CHAPITRE IV
Des causes multiples qui ont empêché et qui entravent encore le développement doctrinal du Catholicisme en France.
Alors que , sous Tinfluence des prog^rammes officiels, se préparait la décadence de la foi et de la raison françaises, si du moins les catholiques, conscients du péril, avaient connu le vrai remède ! Si, au lieu de demander seulement, au nom du droit commun, la liberté d'instruire leurs fils selon les prog^rammes de l'Etat, ils avaient revendiqué le droit de les instruire suivant leurs programmes, ils n'eussent peut-être pas remporté la victoire ; mais leur attaque eût certainement ébranlé le principe despotique de l'État enseig'nant sans rival. En se plaçant sur le terrain de la g^rande et vraie liberté, ils eussent été conséquents avec eux-mêmes.
liO ENTRAVES AU DÉVELOPPEMENT DOCTRINAL
-et leur défaite d'aujourd'hui eût préparé sans doute la victoire de demain. Ils ne l'ont pas fait; c'est une erreur pratique dont les conséquences pourront être g^raves, bien <iue peu soient à même de les prévoir.
Le mal eût été moindre, et, dans tous les cas, il eût trouvé son' remède, si, au fur et à mesure que le niveau intellectuel s'abaissait, la doctrine se fût développée, rajeunie et fortifiée. Mais non : malg*ré ses prog*rès depuis la fin du dix-huitième siècle, le catholicisme s'est bien plus développé sur le terrain de la vie publique et dans les œuvres, comme <liscipline et comme culte, que comme doctrine hautement scientifique. Il a bien plus fait appel au zèle et au sentiment qu'à l'intellig^ence et à l'esprit. Il s'est présenté comme une loi morale et une institution ayant ses droits propres, plutôt que comme un dog'me, tenant sa place au-dessus de toute science et de toute philosophie humaines. Aussi, à côté du tableau des vices intellectuels de la nation, avons-nous dû sig'nà-
1er Finsuffisance et les graves lacunes de la situation doctrinale du catholicisme, en France.
Qui donc a paralysé le mouvement et les progrès de la doctrine catholique? La hiérarchie se reconstituait puissante et compacte; TEg^lise revendiquait noblement et avec succès ses droits politiques , le culte se déployait avec un éclat toujours g^randissant, les œuvres s'épanouissaient de tous côtés, au souffle d'un zèle rajeuni," témoig^nant de l'indomptable vitalité de nos
croyances la science divine, la théologale,
n'avançait pas. Les catéchismes qui résument l'enseig^nement élémentaire de la relig»ion, se multipliaient à l'envi : la haute science relig'ieuse était immobile. Elle est aujourd'hui encore au même point qu'il y a ving*t ou quarante ans. Je le répète^ d'où vient cette paralysie de ce qu'il y a de plus actif, de plus progressif : la lumière, la vérité, et surtout la vérité relig'ieuse?
Ce n'est pas le talent qui a fait défaut, ni même le g'énie. Nous avons eu des écrivains, des orateurs, des publicisles, des apoIog*istes de premier ordre. Leurs noms sont célèbres ; leurs œuvres, admirées et applaudies.
Rien ne leur a manqué, si ce n'est un fort enseig^nement reiig'ieux. A quelle hauteur ne se fussent-ils pas élevés, s'ils avaient eu l'éducation complète à laquelle nous devons les docteurs du treizième siècle et les orateurs du dix-septième !
Nous avons eu des individualités brillantes, d'une imitation difficile et dang*ereuse ; il nous fallait des maîtres. Livrée à elle-même, l'individualité peut être puissante; elle ne devient un modèle, qu'en se rattachant à l'immuable tradition qui lui donne toute l'autorité des siècles. L'individu, c'est la goutte d'eau ; la tradition , c'est le fleuve , c'est l'océan.
Malheureusement la science divine, la g*rande théologale, ne saurait s'acquérir sans
maître. Or, ce qui a manqué surtout au catholicisme en France, depuis la Révolution, ce sont Jes maîtres de la doctrine. Telle est sans contredit la première cause de notre infériorité doctrinale.
Nous n'avons eu, nous n'avons encore ni université catholique, ni maîtres. Et, sans être prophète, on peut le prédire, tant que durera un pareil état de choses, nous en subirons les fâcheuses conséquences. Nous vég^éterons dans cette pénurie de vérité relig-ieuse qui est notre plus g*rande faiblesse, et qui, en dépit de tout notre zèle, de toute notre piété, de toute notre puissance hiérarchique, ne nous permettra jamais de diriger vers Dieu les sociétés et les âmes. Il faut le redire ; car, sur ce point, Tillusion est grande, obstinée dans certains esprits. Ce n'est pas avec le culte, ce n'est pas avec l'autorité, si respectable qu'elle soit, eût-elle la croix pour symbole, ce n'est pas avec le sentiment religieux le plus vif, ce n'est pas avec les œu-
vres de détail qu'un ^èle infatig^able multiplie, qu'on arrivera jamais àrallier les esprits intellig^ents; ce n'est que parla haute théologie, cette science inconnue et surtout incomprise, qu'on g^roupera, dans une forte clI véritable unité, les sciences de l'ordre terrestre, et qu'on donnera à la philosophie une solidité nouvelle et son vrai couronnement.
Les intelligences égarées, mais loyales, ne sauraient se courber que devant le vrai. Si elles ne se rendaient à l'autorité que par sentiment ou défaillance, elles ne seraient plus elles-mêmes; ce n'est point là ce qu'il convient de leur demander. Qu'on les éclaire, qu'on les domine par une clarté plus haute et un enseignement plus complet; elles se rendront, dès là qu'elles sont sincères. Si elles ne le sont pas, elles s'irriteront; mais, dans les deux cas, elles seront vaincues, et la vérité restera maîtresse.
L'ennemi terrassé qui refuse d'avotier sa défaite, n'en est pas moins sous le sceptre
du vainqueur : ou lui met les chaînes ; mais on ne le craint plus.
Si les maîtres de la science de Dieu nous ont fait défaut, il faut bien le reconnaître, les circonstances nous excusent. Il y a des nécessités qu'on doit subir de g*ré ou de force. Qui ne le sait? Au lendemain de la Révolution, TÉg'lise de France était dans une détresse lamentable. La voici dépeinte en traits énerg'iques et malheureusement trop vrais:
« L'épiscopat tout entier dans Texil; le^ « clerg*é décimé par la g^uillotine et ladépor-- « tation ; les fidèles traqués et harcelés, long*- « temps condamnés à choisir entre l'apostasie « apfparénte ou la mort, commençant à a peine à respirer, à jouir en silence de la « tolérance du mépris.
« Aucune ressource matérielle ni morale; a le vaste patrimoine de TÉg'lise, formé par « Famour et le libre don de quarante g*éné- « rations, réduit en poussière ; les ordres « relig^ieux, après mille ans de g^loire et de
« bienfaits, g*isant désarmés et anéantis, « trois mille monastères des deux sexes « abolis, et avec eux tous les collég'es, tous « les chapitres, tous les sanctuaires, tous les ce asiles de la pénitence, de la retraite, de « Tétude, de la prière (1)! »
Nous ne devons jamais oublier Touragan de feu et de sang* qui parut un moment anéantir, dans son tourbillon irrésistible, le catholicisme en France. Ce souvenir nous rendra moins sévères. Après de telles ruines, rÉg^lise écrasée, mais non vaincue, jetée à terre, mais non détruite, ne pouvait se montrer au monde subitement réarmée de toutes pièces.
Les restaurations ont besoin du temps; et il faut des siècles quelquefois pour réédifîer péniblement ce que des Vandales ont mis une nuit à renverser. La restauration du catholicisme, en France, sera une oeuvre séculaire. Que les impatients sachent attendre et qu'au
(1) Des Intérêts catholtques au dix-nev/viéme siècle, par M. le comte de Montalembert.
lieu de récriminer toujours, ils respectent les longes desseins de Dieu et la lenteur providentielle de ses œuvres surhumaines.
Est-il étonnant qu'à peine sorti des ruines sous lesquelles on le supposait anéanti, le catholicisme se soit porté aux œuvres les plus urg^entes? Ce qui absorba tout d'abord les trop rares ouvriers de Dieu, ce furent les travaux du ministère sacerdotal.
Avant de song*er à la théolog'ie, il fallut se consacrer au catéchisme; avant de se ménag^er des loisirs pour les études approfondies, il fallut baptiser les petits enfants, consoler les moribonds, ensevelir les morts, confesser les pécheurs et répondre au jour le jour à l'attaque d'ennemis dont l'hostilité ne se lassait pas. Avant de s'appliquer aux durs labeurs de la science , il fallut se préoccuper de la foi; et, avant de philosopher, il fallut vivre. Ces impérieuses nécessités ont produit deux résultats qui devaient forcément entraver le développement de la haute doctrine religieuse.
D'abord, pressés de tous côtés par les besoins du ministère de chaque jour, les évêques durent réduire le temps nécessaire aux études Ihéolog^iques. Ensuite, au lieu de se consacrer à Tobscure mais féconde mission de la science divine, les sujets éminents du clerg'é prirent la voie brillante de l'administration et des honneurs. Dès que la formation était jug'ée suffisante, on entrait dans ce dévorant ministère où Ton peut perdre bientôt, avec les loisirs, le g^oût et le recueillement indispensables à l'étude sérieuse des mystères de la foi. Au lieu de contempler Dieu, il fallut se mêler au mouvement bruyant des choses humaines; au lieu de nourrir son esprit des nobles tourments d'une vérité à découvrir, à fortifier ou à défendre, il fallut se voir assailli par les mille détails presque toujours vulg'aires, de la vie pratique»
Tout ce que la doctrine eût g*ag*né par le travail et la valeur de ces hommes qui lui eussent volontiers, en d'autres temps, voué leur âme , elle l'a perdu au profit de l'ad-
ministralion et du g^ouvernemenl ecclésiastique. •
Au surplus, quelque florissants qu'eussent été les séminaires, eussent-ils jamais comblé le vide effrayant, creusé tout à coup par la disparition de nos universités ? Le séminaire n'est point une faculté de théolog*ie.
L'enseig^nement donné aux aspirants du sacerdoce g'ardera toujours un caractère professionnel et pratique, peu copipalible avec Fenseig'nement supérieur. Les g*randes questions théolog'îques doivent s'étudier pour elles-mêmes ; elles exig'ent des esprits choisis et de long'ues heures ; ce n'est point pour les résoudre à fond quQ les séminaires ont été institués. On y vise plutôt à l'enseignement utile et à la formation morale des étudiants. Or, dès qu'une science ne s'occupe plus des problèmes qui en forment la portion réservée et comme le sanctuaire, elle baisse; elle tourne à la formule rigide; elle perd, avec sa grandeur et son éclat, son action puissante sur les esprits; elle
se fait utilitaire comme une science de métier.
N'est-ce pas Jà le sort qui fatalement devait échoir à la théolog^ie, le jour où, les antiques universités ayant disparu, elle n'a plus eu d'autres foyers que les séminaires?
Il faut bien l'avouer aussi, tout en possédant un principe de vie propre q^ui préside à ses développements et gouverne en secret ses phases diverses, le catholicisme n'est point étrangler au milieu humain dans lequel il se trouve. Il en subit au contraire presque toutes les influences. De là vient la physionomie qu'il prend tour à tour selon les races, les peuples ou les siècles. Le fond demeure le même, la surface est mobile. Or, à notre époque, des courants divers et parfois irrésistibles se sont disputé les âmes; ils les ont entraînées vers la littérature ou la politique, vers les arts ou l'industrie, vers les sciences ou la critique, jamais vers les études philosophiques ou
Ihéolog^iques, Si la relig^ion a préoccupé notre siècle, c'est bien plutôt par le côté traditionnel, politique et sentimental. Aussi, est-ce à de tels points de vue, qu'elle a été attaquée par les uns et défendue par les autres. Ceux qui se croyaient appelés à en finir avec un passé qui ne représentait à leurs yeux que servitude, ig^norance, superstition, s'insurg'eaient sans pitié contre le principal élément de ce monde usé et tout à détruire. Il fallait leur répondre : ce fut le rôle de ceux qui, enchaînés au passé, peu désireux d'un avenir incertain, se cramponnaient à des institutions qni croulaient de toutes parts, croyant défendre aipsi une relig*ion dont la Croix seule est l'appui invincible. Pareillement, ceux qui avaient peï»du ce sentiment si naturel qui tend à nous élever vers Dieu, ne comprenaient rienàcesâmesqu'un invincible attrait porte vers le culte où elle^s trouvent une force, une joie, et je ne sais quel avantg*oût d'une .paix ineffable dont ce monde n'a pas le secret.
liais c'est sur Je terrain social que la lutte igieuse a été le plus vive, et c'est là que relig^ion a remporté les plus éclatantes toires. Son incomparable vertu conserva- :e lui a rallié la majorité de ceux qui tlenit à la stabilité de l'ordre public. Ses abats g-énéreux pour la liberté de la iscience catholique et de l'enseig-nement, ont donné un singulier relief et conquis sympathie ardente de tous les partisans ïèresde la liberté politique.
1 est vrai que, dans ces dernières années, confusion qu'on a faite entre le cathoHneet ta politique nous a été fort nuisible, bree de rapprocher, le trône et l'aotel s d'imprudentes et excessives théories, Iques écrivains ont fini par les confondre, foi y a peut-être gagné auprès de ceux ont le culte des trônes ; mais que n'aie pas perdu auprès de ceux qui rêvent itres formes politiques ! Il était d'ailleurs spectueux pour la Croix et pour l'Évan- : de les faire servir à la défense d'une
politique de parti. Dieu est au-dessus de nos petites disputes humaines ; et le Christ n'est pas plus le premier g^entilhomme de France (1) qu'il n'en est le premier sansculotte (2).
Ainsi, rien dans l'esprit public, rien dans les courants de l'opinion ne portait les intellig'ences du côté delà science théolog'ique.
Le g'oût du grand nombre ne s'en serait point accommode : les esprits demandaient bien plus à être charmés qu'instruits, étonnés que vraiment éclairés. Le Génie du Chris-: tianisme, si riche, ai neuf comme littérature, mais si insuffisant comme scienqe, montre bien, par le succès prodig'ieux qu'il a obtenu, ce qui répondait au besoin g»énéral.
Or, rien n'exerce plus d'empire sur les hommes qui enseignent à un public, que ce public lui-même. Bon gré mal gré, il faut se proportionner à l'auditoire, tenir compte de ses goûts et de ses aptitudes. Sans doute,
(1) ArmoUes de la Royauté.
{^) Annales de la Révobiiion.
i04 ENTRAVES AU DÉVELOPPEMENT DOCTRINAL
rhomme puissant en doctrine et en parole ne se fera point l'esclave de ceux qu'il doit plutôt dominer et transformer : s'il condescend d'abord à leur faiblesse, ce sera pour les g'uérir ensuite ; et, s'il ménag'e leurs préjugées, ce sera pour mieux les détruire.
Mais de telles natures sont exceptionnelles ; les hommes ordinaires subissent la tyrannie de ceux qu'ils devraient g'ouverner. Ils se font l'écho complaisant de leurs passions ; ils flattent les idées reçues ; ils cèdent à tous leurs caprices, et c'est par là que les causes les plus saintes sont souvent compromises. La foule qui les applaudit, s'applaudit elle-niême; et, s'ils savaient le comprendre, ils ne se prêteraient pas à ce rôle indigène d'eux. Quoi qu'il en soit, je ne crains pas de Taffirmer, il faut voir dans la disposition des esprits une des causes principales qui, jusqu'à présent, ont enchaîné et enchaînent encore le mouvement doctrinal du catholicisme.
Nous venons de plaider les circonstances
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atténuantes d'une situation qu'il y aurait péril à voir durer plus long^temps, et lâcheté à maintenir: La Relig*ioh peut subir, dans une certaine mesure, le milieu humain : elle ne doit point s'en faire l'esclave. N'avonsnous pas notre vie propre? Dieu n'opère-t-il pas en nous? Son esprit ne se remue-t-il point dans nos poitrines? La sève divine est-elle jamais tarie? Se peut-il que la vérité qui est le premier élément de notre Relig'ion reste ainsi en détresse? A moins que nous ne soyons un vieil arbre usé qui ne connaît plus de printemps, il est impossible que, malg^ré toutes les entraves, nous ne voyions rayonner enfin la pleine lumière de notre foi dans un enseig'nementdig'ne d'elle.
Un terrible et dernier obstacle nous paralyse encore ; il faut l'indiquer, le condamner^ le flétrir : c'est la routine.
Elle est tristement puissante sur notre société française, à l'heure actuelle. Tout ce qui vg. contre elle, tout ce qui cherche à sor
tir de ses ornières , à échapper à son étouffante étreinte, est en butte à la défiance, à la malveillance, à Tinaplacable hostilité et à de pieux anathèmes. On dirait que Vornière, c'est le salut, et qu'en dehors d'elle il n'y ait que perdition. Le vrai, c'est que l'ornière est le commencement de la fosse où reste enseveli ce qui a cessé de se mouvoir et de vivre. Lorsqu'elle se creuse, soyez-en certains, la tombe se prépare ; lorsqu'on essaie d'en sortir, c est le signe de la vitalité.
Or, voici ce qui est à craindre : depuis soixante-dix ans le catholicisme, en France, a vécu, lutté, remporté ça et là de g'randes victoires. Son domaine s'est élarg'i, sa puissance publique s'est accrue, ses fidèles semblent plus nombreux, et cependant tout cela s'est accompli, sans que la haute science relig'ieuse soit intervenue. Le modeste enseig^nement de nos séminaires, le talent de nos prêtres , le zèle et l'activité des pasteurs et des fidèles, ont suffi. Nous n'avons
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qu'à poursuivre notre marche, et nous irons de triomphe en triomphe.
Là est le piégée, là le péril; prenons-y g*arde ! -
Ce qui suffisait hier pourrait ne pas suffire demain. Les besoins chang'ent avec le temps et les hommes; la jeune g'énération ne ressemble génère à l'ancienne ; le scepticisme a g^randi; les sciences ont prog*ressé, et leur méthode s'impose aux intellig'ences avec un sing^ulier empire. Craig'nez que Tesprit de ce siècle ne vous échappe. Si vous ne le ralliez pas, il sera contre vous; et vous auriez beau faire appel aux sentiments et au cœur, vous ne tarderiez pas à vous voir trahis par le sentiment et le cœur de ceux dont vous n'avez pas su dominer l'intellig^ence. Ne nous lassons pas de le répéter, c'est par la vérité seule qu'on domine l'opinion et qu'on affranchit les âmes et les peuples (1).
Il est urg*ent de se consacrer au défi) Veritas liberavit vos. {Ev, sec. Joan,)
veloppement doctrinal du catholicisme. La liberté deFenseig'nementsupérieur, que nous venons de conquérir nous en fait une oblig'ation sacrée.
Eh quoi ! nous aurions lutté, revendiqué avec instance cette liberté précieuse, et, une fois conquise, nous la laisserions stérile ! La liberté n'est pas un but, c'est un moyen. On n'est pas libre pour Fhonneur d'être libre seulement, on est libre pour Fhonneur d'agir. Restez serf, si vous n'avez que faire de votre liberté , et si vous la déshonorez par rinaction, la paresse et la peur. L'esclave qui se rachète par un travail énerg^ique vaut mieux que l'affranchi qui s'amoindrit dans une vie stérile et sans honneur.
Mais il y a des hommes qui ont le courage de regarder les choses en face et l'intrépidité d'en entreprendre la réforme : l'état d'infériorité où se trouvent en France, comme nous l'avons vu, d'une part l'esprit général-, de l'autre la doctrine catholique, ne saurait les laisser indifférents. C'est par l'intelligence et
par la supériorité intellectuelle que les pt p!es arrivent à la prééminence, et^c'est pai doctrine que la relig*ion maîtrise et perf tienne les âmes ; car l'homme est, avant to un être intellig-ent. Assurément la dbctr ne suffit pas : elle peut être trahie par cœurs lâches et les hommes perfides , m elle est indispensable; et quand le Ch serait mort ving-t fois pour nous sauver, n'eût été le Verbe, c'est-à-dire la Sages la Raison infinie, !à Vérité absolue, if n' pas conquis le monde.
Lorsque, attentifs au mouvement des c ses divines et humaines, vous voyez le nivi intellectuel s'abaisser daps un peuple e doctrine perdre son rang- d'honneur d l'intellig^ence des croyants; lof^que, p employer une imag-e de nos Saints Livi « le soleil s'obscurcit comme un sac crins (1); » tremblez pour ce peuple et e g-nez pour cette croyance, l'un et l'ai sont en décadence; ils seront bientôt fi
(1) Apocalypse, chap. vi.
iiO ENTRAVES AU DÉVELOPPEMENT DOCTRINAL
Je n'ai de telles craintes, ni pour mon pays, ni surtout pour ma foi. Ma foi a des promesses d'immortalité infaillibles, car elles sont divines; et mon pays a des ressources qui ne permettent pas de mourir ainsi. Cependant la Providence ne peut vouloir des effets sans cause, et si le catholicisme doit reconquérir son vieil empire sur les générations nouvelles, si la France doit se relever, ce ne pourra être qu'à la condition de voir leliiveau intellectuel monter dans notre peuple, et la haute doctrine donner un nouvel éclat à notre antique foL
Peut -on accueillir de telles espérances?
Comment se réaliseront-elles? Voilà le problème. Ces résultats ne sauraient se produire que sous l'ii^uence de l'enseig'nement supérieur : il faut voir ce qu'il est.
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