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CHAPITRE II

De la cause principale de l'abaissement du niveau.

intellectuel en France.

Si Tanarehie s'est déchaînée parmi nous, si Tantag^onisme des intelligences est devenu plus ardent, si le scepticisme philosophique et relig'ieux a conquis tant d'âmes lassées ; avant même d'avoir agi , si la science expérimentale a exercé sur un grand nombre d'hommes un empire lyrannique, si l'ignorance, la pire de toutes, celle qui ne se connaît pas, parce qu'elle est voilée par de superficielles connaissances, si l'ignorance, dis-je, est devenue un fait presque général dans les classes soi-disant lettrées, et si une déplorable loquacité a pris la place du langage plein d'idées et de force qui honorait notre génie, à qui

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la faute? où est le coupable ? Qu'on le découvre et qu'on le poursuive.

Je le sais, rien n'est plus délicat et plus difficile que de remonter aux causes. Les phénomènes se constatent aisément, les causes se dérobent, elles sont enveloppées ; elles ne s'étalent point à la surface, elles restent dans la profondeur. Notre intention n'est pas d'énumérer toutes celles qui pourraient expliquer le fait si complexe de l'abaissement du niveau intellectuel en France ; nous nous bornerons à signaler et à étudier la principale, celle du moins qui nous seilible y avoir le plus directement coopéré.

On peut sans témérité, et même à coup sûr, affirmer que l'esprit humain est d'ordinaire tel qu'on le forme. «Donnez-moi l'instruction pendant un siècle, disait Leibnitz, et je chang^êrai le monde. » Ce g'rand g'énie savait bien que l'intellig*ence mène les choses, et il n'ig^norait pas quelle action pro-

fonde rinstruction exerce sur rintellig*ence. Or, qui possède la puissance d'instruire en France? De qui dépendent les prog'rammes? Qui s'en est réservé, à tous les degrés, le monopole? Depuis soixante-dix ans, l'État seul est le maître ; il a gardé pour lui le droit absolu, je ne dis pas de rinstruction , mais des prog'rammes. C'est lui qui a dit aux pères de famille : « Vos fils apprendront ceci et cela, s'ils veulent arriver aux postes éminents que je puis leur offrir. Ils subiront sur telles et telles matières les examens que j'aurai déterminés dans mon autorité souveraine. » Ot\ a obéi. Depuis sciante— dix ans, avec une fidélité et une constance dig*nes d'une meilleure cause, les g'énérations successives ont été friappées à l'empreinte de l'Université (1). C'est donc à elle qu'il faut demander compte du résultat ;

(I) Nous tenons à exprimer une fois pour toutes, qu'en combattant doctrinalementy en cet ouvrage, les programmes de renseignement officiel, nous restons plein de l'espect pour un corps professoral dans lequel se rencontrent des hommes du plus grand mérite el souvent d'une grande foi.

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après plus d'un demi-siècle, rexpérience doit être faite; et si Tinstruction officielle devait donner des fruits , ces fruits doivent être mûrs.

Quels sont-ils? Nous n'avons, pour les reconnaître, qu à consulter Tétat intellectuel de notre génération lettrée : elle est là 50US nos yeux , telle que nous l'avons dépeinte au premier chapitre de cet ouvragée.

L'anarchie, l'Etat l'avait-il voulue? L'antagonisme, la pulvérisation des esprits en lutte les uns contre les autres comme des molécules arrachées à un organisme détruit, cet antagonisme, l'avait -il voulu?

Était-ce une race sceptique en philosophie et en religion qu'il avait dessein de former? Son but était-il de détourner peu à peu les intelligences des grandes régions de la pensée philosophique et religieuse pour l'absorber dans les mathématiques et les sciences de la terre? N'avait-il en vue que de créer des ingénieurs et des mathématiciens, et d'arracher le sceptre aux hommes de la haute

science relig*ieuse, philosophique et morale,, pour le livrer aux hommes de la science inférieure? Se proposait-il de multiplier les hommes superficiels qui ont tout effleuré et rien approfondi, qui dissertent sur tout et ne raisonnent sérieusement sur rien?

Voulait-îl faire de la France un théâtre où Ton s'amuse ,^ un laboratoire, une usine, un marché et un comptoir ? Alors , il est en plein succès, et il peut s'applaudir : tout cela existe ou est en voie de se produire.

Le rég-ime d'instruction qui a cours, nous pousse à ce résultat; et il faut que l'aveuglement soit bien g^rand, pour que les hommes chargées de veiller à la supériorité intellectuelle de la patrie s'obstinent à ne point encore ouvrir les yeux. Au premier cri d'alarme jeté par les catholiques inquiets des doctrines matérialistes dont retentissaient certaines chaires, et revendiquant la liberté de l'enseîg'nement supérieur , plusieurs travaux parurent sur la réforme de l'enseignement officiel. Mais

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on se bornait à réclamer des réformes financières, àsig^naler l'insuffisance de l'outillag^e matériel, et personne, sauf quelques voix perdues et sans écho, ne song»eait à modifier les programmes, ni à changer la direction.

Il y a des heures dans la vie des peuples, comme dans celle des individus, où la puissance est aux ténèbres. L'écueil est debout, menaçant, terrible : le pilote regarde et ne voit point.

Il n'est pourtant pas difficile de démontrer que ce qui est devait être ; le seul examen de l'enseignement supérieur tel qu'il est donné à la jeunesse suffît à nous prouver, en effet, la fatalité de ses résultats désastreux.

D'abord, la religion y est complètement étrangère; c'est une lacune irrémédiable et qui met la foi en danger. Ne faisant plus partie des programmes de l'instruction supérieure, la religion ne tardera pas à disparaître, du moins comme doctrine, de l'intelligence des élèves; or, je ne crains pas de l'affirmer,

si la relig'ion perd dans Tesprit de la jeunesse lettrée la place à laquelle elle a droit, c'en est fait : aujourd'hui elle est bannie de Tesprit, demain elle le sera du cqeur ; elle restera comme un sentiment plus ou moins respectable, une pratique sans honneur, une puissance énervée, et, à coup sûr, sans action efficace. Si robuste qu'il soit, l'arbre déraciné est vite desséché. N'attendez de lui désormais ni les fruits ni Tombrag^e; il n'est bon qu'à mettre en pièces et au feu. Or les racines de la religion, c'est la doctrine ; et," vous le voyez bien , l'enseig^nement supérieur les supprime.

Il n'est pas d'entreprise plus funeste contre la foi de la jeune g'énération qui demain sera la classe dirigeante. J'aimerais mieux les plus franches attaques que cette négligence totale de l'élément religieux.

Une attaque ouverte, violente, susciterait au moins des défenseurs; et tous ceux qui ont le culte de leur religion se lèveraient pour la repousser : cette négligence les endort; n'en

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voyant pas toujours le péril, ils Faeceptent, et les chrétiens eux-mêmes deviennent les complices inconscients de quelques g^rands coupables qui n'ig*norent point, eux, le moyen sûr de saper par la base une religion qu'ils ont juré d'anéantir.

Mais quoi? voulez-vous qu'en un pays composé de rationalistes, de juifs, de protestants, de catholiques, l'Etat introduise dans ses prog^rammes un élément relig'ieux sur lequel tous ses sujets sont divisés? Est-ce possible? Je ne demande rien à TEtat, sinon de s'abstenir 5 et puisque la neutralité le contraint de biffer de ses prog'rammes la relig^ion comme doctrine, qu'il nous laisse la liberté. Ceux qui font de la relig*ion la plus haute des sciences ne seront pas du moins forcés de subir un enseig*nement qui ne répond ni à leur raison ni à leur foi.

Mais non, à défaut de relig'ion, l'instruction officielle prétend nous donner une philosophie spiritualiste qui doit en tenir lieu. Une telle philosophie, en effet, inspire ses prog'ram-

mes et a trouvé dans le corps professoral officiel d'illustres représentants. Il n'est même point sans gloire pour la France et les belles années du dix-neuvième siècle, d'avoir vu des hommes du plus^ grand talent combattre et vaincre le matérialisme de la fin du dix-huitième siècle. Si pâle que soit le soleil, et si voilée que soit Faube du matin, mieux valent encore ces lueurs indécises que la nuit froide et l'ombre d'un tombeau. Toutefois n'exaltons pas trop les mérites de cette philosophie spiritualiste. Quelque sublime qu'elle puisse être, elle n'est point une religion : en fait, elle n'est que la pensée et la sagesse de l'homme; elle n'est ni la pensée ni la sagesse de Dieu. Celte pensée et cette sagesse de l'homme étaient, d'ailleurs, courtes par plus d'un endroit, et il s'en fallait bien que la génération soumise à son empire y trouvât la fermeté, la plénitude et l'harmonie sans lesquelles l'intelligence ne saurait prétendre à gouverner le monde.

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Trois grandes lacunes peuvent être sig»nalées dans la philosophie spiritualisle dont l'Université de France aime à se faire g^loire. Je les indiquerai avec franchise et mesure, car je ne voudrais, ni par un silence timide ni par un excès de lang^ag*e, trahir ou compromettre la vérité; et je montrerai que de telles lacunes sont la cause principale des désordres que nous avons constatés dans Tétat actuel des esprits.

Le premier vice de la philosophie spîritualiste a été un isolement et même un antag^onisme systématique à Tég^ard de la révélation. Cet antag*onisme s'est produit sous des formes diverses, vives ou temperées, explicites ou latentes, suivant les hommes et les circonstances. Tantôt il n'était qu'un scepticisme respectueux, tantôt une hostilité déclarée. Parfois tel philosophe se donnait comme un allié du christianisme, et parfois, pronostiquant sa ruine, en y prêtant les mains, il le déclarait suranné, et

dépassé par la philosophie. Un jour on se flattait de rééditer, avec Platon, une nouvelle préface humaine de l'Evang*ile; un autre jour, on ixe craig*nait pas d'écrire Comment les dogmes finissent. Cependant, sous ces attitudes diverses, une idée fixe se retrouvait : rindépendance et la souveraineté absolue de la raison. Bien qu'une telle idée ne se produisît pas toujours, elle se laissait deviner. Il était impossible, en effet, qu'au fond, ce spiritualisine ne nourrît pas une hostilité sourde et plus ou moins avouée contre le christianisme ; car Tidée mère du christianisme est que la raison a un maître, ce maître est Dieu, et Dieu a, parmi les hommes, un enseig*nement qui est la parole du Christ Cet antag*onisme a divisé tous les croyants de ceux qui s'intitulaient rationalistes , et l'anarchie a pu voir ses premiers fruits.

Hélas! quand la division intervient quelque part, elle ne s'arrête plus ; ce qu'elle touche, elle le broie et le pulvérise : l'eng^renage est implacable, il faut que lout y passe.

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La parole de Dieu est la force et le salut de la raison. Dès lors qu'on répudie cette parole, attendez-vous à tous les ég*aremenls et craig*nez toutes les ruines.

L'histoire malheureuse du rationalisme est là pour le prouver. En même temps qu'elle se séparait de la révélation et se constituait plus ou moins son adversaire , la philosophie spiritualiste, mal prémunie contre elle-même, se voyait impuissante contre ses propres écarts. Dans son sein , de formidables problèmes se posaient; quand la raison soulève de tels problèmes, il n'y a plus qu'à les résoudre, ou à périr. Le scepticisme reparut avec un des penseurs les plus éminents de notre âg»e, Théodore Jouffroy :

le scepticisme resta le maître. Le panthéisme s'infiltra avec les rêves g^ermaniques dont M. Cousin se fil l'apôtre par trop zélé. C'était plus qu'il ne fallait pour apporter le trouble dans l'édifice que Ton croyait inattaquable, et pour ébranler notre pauvre raison. Séparée de la révélation, elle espérait enfin

être souveraine; elle n'était qu'impuissante, blessée et révoltée; elle ne sut pas disting-uer raffranehissement de la révolte, et comprendre que la révolte était sa ruine.

On ne saura jamais les effets délétères de ces luttes intestines de la raison sur la jeunesse de ce siècle. Était-il possible, en vérité, que le doute n'envahît pas ces âmes désorientées dès la première heure, à la vue de cette doctrine incomplète et de ces maîtres divisés? Etait-ce donc la peine de secouer le joug* d'une révélation qui, du moins, raffermissait les intellig^ences en leur imposant des dog*mes sublimes, pour tomber sous le joug* d'une raison affaiblie qui. ne savait pas se défendre contre elle-même?

Ce que les maîtres ne pouvaient faire ^ les disciples avaient-ils l'espoir de l'accomplir? Un immense décourag^ement, une lassitude maladive s'empara de toute une génération.

Si encore, à la vue de ses propres infirmités, la raison se fût tournée du côté de la nature et de l'expérience pour y chercher

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xin appui et une diversion ! Que dis-je? Si, fidèle à son rôle, elle avait su diriger le mouvement des sciences positives, et les ramener à Punité! Mais non, affaiblie, impuissante, elle resta étrangère aux sciences de la nature; elle se consuma dans ses analyses psychologiques, et vécut repliée sur elle-même, comme les brahmanes écoutent, la tête penchée sur leur poitrine, le murmure de leur vie.

Ce fut une troisième faute qui devait avoir les plus tristes résultats- Pendant qu'elle s'oubliait ainsi dans ce stérile travail d'analyse psychologique, un courant général, en partie provoqué par la réaction contre une philosophie insuffisante, entraînait les esprits vers les sciences d'observation et d'expérience. Des hommes intelligents , forts de leurs découvertes , crurent trouver dans cette nouvelle région une certitude, une unité, une fécondité <iue la philosophie rationnelle ne pouvait ^t n'avait pu leur fournir; ils s'insurgèrent

contre elle et répudièrent la métaphysiqueau nom des sciences, la raison au nom de l'expérience, les principes absolus au nom des faits. Cette terrible et nouvelle opposition g^randit sous nos yeux. Elle est une des plaies les plus profondes de Tesprit en notre siècle ; et d'où vient-elle surtout, sinon de ce rationalisme qui, trop longtemps dédaig'neux des sciences, a provoqué de leur part Thostilitéet le mépris? L'antag'onisme ne peut eng'endrer que l'antag^dnisme ; or, nous venons de l'établir, la philosophie spiritualiste qui a été l'âme de notre enseig^nement général et plus spécialement de l'enseignement supérieur était livrée à un triple et fatal antagonisme : le premier l'opposait à la Religion révélée et au catholicisme en particulier; le second allumait la guerre civile à son foyer même ; le troisième la mettait aux prises avec les sciences de Tordre inférieur.

Dans cette lutte déplorable et qui n'est pas à la veille de finir, c'est la raison qui a le plus perdu ; c'est elle qui va s'afîaiblissant

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de jour en jour. La Relig^ion se réfug'ie dans le cœur des croyants ; elle fait appel à son infaillible autorité, et elle trouve là une sorte de terrain neutre où elle échappe à la mêlée, un roc où elle est inébranlable et peut défier la tempête; mais ce qui triomphe, c'est la science positive. Elle se croit bientôt assez puissante, pour dédaig^ner la philosophie et la relég*uer , avec la relig^ion, hors du domaine des choses sérieuses, dans le pays des chimères. L'esprit public semble envahi par ce dédain funeste que tout concourt à favoriser; et il suffit, pour nous en rendre compte, de jeter un nouveau coup d'œil sur la nature de notre enseig'nement supérieur. Voyez quelle place les sciences mathématiques ou naturelles occupent dans les prog'rammes! Voyez quelles carrières variées, éclatantes, lucratives, elles ouvrent à ceux qui veulent s'y adonner! Pour la carrière militaire, les sciences ; pour la carrière de l'industrie, les sciences; pour la carrière médicale/ les sciences; pour la

carrière du professorat le plus recherché, les sciences encore. Les lettres ne vous ouvrent que la mag^istrature ou le barreau, et une section de Tenseig^nement. Et encore, qu'estce que ce prog*ramme des lettres , quand on l'examine au point de vue relig^ieux ou au point de vue philosophique? Il ne peut donner que des lettrés secondaires, des humanistes, à peine des rhéteurs ; il ne saurait produire de vrais philosophes. 11 pousse à la science des mots, plus qu a celle des choses : il fait des esprits superficiels et non des penseurs ; il aboutit aux hommes de parole, au lieu de former les hommes de la doctrine.

Il est certain que, si on faisait le dénombrement des candidats formés par les prog*rammes scientifiques et des candidats qui suivent les prog^rammes littéraires, on serait effrayé de Tinfériorité numérique des derniers.

Pour peu que TEtat continue de mener dans cette voie la g*énération dont il persiste

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à se faire Tinstituteur, en se réservant toujours, sinon la fonction d'instruire, du moins celle de fixer les programmes, avant un demi -siècle la philosophie sera morte en France^ et la raison, absorbée dans un expérimentalisme bas, sera anéantie, et irrémédiablement peut-être. Ce n'est pas impunément qu'on ag*it par l'instruction sur l'esprit de tout un pays; il ne faut pas attendre plus d'un quart de siècle, avant d'en voir les résultats. Ces prog^rammes qui ont l'air inoffensifs et bien respectueux pour une relig^ion dont ils ne s'occupent pas, par respect sans doute, fidèles à un spiritualisme auquel ils ne croient que modérément, parce qu'il ne g'êne rien et qu'il est de bonne mise, tout remplis d'une science qu'on prise tant, parce qu'elle est le principe de tous nos prog^rès matériels, ces programmes sont la filière et le laminoir.

Ce qui me confond, ce n'est pas de voir des sceptiques qui ne croient plus à la raison, des hommes sans foi qui ne voient dans

la relig'ion qu'un symbole extérieur, se faire les partisans d'un tel système, c'est de voir des chrétiens, des catholiques n'en pas apercevoir les terribles effets. Ils se soucient peu de modifier l'outillage : ce qu'ils demandent, c'est que l'Etat n'ait pas seul le privilégie de s'en servir. Ils veulent détruire ce monopole; ils ambitionnent, eux aussi, de tourner la roue; et ils en ont maintenant la permission. — Eh ! croyants honnêtes, quand bien même vous ferez marcher le laminoir, de vos propres mains, l'empêcherez- vous de broyer et de façonner à sa g*uise le métal précieux qui est l'âme de vos fils ?

Ce n'est pas l'ouvrier qu'il importe de changer, c'est le mécanisme.

Il est encore intact. Vous avez désormais

le pouvoir de le mettre en branle. Fort bien. Mais, quand vous auriez conquis, à voire tour, le monopole, sachez-le, si vous aviez le malheur de ne rien changer aux programmes, vous verriez, sous vos yeux, et à votre grand scandale, sans doute, sortir de

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VOS mains une génération sans haute relig^ion doctrinale et sans philosophie, des esprits sans idées, et par conséquent verbeux et vides, ou bien des savants sceptiques, des ingénieurs et des marchands.

En vérité, quand on a derrière soi un passé glorieux qui oblige et dans lequel on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, des grands théologiens ou des grands philosophes, des grands orateurs ou des grands généraux, des grands écrivains ou des grands savants, lorsque, pour tout dire en un mot, on s'appelle la France, il y a mieux à faire qu'à recommencer Carthage ou à copier New- York.

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