CHAPITRE III
De la situation doctrinale du Catholicisme en France.
La relig^îon catholique n'est pas seulement une Eg'Iise, c'est-à-dire une institution organisée hiérarchiquement et disciplinée comme une armée; elle est un dog*me, elle est une force morale , elle est un culte. Partout où elle s'implante, il est facile de discerner ces éléments essentiels : son org*anisation frappe les yeux par l'autorité qui en ^st le lien et le nerf; sa doctrine se témoigne par des enseignements religieux; sa force morale s'accuse par les lois qu'elle promulgue et les vertus qu'elle engendre; son culte est public, et il exprime avec éclat la foi et les sentiments des fidèles.
On se méprendrait cependant, si on croyait, qu'en fait, ces éléments divers soient toujours en proportion égale et en parfait équilibre.
Rien n'est moins vrai. Il suffît d'ouvrir l'histoire, de parcourir d'un regard les siècles et les peuples pour se convaincre des oscillations qui balancent ces éléments multiples et leur donnent tour à tour, suivant les temps et les événements, une prépondérance relative. Tantôt Fautorité fait sentir plus fortement son empire et étonne par la merveille de l'unité qu'elle sait produire entre les âmes. Tantôt la doctrine répand de plus admirables clartés, en inspirant des chefsd'œuvre comme la somme de saint Thomas d'Aquin ou les discours de Bossuet. Tantôt la .force morale enfante la pratique d'une vertu surhumaine ou d'une charité inépuisable en ses bienfaits. Tantôt le culte s'étale avec une pompe éclatante et témoig'ne plus bruyamment de l'activité intime que la relig*ion déploie dans le secret des consciences.
Cette variété dans le mouvement extérieur et intérieur de la relig*ion n'est pas sans un dessein providentiel de Celui qui gouverne toutes choses et se plaît à révéler, par
des phénomènes divers, ses perfections infinies.
Quoi qu'il en soit, le fait existe, et si, à ce point de vue, nous jetons un coup d'œil sur la relig*ion catholique en France, il ne sera pas malaisé de voir qu'entre les éléments qui la composent et dont nous venons de faire Fénumération, la doctrine est loin d'occuper le premier rang». D'ailleurs, ce qu'on peut dire de la France est vrai des nations diverses où le catholicisme est plus ou moins prospère.
Ce qui l'emporte aujourd'hui dans le monde relig*ieux, le phénomène par lequel il étonne ceux-là même qui seraient tentés de ne rien admirer en lui, c'est sa puissante unité.
Jamais, peut-être, on ne la vit plus com^ pacte. Au milieu de tous ces peuples en déclin où l'autorité fléchit et où elle dissimule mal sa faiblesse par le déploiement d'une force matérielle et despotique dont elle sera
la première victime; au sein des révolutions qui, dans Tordre politique, renversent tout : trônes, dynasties, institutions et nationalités, reg^ardez : la relig'ion catholique est debout, plus solide, plus résistante et plus unie que jamais. Sa hiérarchie a g*ag*né en force et en empire tout ce que les pouvoirs humains ont perdu. Ce contraste saisissant de la désorganisation des races, d'une part, et de la puissante unité catholique de Fautre, n'est pas un des spectacles les moins prodig*ieux pour rhomme qui, sans parti pris, observe et veut expliquer les choses. Oui, d'une part, ces épées impuissantes qui tuent ce qu'elles essaient de protég*er; d'autre part, cette croix souveraine dans son dénûment et qui soutient tout ce qui lui demande appui :
tel sera toujours le g'rand sig*ne de Dieu.
Fut-il jamais plus frappant?
Chose étonnante ! lorsque la croix et ceux qui en ont la g^rde sont le plus délaissés par les puissances fragiles de ce monde,
lorsque le g*laive et les sceptres se retirent d'eux, ou se retournent contre eux, c'est l'heure où il plaît à Dieu de faire éclater leur toute-puissance au sein et en dépit de leur infirmité. Quel pape, à Tég^al de Pie IX, a possédé une plus grande autorité morale?
Mais aussi quel pontife a connu comme lui les perfidies, les attaques ouvertes, les délaissements et les trahisons des puissances <le la terre? Son autorité a grandi avec son dénûment; et, au fur et à mesure qu'on Tobligeait à descendre les marches du trône temporel, Dieu lui faisait monter celles du vrai trône d'où Ton commande aux âmes et 4'où Ton sauve le monde.
L'admirable unité hiérarchique de la religion est plus visible encore en France que partout. Elle s'y traduit par le mouvement unanime qui entraîne vers Rome tout l'épiscopat , sans la moindre exception , et par le dévouement expansif qui y porte les fidèles à la suite des évêques. Il ne reste rien du vieux gallicanisme. Si quelque
chose était à redouter, ce ne serait pas oe levain épuisé d'anciennes divisions, ce serait plutôt Texcès contraire. Mais il ne faut pas craindre que l'unité devienne absorbante et que cette puissance de centralisation, qui est un des plus grands courants de notre âg^e, vienne à effacer les caractères qui disting'uent les peuples et les races : la variété doit subsister même dans FEg^lise de Dieu.
Nous n'aurons jamais à reg'retter que l'harmonie ne devienne de la confusion, et que, sous prétexte d'unité, on ne fasse de la cen-* tralisation. Il y a des autonomies respectables, et si sainte que soit l'autorité, fûtelle Tautorité de Dieu lui-même, elle a le droit et la sagesse pour limites; au delà elle n'est plus l'autorité, mais le despotisme. Obéir alors n'est qu'une servitude; et le nom de Dieu dont on prétendrait couvrir une soumission servile, loin de l'excuser et de la sanctionner, ne ferait que la rendre plus odieuse et plus basse. L'Eglise sait cela mieux que nous. Et si ceux qui ont
rompu avec son autorité infaillible eussent pénétré les desseins de Dieu, ils eussent compris que Tobéissance valait mieux que la révolte, et qu'en acceptant un pouvoir légitime, on ne s'amoindrit jamais.
Sous la g*arde de cette hiérarchie, un rare déploiement du sentiment relig*ieux, de la piété et du culte caractérise, en France surtout, l'état du catholicisme, au dix-neuvième siècle. Rarement on vit pareille effusion cordiale. Tout ce qui, dans l'histoire, le culte et les dog^mes de la relig*ion, s'adresse plus directement au cœur, trouve auprès des croyants une faveur marquée.
La vérité et l'amour sont les deux pôles de la vie humaine. Ils se font rarement équilibre. La vie oscille de l'un à l'autre; et ceux qui vivent moins par la tète, d'ordinaire vivent plus par le cœur. Relig-ion est devenue synonyme de dévotion et de piété. Les croyants sont moins nombreux, ils sont plus fervents peut-être; s'ils brillent moins par l'esprit, ils ont un cœur plus
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chaud; et on dirait que, voyant Dieu délaissé, ils veuillent, par la fréquence des pratiques, l'apparat du culte et un zèle plus ardent, compenser Tinsuffisance de leur nombre, et servir Dieu pour la foule qui ne le connaît pas et qui l'oublie.
Mais siTautorité et le sentiment relig'ieux sont en prog^rès, en peut-on dire autant de la doctrine, de la science divine, de la théolog*ie enfin? Voilà la question. Nous ne craig^nons pas de Faffîrmer, Tenseig^nement relig*ieux en France est un de ceux qui sont le plus nég*lig*és. Il devrait tenir une place d'honneur, et il n'occupe que la moindre. 11 est rejeté à Tarrière-plan quand il n'est pas tout-à-fait abandonné.
Expliquons- nous et précisons notre pensée. L'enseignement de la relig'ion, comme tout autre, peut comprendre trois degrés : l'enseignernent élémentaire ou primaire , l'enseig'nement secondaire et l'enseig-nement supérieur. Le premier se donne aux enfants
dans le catéchisme; le second aux adolescents et aux jeunes filles dans les cours d'instruction religieuse ou les catéchismes de persévérance ; le troisième aux élèves du sacerdoce dans les cours de théolog»ie proprement dite, et à tous les croyants désireux de pénétrer dans les profondeurs de la foi.
Il faut le reconnaître et le sigpnaler avec éloge, renseignement religieux primaire ne laisse à peu près rien à désirer. Grâce au zèle des pasteurs, et à J'intelligence des instituteurs chrétiens qui, presque partout en France, élèvent les enfants catholiques^ grâce aussi à la souplesse et à la clarté d'esprit qui caractérise notre génie , le catéchisme est admirablement enseigné.
On ne saurait peut-être pas signaler de lacune sur ce point, et il est d'une importance souveraine. Les premières notions religieuses déposées dans Tâme de l'enfant par un enseignement délicat et solide sont le 'germe fécond de ses croyances futures.
Tels grains, telle moisson. Sans doute la
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tempête peut venir, les pluies torrentielles^ peuvent noyer la semence, et les. bêtes la dévorer; mais la Providence veille, et les^ hommes de Dieu, ses envoyés, veillent aussi ; et, bien qu'il ne suffise pas de .jeter le blé en terre dans un sillon fertile pour y voir g^ermer un bel épi, cependant il faut commencer par là.
Le catéchisme est une des forces vives^ qui maintiennent la foi dans ce pays où elle est livrée à tant d'orag*es, à la merci de& vers rong*eurs et d'une nuée d'oiseaux voraces. Combien de croyants ne vivent, religneusèment parlant, que des notions élémentaires de la foi! Dans un esprit inculte, le bon sens, la droiture du cœur et le catéchisme : voilà le g^ranit sur lequel larelig*ion s'appuie encore. Mais, dans le cours de la vie, que de forces contraires la menacent î Les erreurs, les passions, les mauvaises influences lui font une g'uerre acharnée ; elles deviennent rares, hélas! même dans les campag*nes, ces âmes saines, à l'esprit droite
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au cœur honnête, et qui n'oublient pas le livre où elles ont épelé le nom de Dieu.
Cependant, n'en déplaise à certaines g'ens, n'allons pas croire que le catéchisme suffise à la relig'ion. Autant soutenir que les quatre règ'les suffisent aux mathématiques, que l'art des sauvag*es, sculptant leur carquois ou leur arc, suffit à la sculpture, et que la pierre ang*ulaire est tout l'édifice.
Qu'on nous permette une réserve dans l'éloge de Tenseig^nement relig'ieux primaire : on n'insiste pas assez sur le côté apolog*étique de la doctrine. Il ne faut point oublier, en effet, que nous, croyants, nous vivons dans un monde où notre foi, à toute heure, est en butte à quelque attaque. Si le chrétien veut résister et g'randir, il doit être comme un soldat sur le pied de guerre et toujours sous les armes. Qu'on habitue l'enfant à défendre sa foi, qu'on lui nomme les doctrines ennemies avec lesquelles son jeune esprit devra se mesurer plus tard, et qu'on mette sur ses lèvres des réponses victorieuses.
— II ne les comprendra pas. — Sur le moment, c'est possible; mais, une fois éveillée, son intellig*ence les saisira mieux, en se souvenant des enseig*nements de Tenfance. Le moyen de faire de vrais soldats, ce n'est pas.d'attendre la ving'tième année pour mettre aux mains du conscrit le fusil ou le sabre, c'est de montrer à l'enfant la frontière perdue, de lui dire : « Tu la reconquerras un jour, » et, en attendant, de lui apprendre à jouer au soldat.
Hélas ! les frontières démantelées sont les frontières de la foi. C'est le chrétien qui doit les reconquérir et les étendre ; et il n'est pas trop tôt de le former dès l'enfanôe à g*uerroyer pour Dieu et pour la vérité.
L'enseigTîement relig^ieux secondaire est loin d'atteindre à la perfection relative que nous avons constatée dans Tenseig^nement élémentaire. Sans doute, il y aurait injustice et erreur à méconnaître le zèle intelligent que déploient un grand nombre de
prêtres dans les catéchismes de persévérance à Fusag'e des jeunes filles. Il n'est peut-être pas de paroisse, dans les villes, où ces catéchismes ne soient faits par les maîtres avec un soin extrême et suivis par les élèves avec une pieuse assiduité. On dirait même que rinstruction religieuse des jeunes filles est plus complète et plus soignée que celle des jeunes gens. Cette différence ne tient pas seulement à Thabileté des maîtres, mais encore et surtout à l'émulation et à Fempressement des élèves. La religion occupe aujourd'hui une moins grande place dans l'âme de l'homme que dans celle de la femme ; l'homme dédaigne trop souvent ses enseignements sublimes, mais la femme apporte à les recevoir un respect et une avidité qui lui méritent de les' mieux pénétrer.
Tandisque la jeune fille a ses catéchismes de persévérance, le jeune homme, soit au lycée, soit dans les collèges chrétiens, a ses cours d'instruction religieuse. Il n'est que
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juste de reconnaître le dévouement avec lequel certains aumôniers tâchent de communiquer à leurs élèves les enseig'nements de la foi, Tintellig^ence et le zèle avec lesquels ils s'efforcent de prémunir les esprits confiés à leur sollicitude contre les sophismes et les préjugées irréligieux de leur siècle. Quelques-uïis même, aig'uillonnés par le péril, font des efforts que nous ne rencontrerions pas toujours au même deg*ré dans les collèges chrétiens, où Tenfant plus protégé n'inspire pas les mêmes inquiétudes et n'effraie point par les airs d'une incrédulité précoce. Quoi qu'il en soit, il n'est pas un collège de F Etat ou une institution libre quelconque qui n'ait ses cours d'instruction religieuse. — Alors, me dira- -on, que demandez-vous de plus? Vous avez des maîtres, vous avez un enseignement et des élèves obligés à le suivre : n'est-ce pas là la perfection? Nous répondrons que, tout en reconnaissant les avantages d'un pareil état, nous ne pouvons cependant dissimuler
ses lacunes, et nous croyons être utile à la cause française et catholique, en les sig^nalant avec sincérité.
L'instruction relig'ieuse secondaire, telle qu'elle est donnée actuellement à la jeunesse», pèche de plusieurs manières : par le manque de manuels et de prog^ranjmes ; par le défaut de sanction ; par Tinsuffisance des maîtres.
La première lacune est le manque de prog^ramme défini et de manuel précis. Où commence et où s'arrête un tel enseig'nement?
De quoi se compose-t-il? En quoi se disting'ue-t-il du catéchisme élémentaire ou de l'instruction supérieure? Nul prog*ramme ne saurait nous le dire avec exactitude. Aucun manuel ne Fenseig^ne, et même aucun n'a été rédigée. C'est un g»rave inconvénient contre lequel on ne saurait trop se prémunir.
Il faut aux adolescents et, du reste, à toute intellig^ence en voie de formation une direction sûre et par conséquent des idées nettes, des connaissances bien déterminées.
Comment donnerez-vous sur la relig*ion des idées nettes et des connaissances précises, sans le prog'ramme qui limite les unes et sans le manuel qui formule les autres? Le mieux serait de reprendre le catéchisme et de Texpliquer plus à fond. Mais, revenir au catéchisme, ne serait-ce pas nier Tenseig^nement secondaire? Or il est incontestable que cet enseignement a sa place, il est nécessaire, il pose des questions que le catéchisme ne résout pas , et il répond au besoin de Tintellig^ence parvenue à un certain deg*ré de son développement.
Les professeurs ne peuvent-ils pas suppléer à cette lacune? Je veux bien accorder que certains d'entre eux trouveront dans leur talent, leur zèle et leur expérience des ressources pour combler ce vide ; mais ce né sont que des individualités, et il nous faut un enseignement plus autorisé. En outre, ces professeurs sont rares, et ce n'est manquer ni de respect ni de justice que de re-
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connaître qu'ils forment une exception. Cette élite mise à part, que reste-t-il? Les professeurs ordinaires. Or, nous ne craig^nons pas de le dire, insufBsamment préparés parleurs études à Tenseig'nement secondaire de la relig^ion, ils ne communiqueront jamais à leurs élèves, avec précision et autorité, les g^randes vérités théolog'iques.
Le cours d'instruction relig^ieuse prend en effet la forme apologétique. Il tend à mettre la relig'ion et les dog^mes en présence des erreurs contemporaines , et à opposer à celles-ci des réponses péremptoires.
Croit-on que de telles réponses s'improvisent? que la science des erreurs courantes se trouve d'elle-même? que l'apolog^étique enfin se puisse acquérir sans de longes travaux et une sérieuse formation? Aussi qu'arrive-t-il ? L'enseig^nement secondaire de la relignon est nég^lig'é, il ne parvient pas à dompter les oppositions que la foi rencontre dans l'intellig'ence du jeune homme : son insuffisance peut même nuire dans un g^rand
nombre à la prospérité de la foi, et, au lieu de la prémunir, elle en meneuse les assises.
Je sais plus d'un élève sorti sceptique du collègue : la maladroite explication du dogme et la faiblesse des réponses données avaient scandalisé leur esprit pour toujours.
Ce n'est pas Tintellig^ence qui fait défaut aux professeurs, c'est la formation. Quelle que soit la valeur d'un homme, il a besoin d'être préparé à sa tâche. L'âme la plus artistique ne peut se passer d'initiateur; et le moindre apprenti instruit des secrets de l'art ira plus loin que le g'énie dont l'éducation n'aura pas brisé ces bandelettes qui paralysent tout homme venant en ce monde.
Où se forment les professeurs capables de communiquer efficacement à la jeunesse lettrée Tenseig'nement relig^ieux? Nulle part. On fait cela comme autre chose, avec la seule différence qu'on y est moins soig^neusement préparé que- pour l'enseig^nement des mathématiques, du g*rec et du latin. La
reli'g*ion tient-elle donc une moindre place dans Tâme humaine que les savants calculs, les thèmes et les versions?
Les professeurs et les cours d'instruction relig*ieuse devraient être d'autant mieux soig'nés et choisis que cet enseig*nement , n'ayant pas la sanction d^un examen sérieux et l'honneur de faire partie du prog^ramme du baccalauréat, est exposé à être nég*lig*é comme surérog^atoire. N est-ce pas, en effet, ce que l'on constate avec douleur, même dans les collègues chrétiens?
Le cours d'instruction relig'ieuse n'est pas en estime parmi les élèves. Il ne sert à rien, se disent-ils; et nous pouvons être bacheliers sans nous soucier de cela. — L'esprit positif de notre temps se montre déjà dans l'enfant, et il n*attend point sa majorité pour ag'ir en conséquence. Le seul moyen de restaurer dans la pensée de l'élève la science la plus haute et la plus nécessaire, serait la
supériorité du maître. Un professeur assez éminent pour traiter avec honneur devant des esprits jeunes et ouverts les problèmes de la science sacrée aurait bientôt restitué sa vraie place à l'instruction relig^ieuse, en dépit des prog'rammes universitaires. N'en avons-nous pas eu des exemples célèbres?
Qui ne se souvient de Lacordaire, de Gratry, de Perreyve et de ceux qui, à des deg'rés divers, ont suivi leurs nobles traces? C'est avec de tels hommes que l'enseig^nement religieux secondaire pourrait être relevé et qu'on en recueillerait les plus féconds résultats pour la foi des générations nouvelles.
Tel qu'il est, néanmoins, il n'est pas stérile, et nous mentirions à la vérité si nous nous refusions à reconnaître ses bienfSEtits. Si insuffisant qu'il puisse être, un enseignement est toujours une force. La religion est environnée de trop de périls pour qu'on n'apprécie pas tout ce qui la protège
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lans l'âme inquiète et délicate du jeune iQoame.
Mais, il faut bien l'avouer, ce qui est le ïlus en souffrance, ce qui devrait être au ;ontraire en pleine prospérité, c'est l'enseiçuement supérieurreligieux. Une chose lui Banque, avant tout, ce sont les élèves : ce léfaut radical le réduit à néant.
L'enseignement religieux supérieur, c'est a théolog^ie.
Qui donc l'étudié parmi nous? Où sont les jeunes g;ens chrétiens qui en aient fait une 5tude sérieuse ? Cherchez-les, comptez-les.
— Mais quoi! voulez-vous qu'un jeune tiomme, destiné à une carrière libérale, jsclie sa théologie comme un prêtre? — Et :{uand il la saurait ainsi, oiî serait le mal? Non, je ne veux pas l'impossible. On me concédera, cependant, qu'il est au moins logique qu'un chrétien lettré soit au courant ie sa foi et qu'il l'honore par l' intell ig-ence
avec laquelle il en professe les dog^mes. On m'accordei^ peut-être aussi qu'il est tout simple qu'en un temps où la foi est attaquée de toutes parts , et surtout par les doctrines philosophiques et scientifiques, un chrétien lettré soit armé pour la défendre en lui d'abord, dans sa famille ensuite, dans son pays, s'il le faut.
Sera-t-il capable de cette g^lorieuse défense, s'il n'a point été initié à quelque degré à la science théolog^ique ? On me dit : Il en appellera au prêtre. — Le prêtre n'est pas toujours là ! D'ailleurs, mauvaise tactique. Elle peut convenir à Tigniorant, elle ne convient plus au lettré. La foi du cliarbonnier n'est pas de notre âg*e, il nous faut la foi des Pascal et des O'Connel; à l'attaque dont nous sommes l'objet, il ne s'a^t de répondre ni par la force brutale^ ni par la passion, ni par d'insuffisantes raisons. La force brutale ne prouve rien. La passion ne fait que déshonorer souvent la vérité qu'elle croit servir, et
les raisons insuffisantes la compromettent.
Soyez-en sûrs, le croyant qui ne sera pas instruit et qui n'aura pas la modestie de se dérober à l'objection et d'en appeler à l'autorité plus éclairée qui g*arde sa croyance, ne manquera pas de faire appel à la force brutale^ à la passion ou aux vaines raisons.
Nous n'en sommes que ti^op les témoins.
Qu'on ne l'oublie pas, l'ig^norance relig'ieuse, même parmi les chrétiens, même parmi les catholiques qui s'intitulent les champions de l'Égalise, est le foyer ténébreux où prennent naissance ces vains sophismes avec lesquels on veut défendre notre doctrine, ces passions mauvaises et cette violence que l'on (îroit nécessaire pour écraser les ennemis.
Eh! g'rand Dieu! il ne s'ag'it pas d'écraser,, il s'ag*it de sauver. A ce rôle, la vérité et la vertu suffisent. ^
Je suis heureux de pouvoir donner pour appui à ma parole l'autorité d'un g*rand évêque qui se sig*nala par la justesse de ses vues dans les fameuses luttes des catholi-
jyU CATHOLICISME EN FRANCE. 73
ques pour la liberté de Fenseig'nement seeondaire. Voici comment s'exprimait Monseig*neur TÉvêque de Chartres dans un mandement célèbre :
« L'abandon de la foi parmi nous, quelle en est la cause la plus réelle? Le croiriezvous? C'est Fig'norance, c'est-à-dire cette complète absence de notions sur les vérités saintes, à laquelle Tertullien attribuait la haine des païens de son temps contre le Christ. On ne se met plus en peine d'acquérir la moindre instruction sur Dieu, sur nos rapports avec lui, sur le culte et la fidélité qui lui sont dus.
c< Quoi ! dites- vous, se peut-il que, dans ce siècle de lumières, on soit si étrangler à une science qui tient incontestablement le premier rang* parmi les connaissances élevées, importantes, indispensables? Oui, rien n'est plus ^rai; et, quand je m'exprime ainsi, je ne parle pas seulement de la multitude ou des personnes livrées au tourbillon du monde et des affaires, j'ai en vue les hommes
les plus éclairés sur d'autres objets, les savants, les lettrés justement renommés; il en est qui sont plus ig^norants en matière de relîg*îon que les hommes les plus dénués d'instruction et de culture.
« Comment cela se fait-il ?
ce Le profond mépris pour la foi qu'ils ont trouvé, à rentrée de leur carrière, établi dans le monde, joint à Torgueil que leur ont inspiré d'éclatants succès et la supériorité des talents, leur a persuadé qu'il était indigène d'eux, non-seulement de croire, mais de s'enquérir même sur quels motifs on avait cru avant eux. Ils ont dédaig*né une étude qui leur paraissait trop peu sérieuse (1). »
Rien n'a change depuis quarante ans^ tout s'est aggravé. L'irréligion a plutôt empiré dans les esprits, et ce mandement vigoureux n'a rien perdu de son actualité. Que dis-je? la plume d'un de nos vaillants évê-
({) Mandement de M^'l'Évêque de Chartres sur le parallèledés mystères de la religion et de ceux de rincrédulité.
ques pourrait en toute justice donner des avertissements plus sévères encore et sig*na- 1er des plaies plus saig*nantes.
Ainsi, plus de doute, la détresse, le dén liment de la haute instruction religieuse sont profonds, même dans les classes lettrées; mais où puiser cette instruction si nécessaire et malheureusement si nég*lig*ée? Où sont nos maîtres? Où nos écoles supérieures de relig'ion?
Nous voilà contraints d'examiner les diverses institutions établies pour communiquer aux catholiques le haut enseig*nement de la Foi. J'en disting'ue quatre principales : les conférences, les facultés de théologale, les séminaires et les noviciats d'études des ordres relig*ieux.
Les conférences, surtout celles de Notre- Dame de Paris, ont un grand éclat : les paroles qui tombent de cette chaire, on peut le dire, s'adressent à la France et presque à tout l'univers chrétien. C'est un honneur et une
SE Ll SUDATION DOCTRINALE
sance' pour la foi, d'être exposée avec pareille solennité et de se produire à la du monde avec les prestig-es de l'élonce. Toutefois la rareté de ces discours, sarat qu'ils exigent, le public nombreux les écoute, le g-enre qu'ils doivent adopvoilà autant d'obstacles qui ne permett jamais aux conférences de devenir un lig-nement complet. Il faut pour cela une le plus détaillée que ne le comporte un ours solennel, un contact intime et plus uent avec des disciples moins nombreux lus choisis. Pendant de long-ues années, iis la ruine des universités jusqu'à la lation des facultés de théologie, par l'em- , les conférences furent le seul enseiment relig-îeux supérieur donné à la lesse et aux classes lettrées, nlîn, à la demande de plusieurs évêques, facultés de théolog-ie furent fondées à n, à Bordeaux, à Aix et à Rouen. C'était eproduction de la faculté théolog-ique a. Sorbonne à Paris. On peut, sans man-
DU CATHOLICISME EN FRANCE. < i
quer de respect à aucune, avouer qu'elles ont été bien loin de répondre au but de leur institution. C'est fort bien de créer des facultés; mais c'est une fondation dérisoire, si on ne leur fournit pas un noyau d'élèves.
Autant vaudrait faire une usine sans ouvriers, et rêver un commerce sans acheteurs. Or, le fait est certain, les facultés de théolog*ie n'ont pas d'élèves. Ce sont des couVs libres auxquels nul n'est tenu d'assister et qui ne peuvent recruter des auditeurs que par le charme, l'éloquence, le mérite exceptionnel des maîtres. Mais, on le prévoit, toute œuvre qui, pour se soutenir, a besoin d'hommes exceptionnels , est une œuvre perdue. Les grands talents sont rares; ils ne sont donnés que de loin en loin ; et, dans l'intervalle qui s'écoule de l'un à l'autre, l'édifice qu'ils soutiennent a le temps de crouler. Du reste, que va devenir un enseig^nement qui, pour attirer des disciples, a besoin de tous les artifices de la parole et de l'éloquence? On le devine. En renonçant
à Taustérité qui lui convient, il perdra forcément de sa puissance; et tout ce qu'il gagnera dans la forme, il le perdra dans le fond. Il n'est point de science qui n'ait ses côtés âpres. Les plus attrayantes ont leurs éléments, leurs formules, leur matériel, si j'ose ainsi dire; tout cela ne peut se connaître sans effort ni se communiquer sans tenir à l'écart l'imag^ination et sacrifier pour un moment, au moins, l'élég^ance dé la forme.
Tel est donc le défaut incurable des facultés de théolog'ie : les élèves leur manquent, €t, pour en recruter, elles sont réduites à parer leur science, au lieu de la montrer dans sa vérité et dans sa force. Leurs auditeurs naturels devaient être les élèves de choix pris dans les séminaires. Autour de ce noyau seraient venus se g^rouper les laïques désireux de s'initier à la science divine. Mais pourquoi des évoques eussent-ils envoyé leurs meilleurs sujets dans des facultés qui n'avaient point l'institution canonique, et qui
étaient privées du droit de conférer les gra* des? En outre, qui leur g'arantissait la valeur et rorthoxie du maître? Bref, les cireonstances étaient telles que, malg'ré le mérite des professeurs, les facultés ne pouvaient que vég'éter. Impuissantes à rallier autour d'elles ce groupe d'hommes jeunes et ardents qui fait le mouvement, la force et la vie d'une école, elles se sont trouvées désertes au lendemain de leur ouverture, et dans plus d'une il a fallu donner l'accès aux femmes pour compléter uti public que de rares hommes ne parvehaient pas à former.
Restent les séminaires. Là du moins nous trouverons dans sa pureté, sa vig*ueur et son élévation, le haut enseig^nemeiit religieux; car^ s'il n'est point là, où sera-til? Si le prêtre lui-même ne le reçoit point, qui le recevra? Si les séminaires ne sont pas l'asile de la science sacrée dans ce qu'elle a de plus élevé, où le chercheronsnous? Ici, les disciples ne manquent pas*
DE LA SITUA.TIOH DOCTRINALE
S grands séminaires , en France surtout, recrutent bien; si la bourgeoisie et la blesse n'y envoient plus que de rares reésentants, le peuple en revanche ne maraude pas ses fils au Dieu qui les lui demde. Mais les professeurs répondent-ils au mbre des élèves? La méthode y est-elle à hauteur de l'enseignement?
On comprend, la délicatesse de ces deux estions, et je ne voudrais pour rien au )nde m'arroger un droit d'texamen et ippréciation qui ne me conviendrait pas.
issi me récuserai-je volontiers et me coniterai-je d'exprimer le sentiment d'un êque dont le talent relève encore le carac- ■e sacré, et ajouterait, s'il était nécessaire, .'autorité et au poids de sa parole.
Voici donc ce qu'écrivait, le 8 sepnbre 1874, dans une lettre adressée au rdinal -Archevêque de Paris, et qui a lu le monde religieux, Monseigneur Tulaz, évêque de Tarentaise. Je cite texîllement : « Ce qui manque évidem-
« ment au clerg»é français, ce n'est pas la ce science commune, la science qui peut sufa fîre dans les travaux ordinaires du minis- « tère pastoral ; ce qui lui manque, c'est une <c science supérieure. Il faut multiplier sur « cette terre de France les prêtres savants, « les théolog*iens consommés, les apolog'is- « tes toujours prêts à poursuivre Terreur 'f partout où elle cherche à séduire les âmes, « et capables de la vaincre par la puissance « de la doctrine et de Téloquence. Ce que « réclament, en ce moment, le clergé et les « catholiques de France, c'est un enseignement « vraiment supérieur. » Donc, cet enseig^nement n'existe pas, d'après le témoig^nag'e si compétent auquel je me réfère. Et en se demandant comment il pourrait renaître, l'évêque ajoute: « Le premier obstacle qui s'oppose à la fonce dation de plusieurs universités capables ft de nous donner cet enseig*nement supéa' rieur, ce sont les difQcultés de l'enseig^ne- « ment lui-même; car nous ne pouvons nous « le dissimuler, les professeurs nous feront
IpE la situation docthisale
faut. » Et plus loin, parlant des qualités ises à un maître du haut enseig-nement ■ieux, voici ce qu'il ajoute {qu'on pèse emarquables et franches paroles) : « L'onion publique demandera beaucoup aux ofesseurs des sciences sacrées, et, à ce int de vue, l'opinion pablique est dans vrai.
Les sciences naturelles ont accoropli des ogres merveilleux, et on croirait les lîr à chaque instant se heurter dans leur arche contre les dog-mes chrétiens. L'aréolog-ie et l'histoire, en étudiant les ines des cités antiques, en remuant les ndres des nations éteintes, soulèvent s problèmes qui touchent au texte de ■s Saintes Écritures et aux traditions les js aug'ustes. La philosophie s'ég'are dans iUe systèmes que condamnent la révéion et le bon sens, mais qui passionnent aveug-lent les multitudes. Les commutations s'établissent entre les peuples eç une rapidité que nos pères ne soup-
or Ti^e • UNIVERSfTY
<( çonnaient pas, et ce n'est plus à quelques ic centaines d'élèves seulement que s'adres- « sera à certaines heures Tenàeig^nement de « nos universités, mais à la France entière, <t et même aux nations les plus lointaines, « lorsqu'il se placera sur le terrain brûlant « de nos controverses religpieuses. Il est donc « absolument nécessaire que les professeurs <c ne soient étrang'ers à aucune des décou- « vertes des sciences contemporaines, à au* « cun des problèmes qui émeuvent les âmes, « à aucune des aspirations de notre époque, a et que partout et toujours ils puissent opte poser aux affirmations de l'erreur les dé- « monstrations victorieuses de la vérité ca- « tholique. »
Il conclut ainsi : « Mais j'arrive à une conte clusion que je ne puis éviter et que « j'exprimerai avec une franchise complète.
« Je suis coMaincu que les prêtres qui possè- <c dent les qualités et le degré de science que je « viens de rappeler sont rares en ce moment « dans les rangs du clergé français. »
i4 DE LA SITUATION DOCTRIKALE
Onpouvaitobjecteràcelleopinionsinetteet ncère la valeur théologique des hommes 3urs, mais sérieux qui, dans les sémii-es, forment en silence les jeunes prêtres, utez les paroles si judicieuses de Monseilur de Tarentaise : « Qui ne saisit, au prelier regard, la différence qui existe entre i mission d'un professeur d'université, et i mission d'un professeur de grand sélinaire? Celui-ci peut répondre dans une lesure suffisante à la confiance de son vêque, en interprétant avec précision et larté les traités mis entre les mains de ses lèves, et en les complétant sur certains oints. Sans doute, il ne pourra se borner l'étude de quelques compendiums, il evra consulter les ouvrages immortels es g-rands docteurs. Mais enfin, ce qvton à demande surtout c'est dêtre un commentamr intelligent des traités élémentaires. »
>n ne saurait mieux dire, ni exprimer en nés plus précis et plus délicats le niu vrai des études et des maîtres dans
l'enseîgTiement reli{?ieux des grands séminaires.
Quant à la méthode, même insuffisance :
« La vraie méthode catholique, dit encore « rÉvôque de Tarentaise que nous ne nous ce lassons point de citer, est la méthode sco- (* lastique. Elle seule forme les intellig*ences « aux luttes de la pensée; elle seule leur « donne la précision, la vig*ueur et celte pé~ « nélration à laquelle les moindres nuances « n'échappent pas. Elle seule ferme à Terreur <f les moindres issues, et Tétreint dans les « serres d'une log*ique inflexible. Elle seule (c a formé les g^rands docteurs du moyen « âg*e. Il est, je pense, inutile d'insister sur « la nécessité de cette méthode. Les plus « éminents théolog'iens ont démontré sa vacc leur; les Souverains Pontifes l'ont recom- « mandée danià les termes les plus pres- « sants (1); et partout des efforts g*énéreux
(1) Ob peut Toir, sur l'excellence et la nécessité de la méthode scolastique, les autorités citées par M**" Capri, dans sa brochure intitulée : Quelques Observations soumises à NN*
« s'accomplissent pour la ramener dans l'en- <i seig'nement des séminaires.
« Il faut donc que les professeurs eux- « mêmes soient formés à cette méthode si « long*temps méprisée ► Il faut qu'ils rétablis- « sent ces arg'umentations serrées qui, cha- « que semaine, soumettent les thèses à Té- « preuve des objections. II faut qu'ils pos- « sèdent cette méthode à lin degré supérieur '« et qu'ils soient capables de soutenir les at- « taques de quelque part qu'elles viennent.
« Or, qu'on nous permette de le dire, ee « n'est point par un travail solitaire que s'ac- <( quiert cette méthode, ce rient même pas dans (( renseignement de nos séminaires, tel qu'il est ce ?'esté généralement jusqu'à ce Jour, à moins « qu'il ne s'ag*isse de quelques intellig^ences « d'élite qui auraient consacré bien des ah - « nées à l'étude de cette méthode. »
Après un tel jug'ement dont on ne contestera, j'espère, ni la compétence, ce qui est
SS. les évéques, concernant les études des séminaires en France.
une g'arantie pour la vérité, ni la franchise, ce qui mranque trop souvent en pareille matière, ni Tautorité, ce qui rassure toujours les esprits craintifs, nous n'ajouterons rien. La cause de renseignement relig*ieux supérieur est éclaircie. Il est impossible d'en mieux révéler Finsuffisance et de mieux prouver Furg^ence des réformes. Que ceux qui ont encore souci de la vérité et en savent tout le prix n'hésitent donc plus, et qu'ils se mettent à Fœuvre.
Toutefois notre exposé manquerait d'exactitude, si nous lie signalions en France les noviciats des ordres apostoliques voués à l'enseignement religieux, comme autant de foyers vivants où les plus solides traditions de la méthode scolastique et le plus pur enseignement de la doctrine de saint Thomas sont conservés avec un vrai culte. Ces foyers, dont la flamme est captive , ne demandent qu'à rayonner; ils sont de vraies facultés de théologie auxquelles ne manque pas l'institution canonique. Pourquoi n'y ferait-on
D£ lA SITHATIOH DOCTilIKALE
appel le jour où, convaincus de la néiité de restaurer la grande science théoique, nous rendrons à saint Thomas d'Aa la place qui lui est due dans le haut eig-nement relig-ieux? Il en est la seule e possible, et c'est en vain qu'on voudrait 30ser ou en chercher d'autres.
le vaste g-énie, qui n'a été étranger ni à icience, ni à la philosophie, ni à la tradi- 1, qui n'a rien exclu, qui a tout embrassé eut harmonisé, restera lé type du docc chrétien. On pourra perfectionner, moer la lettre de ses ouvfag-es , on n'aura 1 à changer à son esprit : il est dans la ie synthèse où toute la science, toute la losophie et toute la foi se rencontrent ir mêler, sans les confondre, leurs splenes enseignements.