient paralyser leurs meilleures résolutions. Le maître peut avoir sa famille^ il a besoin de son temps pour les travaux que le professorat exigée; il voit rarement ses élèves; il n'aautorité que pour leur parler de science : le domaine de Fâme est un terrain réservé sur lequel on ne peut mettre le pied qu'au nom de Dieu, quand on le représente, ou au nom de r intimité, quand le cœur écarte les barrières.
Aussi qu'est-il arrivé? Depuis que les vieilles universités ont disparu pour faire place à Torg^anisation nouvelle, la jeunesse a été presque totalement privée déformation morale, à l'heure même où elle eût été le plus nécessaire. Bien des causes, sans doute, ont contribué à l'amoindrissement de la g*énération actuelle, à la décadence de l'esprit, à l'énervement des caractères, à l'irréiig^ion et au scepticisme ; toutefois, une de celles qui ont été le plus cruellement efficaces, c'est l'absence de
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direction dans laquelle les jeunes gens vivent depuis plus d'un siècle. Le petit nombre de ceux qui ont g*randi et se sont élevés jusqu'à la hauteur d'une âme fière et indomptable, le doivent à leur éducation preniière, et surtout à la providence qui a mis sur leur chemin quelque homme de Dieu dont la relig*ieuse et g'rave influence leur a donné le secret de vaincre leurs passions et d'être des hommes.
Tous les pères vraiment chrétiens, tous les prêtres soucieux de l'âme de la jeunesse, ont déploré cette lacune dang*ereuse laissée par l'org^anisation actuelle dans la vie des jeunes g*énérations. Ils ont bien vu que, laissé à lui-même, l'étudiant courait les plus g^rands périls, et qu'il fallait promptement aviser, si Ton voulait sauvegarder sa foi, son honneur, son travail et sa vertu.
C'est de cette pensée généreuse que sont nés les cercles catholiques, et celui de Paris
en particulier, qui a été le type de tous les autres. Ils ont eu d'abord Tavantag'e de grouper les jeunes g*ens autour de l'idée catholique comme autour d'un drapeau. La foi de l'étudiant s'est trouvée garantie. En se voyant moins seul, on se sent plus fort; et les âmes les plus convaincues centuplent leur énergie au contact de celles qui partagent les mêmes croyances. Les cercles ont bien d'autres mérites qu'il n'entre point dans notre sujet d'énumérer. Grâce à eux, le jeune homme a été sûr de trouver, quand il le voudrait, une société choisie, un stimulant au travail dans des conférences où son émulation était sagement mise en jeu;
et il a pu nouer des relations avec des
chrétiens ou des prêtres éminents qui, devenus pour lui des modèles , Fenlraînaienl à cette pratique du bien, hors de laquelle l'âme languit et ne saurait se former.
Que manque-t-il donc aux étudiants et que pourrait faire de plus l'université catholique? N'a-t-elle qu'à s'inspirer des mê-
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mes sentiments chrétiens et à poursuivre un but identique, en y consacrant toutefois des moyens plus puissants, des ressources plus riches, une discipline plus ferme? S'il en était ainsi , ce serait une œuvre à peu près inutile. Mais il ne faut pas qu'elle se borne à préserver et à g*arantir Tâme du jeune homme. La préservation n'est qu'un bien négpatif; elle écarte le mal, elle ne forme pas directement à la vertu ; et l'action morale des universités, pour être féconde, doit imprimer fortement dans le caractère les énerg'ies qui font un homme.
De sérieux ennemis menacent la jeunesse à cette dernière heure de Féducation : la paresse, les passions, l'incrédulité; elles peuvent anéantir d'un coup les plus riches espérances et compromettre à tout jamais le plus riant avenir.
L'étudiant qui a vaincu la paresse et pris l'habitude d'un travail opiniâtre, qui n'a pas laissé la passion parler en maître, mais qui a su la vaincre -en luttant sans relâche;
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celui qui a triomphé des préjugées rég*nants, des fausses doctrines, et, dans ce torrent d'erreurs où il est forcé de vivre, g*ardé sa foi saine et victorieuse , celui-là est un caractère. On peut tout attendre de lui : la science, car la science se donne à Tesprit laborieux , et livre au travail les secrets qu'elle refuse même au g*énîe; la vertu, avec tout son cortég*e de sacrifices et de dévouements , car la vertu est familière à l'homme qui a su dominer ses passions; les convictions indomptables enfin, car l'esprit qui a su protég*er sa foi contre les assauts du sophisme, est à l'abri de ces effondrements d'idées et de principes, la plus g*rande calamité de notre temps.
Il nous faut de tels hommes. Il appartient aux universités catholiques de les produire : c'est là l'œuvre urg*ente et sainte.
Tout leur en fait un devoir, ne fût-ce que ce nom de catholique. Certes, s'il est un but que le catholicisme ait poursuivi, une œuvre à laquelle il se soit dévoué , c'est l'éducation et
la culture de Fâme. Pourquoi est-il au monde, si ce n'est pour continuer la mission du Christ? Et que voulait-il, lui, le Sauveur des hommes, sinon régénérer l'âme, la soustraire aux forces inférieures qui menacent de la corrompre et Télever vers Dieu dans la vérité, dans Tamour et dans la beauté?
L'oblig*ation des universités catholiques est toute tracée. Si elles veulent conapléter' Téducation morale de la jeunesse, il faut qu'elles lui inspirent le culle du travail, de la vertu et de la Foi.
Or il y a, en pratique, trois principaux moyens dont le concours simultané peut obtenir un tel résultat : le rég*ime des internats, le commerce intime avec le prêtre, le haut enseig*nement relig*ieux.
L'internat que nous avons en vue, et tel qu'il est pratiqué déjà dans certaines universités , comme celle de Louvain, n'est pas
la continuation du collègue, mais un milieu entre la clôture austère du lycée ou de la pension, et la vie pleinement émancipée de l'étudiant libre. Dans l'internat, le jeune homme doit faire en quelque sorte l'apprentissag*e de la liberté et s'étudiera g*ouverner sa vie. Il trouverait dans la discipline établie assez de g*aranties pour échapper aux dang^ers presque inévitables qui, dans la société actuelle, menacent et compromettent ^presque toujours ses mœurs et son travail. La part d'indépendance qui lui serait laissée suffirait pour l'habituer à régler ses heures, à utiliser ses loisirs, et à se comporter virilement dans toutes les circons* tances où il ne relève que de lui-même et où il est son maître.
Dans quelle mesure devra se faire ce partagée délicat entre l'autorité qui rég*lemente, surveille, protégée, et la liberté? Il* est difficile de le dire. Laissons le soin de le préciser à ceux-là même qui dirig*eront les internats. Sans doute, il yen aura plusieurs, et si, dans
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certains, oit fait à la liberté la moindre part, dans d'autres on lui fera la plus gTande. Les jeunes g*ens ne sont pas doués de la même nature : les uns ont besoin d'une discipline plus stricte, les autres ne perdent rien à une émancipation plus précoce. Ils pourront choisir entre les différents rég'imes , et donner la préférence à celui qui conviendra le mieux à leurs intérêts.
Le premier souci d'un internat doit être de g^arantir le travail et de le favoriser. En assurant à Tétude des heures respectées, non-seulement il aidera au progrès de l'intellig^ence, mais il coopérera, par là même, à la formation du caractère et des plus mâles vertus.
L'homme qui travaille a moins à craindre des attraits perfides du plaisir : la volonté qui n'ag*it pas s'énerve, et les passions trouvent dans l'oisiveté la plus redoutable complice.
Le travail, au contraire, dompte la mollesse et nous habitue peu à peu à nous vaincre :
il demande refTort; et l'effort, constamment
renouvelé, développe bientôt une sing^ulière énerg^ie.
Qu'on se hâte donc d'élever autour de nos universités naissantes ces demeures qui deviendront pour la jeunesse Fasîle inviolable de r étude, et comme un prolong^ement du foyer domestique. Leur idéal devrait être, en effet, de remplacer, autant que possible, la maison paternelle. Le jeune homme qui vit auprès de son père n'est plus comm^ un mineur en tutelle ; et cependant la convenance lui impose encore des oblig^ations et une rég^ularité de vie dont il ne doit pas s'affranchir. Il en serait de même dans l'internat. Le jour où il aura remplacé Y hôtel garni, ce sera une consolation et une sécurité pour bien des mères de penser que leur fils n'est plus sans abri à un âg*e plein de périls et dans un milieu où, presque à chaque pas, des pièges sont tendus à son inexpérience et à ses passions.
Toutefois, ce n'est pas encore fe moyen d'éducation morale le plus puissant. Il ne
vise directement que la régpularité matérielle de la conduite et du travail, il ne touche pas le fond. La formation du caractère et de la volonté ne s'accomplit pas du dehors et par Textérieur, elle s'accomplit du dedans et par l'intérieur. Or, nul mieux que le prêtre n'est capable d'aider à cette fonction intime qui se poursuit et s'exerce sous le regpard de Dieu et de la conscience.
On peut le dire très-haut : ce qui a le plus manqué à cette g^énération délaissée, c'est moins l'assistance de l'esprit que le secours de l'âme, c'est moins le maître que le prêtre, c'est moins l'homme que l'homme de Dieu»
Une pareille affirmation doit sembler étrangle à cette foule qui ne connaît le prêtre qu'à travers les préjugés. Nous ne sommes plus au g»rand siècle où les rois confiaient aux évêques la haute éducation des princes»
Le prêtre aujourd'hui est peu à peu refoulé dans le tfemple et emprisonné dans la sacristie ; on le croit peut-être encore bon pour
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surveiller radolescent ; mais qui Raviserait de voir en lui Tindispensable et providentiel ag*ent de la formation morale du jeune homme? Rien n'est plus vrai pourtant.
De quoi s'ag*it-il en effet? A Tâg'e redoutable de la jeunesse, un g*rand combat se livre entre l'esprit et la matière, la volonté et les passions, le bien vers lequel la liberté aspire et le mal vers lequel nos instincts pervers nous entraînent. Il faut que l'esprit reste le maître, que les passions se courbent sous l'empire de la volonté , que le mal cède à la puissance du bien ; il faut que le devoir prenne le pas sur le plaisir, et que la conscience règ*ne en souveraine au lieu de prendre la lâche habitude de ces capitulations où, en échang-e d'une joie éphémère, on sacrifie l'honneur, la fierté et la conscience même.
L'enjeu de cette lutte est d'assez haute importance pour que nul n'ait le droit de se désintéresser : ni le père, ni la mère, ni le maître, ni l'ami, ni ceux qui ont la g*arde
des destins de la patrie, ni surtout ceux qui ont chargée d'âmes. Or, qui est armé de la plus sainte autorité et de la foixîe la plus efficace pour faire pencher la victoire du côté du bien, du devoir et de la vertu? C'est le prêtre, le prêtre véritable qui a la conscience de sa mission divine, et qui se sait le dépositaire de toute la sag*esse et de toutes les vertus du Christ.
L'âme, aux prises avec les passions, a besoin d'un confident initié à ses douleurs pour les consoler, à ses triomphes pour y applaudir, à ses défaites même pour les réparer; d'un conseiller qui l'encouragée et lui montre le chemin du devoir aux heures où il fait nuit et où les ténèbres des passions nous le dérobent; de la force même de Dieu, car il ne faut rien moins pour se vaincre et pour devenir un homme. Le prêtre est de droit divin, pour tout croyant, le confident qui représente Dieu ; le conseiller le plus désintéressé et le plus sage, puisqu'il n'a qu'à rappeler à l'homme FÉvang^ile et la loi
éternelle; le bras de Dieu enfin, puisqu'il a reçu, avec la puissance dû sacrement, le don de produire la g*râce, sans laquelle il faut renoncera maîtriser la passion qui entrave le bien et le tient en échec. *
On a écarté le prêtre, on Ta supprimé ; on ne Fa pas remplacé, 11 n'est plus là, au moment de Tang^oisse; et son absence fait un vide que rien ne peut remplir.
Le prêtre existe, dites-vous, il ne tient qu'au jeune homme d'utiliser , si bon lui semble, pour son éducation personnelle, ce concours précieux et, selon vous, si nécessaire. Les universités catholiques sur ce point n'ont rien à innover. — - Assurément, le prêtre existe; mais dans l'état actuel de nos mœurs, il n'existe pas pour le jeune homme, il n'existe pas spécialement pour lui, il ne vit pas avec lui dans un commerce intime; d'autres devoirs , d'autres charges l'absorbent et l'empêchent de se vouer pleinement à la culturc'de son âme. Le prêtre est à la paroisse ou à la cure ; à ses caté-
chismes ou à ses confessions; il vit retiré derrière les hautes murailles qui le clôturent; il est aux mille soucis du ministère; il va partout où sa vocation l'appelle; mais il n'est point le compagnon du jeune homme.
Il est pour lui comme s'il n'était pas.
Je lésais, certains prêtres zélés ont résolument abordé ce ministère si fécond, entraînés par ^d'heureuses circonstances, ou impérieusement poussés par l'attrait d'une vocation spéciale et bénie de Dieu; mais combien sont-ils? Et croit-on, de bonne foi, qu'un seul homme puisse s'occuper sérieusement de cinq cents jeunes g»ens? On ne
fait pas de la haute éducation morale par masse, comme on instruit une compagpnie de soldats : c'est une œuvre essentiellement restreinte qui vise les individualités et non les groupes. Nous avons, dans notre siècle, tellement opprimé, et méconnu les individualités que ce qui touche à leur formation et à leur gouvernement est à peu près lettre close pour la plupart des dirigeants. Un
ne rêve que des corps org*anisés, disciplinés; on song-e à façonner des soldats, on oublie les chefs. Le soldat vaut par le nombre, mais le chef vaut par lui-même : si Ton en veut, il faut les former individuellement.
Un g*rand bienfait des universités catholiques sera d'abord de mettre en contact intime l'étudiant et le prêtre.
• Beaucoup de prêtres feront partie du corps professoral ; à ce seul titre y ils seront connus çle Félève. Il apprendra à voir en eux non plus seulement Thomme du culte, qui monte à Tautel avec ses habits sacerdotaux, qui confesse ou qui prêche, mais le dépositaire de }a science divine, qui en connaît les secrets, qui la défend contre toute attaque de Terreur, et en divulg*ue les splendeurs ig*norées. Il verra le prêtre qu'il a besoin de connaître; celui qui, en comprenant son esprit, en devinant les difficultés avec lesquelles il se débaty et dont il a peut-être lui-même souffert le premier, est mieux eapable de des-
rendre jusqu'à son cœur et d'y apporter la lumière et la vertu de Dieu. Il le verra non en passant, comme un étrangler, mais souvent, comme un ami; il ira frapper à sa porte comme à la porte du sag^e; et ce seuil lui sera d'un accès d'autant plus facile que H demeure du prêtre sera voisine de celle de l'étudiant.
Le nombre de ces éducateurs relig*ieux se multipliera forcément. Plus d'un maître tiendra à honneur de faire passer son âme entière dans l'âme des disciples qui se g»rouperont autour de sa chaire.
Les vérités relig*ieuses, toutes les sciences de Tordre divin ont ce privilégie de n'être pas purement spéculatives, mais éminemmqnt pratiques. Elles exigent, pour être pénétrées, un cœur qui sait imposer silence aux passions et g*lorifier la doctrine par une vie droite et austère. Lorsque la vérité catholique sera enseig^née par ces maîtres avec une conviction entraînante, comment douter que l'âme du jeune homme ne s'ouvre
à eux, en même temps que son intellig'ence?
Le maître deviendrait ainsi, tout naturellement, le directeur; et grâce à ce double patronage se formera de nouveau la race, trop peu nombreuse aujourd'hui, de ces chrétiens qui sont avant tout des hommes, et qui honorent leur foi par une intelligence et un caractère dignes d'elle.
Enfin, un dernier moyen d'éducation morale dans les universités catholiques sera de garder intacte et forte la croyance religieuse de leurs disciples, et de ne jamais permettre que rien ébranle ces principes chrétiens dont le renversement prépare la ruine de tant de caractères.
Aujourd'hui, ce qui tue la foi, ce qui sape les convictions les plus saintes, ce sont les erreurs courantes et les préjugés. Ils sont d'autant plus pernicieux qu'on ne peut en éviter le contact et qu'une ignorance déplorable des vérités divines nous livre sans merci à leur influence néfaste. On la
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subit en naissant, pour ainsi dire; elle ébranle Tadolescerit, elle abat le jeune homme et le frappe à mort. C'est à ving-t ans, en effet, qu'il s'affiche incrédule et met une triste g*loire à répudier les dog^mes de la foi; c'est donc à cette heure qu'il faut aug^menter les lumières sans lesquelles sa relig^ion ne se défendra pas contre le scepticisme.
Malheureusement, plus il avance dans la vie, moins ces lumières le suivent; en sortant du collège, il quitte pour toujours les enseig^nements, déjà bien incomplets, de la doctrine catholique, La conséquence fatale^, .
c'est l'affaiblissement très-prochain et ensuite la mort de ses croyances.
Il n'en sera pas ainsi dans nos universités le jour où, conscientes de leur mission, elles auront rétabli, au sein de notre âg*e, le haut enseig*nement de la théoIog*ie. Sans doute, l'étudiant en droit ou en médecine ne viendra pas suivre les cours comme ceux qui se destinent au sacerdoce ou qui veulent faire de la science sacrée une étude spéciale. N'im-
porte. S'il ne va pas au-devant de la lumière, la lumière viendra au-devant de lui ; et les esprits les plus récalcitrants n'échapperont pas au rayonnement de la vérité, dès qu'elle aura trouvé un foyer dans nos facultés de théolog'ie.
Les questions religpieuses ne seront plus discutées au nom de mesquines passions, comme il n'arrive que trop; elles seront posées au nom de la science synthétique; elles seront ag'itées par les étudiants euxmêmes, et ces controverses ne seront. pas le moyen le moins efficace pour faire pénétrer dans le public la ferme et g*rande doctrine des maîtres. Ce n'est pas la science, c'est l'ig^norance qui tue la foi; et c'est la doctrine savante qui contribuera le plus à la maintenir prospère dans l'âme des jeunes générations.
Quand on sait le rôle de la foi religieuse dans la vie d'un homme, et la place qu'elle occupe dans l'éducation morale, lorsque.
d'autre part, on apprécie Taction doctrinale <les universités catholiques, est-il difficile de comprendre les bienfaits que de telles institutions vont verser sur notre pays?
Pour nous, nous ne leur demandons qu'une chose : c'est de produire des esprits lumineux et des caractères; c'est de pouvoir présenter un jour avec org^ueil, à l'Égalise ^t à la patrie, des hommes assez doctes dans la foi pour faire honneur à l'une, et assez chrétiens pour sauver l'autre, au moment du péril.
Tel est l'esprit qui animera, nous n'en doutons pas, les règ^lements disciplinaires auxquels devront se soumettre les étudiants.
Il ne sera point nécessaire de condamner la jeunesse à la discipline d'une caserne, ou à la vie cloîtrée d'un couvent; il suffira d'une liberté tempérée, d'une existence que le travail remplira, que des maîtres religieux protég*eront et que la vérité soutiendra de ses g-raves enseignements.
Mais il y a mieux à faire qu'à prophétiser;
il faut se mettre à l'œuvre, et nous y sommes. Le succès répond à tout, et, nous en avons Fespoir, il nous permettra le silence devant les attaques.