CHAPITRE V
de qne doit être renseignement supérieur, ou les trois
synthèses doctrinales.
L'enseig*nement supérieur peut se prendre tel qu'il est ou tel qu^il devrait être. Envisagée tel qu'il est, en France du moins, rien n'est plus simple à définir. « Il est un fait qui a « existé de tout temps et qui existe partout. « Ce fait s'est produit sous une forme déter- « minée, sous la forme de ce qu'on appelle « les quatre, cinq ou six facultés. Ces facultés, a ce sont les cours où l'on reçoit l'enseig^ne- « ment supérieur, au sortir de l'enseig^ne- <t ment secondaire. Si on ajoute à ces facultés « les écoles spéciales, le Muséum, le Collègue « de France, l'École polytechnique, on a ce « que, dans le lang'ag'e g'énéral de l'Europe, « on a appelé l'enseig^nement supérieur. »
Ainsi s'exprimait M. Guizot dans la commis-
H 2 l'enseignement supérieur,
sion extra - parlementaire nommée par le ministère du 19 janvier pour rétablissement et l'org^anisation de l'enseignement supérieur.
Il comprend, comme on le voit, « cet en- « seignement qui vient, non pour tous, mais « pour l'élite des esprits, compléter et cou- « ronner Fenseig^nement donné dans les « écoles secondaires, collègues et lycées de « l'Etat ou institutions libres (1). »
En se plaçant encore au point de vue du fait, ÏMonseig^neur d'Orléans, dans un éloquent discours à l'Assemblée nationale, le définissait ainsi : «C'est le savoir humain « dans sa dig'nité la plus haute; c'est, par a conséquent, la plus haute éducation, ia « plus haute culture de rintellig*ence hu- (( maine; c'est, par conséquent, la forme « la plus disting^uée, l'expression la plus « solide et la plus brillante de la civilisation « intellectuelle d'un pays.
(1) Revue des Beux-Mo7ides, lo janyier 1875. De la Liberté de l'enseignement supérieur, par M. E. Vacherot.
ou LES TROIS SYNTHÈSES DOCTRINALES 113
« Et, s'il faut le définir plus précisément, « l'enseignement supérieur, ce sont d'abord « les lettres dans ce qu'elles ont de plus « noble, de plus élevé et de plus exquis, « et, je l'ajouterai, de plus relig*ieux et de « plus civilisateur; les lettres qui^ renfer- « ment, avec les littératures anciennes et « modernes, l'étude des lang^ues, delà philoce Sophie, de l'histoire et de cette g*éog*raphie « qu'on nous accuse tant de ne pas savoir « assez.
« Ce sont encore les sciences, les sciences « si belles en elles-mêmes et dans leurs « g^randes théories, et si fécondes en inven- « tiens et en applications de toutes sortes à « l'industrie, à l'ag'riculture et au commerce. « Et parmi elles, il faut distinguer avec « honneur les sciences médicales, qui îova ment les hommes habiles dans l'art de (( guérir; il faut distinguer aussi ces belles « études du droit, du droit (mouvement) « dont le nom seul est un honneur et une « force ; du droit, qui forme les grands
(( mag*istrats , les jurisconsultes, les ad- « ministrateurs, les hommes politiques, les « lég^islateurs, et tous ces hommes que je « nommerais volontiers les fils aînés des na- (( tions, parce qu'elles les envoient pour se (( rencorîtrer sur les hauteurs sociales et (( quelquefois dans des assises solennelles « comme les vôtres, messieurs, parler, s'ils « le peuvent, la même lang^ue, s'expliquer « et s'entendre sur les intérêts g*énéraux de (( l'humanité. (Applaudissements prolongées.) ((Vous voyez, messieurs, qu'il est ici ques- « tion des plus belles études littéraires, « scientifiques, historiques et philosophiques,. <( et de cet^ enseig'nement qui prépare à « toutes les carrières libérales et à la •vie (( publique. S'il y a quelque chose qui soit « honorable à l'égal de tout, et qui importe « essentiellement à la civilisation et à Fa- « venir de la France, c'est un tel enseig'ne- « ment (1). »
(1 ) Assemblée nationale^ séance du samedi 4 décembre 1874.
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Ces définitions descriptives ne manquent certes ni d'élég^ance , ni de coloris ; elles disent ce qui est, mais non ce qui doit être ; elles mettent bien sous les yeux ce qu'on est convenu d'appeler l'enseignement supérieur, mais elles ne font qu'en indiquer à peine la nature vraie. Comme le fait qu'elles décrivent est confus , comme tout le savoir humain est enseig^hé pêle-mêle, elles restent elles-mêmes confuses ; et l'esprit ne se rend pas un compte exact de ce que doit être l'enseig^nement supérieur bien compris.
Grâce à ces descriptions pompeuses, mais' vag*ues, on perpétue des malentendus reg'rettables qu'il y aurait profit à éviter ou à éclaircir. Je suis convaincu qu'un sceptique, un positiviste, un déiste et un catholique ne peuvent pas entendre un tel enseig^nement de la même manière. Pourquoi alors ne pas formuler clairement sa pensée, et voir sur quel point porte l'entente ou la division? Ainsi il y a telles sciences, les
H6 l'enseignement supérieub,
sciences philosophiques par exemple, que le positiviste écarte du savoir humain comme autant de chimères, et qui, pour le philosophe, en occupent le faîte. En revanche, le philosophe rationaliste dédaig'ne la théolog'ie, comme une science professionnelle réservée au clerg^é, et pour le chrétien, elle doit être placée au premier rang». Donc, on ne s*entend pas sur la nature de renseig*nement supérieur : sous la même expression se cachent des sens divers et très-contraires qu*il importe de préciser et entre lesquels il est nécessaire de choisir le vrai, si Ton veut éviter les équivoques.
Pourquoi, dans les longes débats parlementaires, souvent admirables d'éloquence, les catholiques n'ont-ils pas défini nettement! ce qu'ils entendaient par Tenseig^nement supérieur? Du même coup la discussion était éclaircie et élevée. Ils pouvaient dire : « L'enseignement de l'Etat ne se donne pas dans le sens et dans l'esprit de
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notre relig^ion; il laisse en dehors de ses; prog*rammes tout un ordre de sciences, les sciences relig^ieuses, que nous voulons communiquer à nos fils. Nous revendiquons la liberté à un double titre; d'abord pour les soustraire à l'influence d'hommes parfois hostiles et souvent étrang*ers à notre culte; ensuite et surtout pout* leur communiquer un enseig'nement tel que la doctrine catholique et les besoins de notre foi le réclament. »
La conclusion log*ique d'une lutte ainsi eng^ag*ée, c'était la liberté totale au lieu de 1^ liberté partielle que nous avons conquise.
Je m'explique : c'était non plus seulement la liberté d'être nous-mêmes des maîtres asservis à des prog*rammes. insuffisants et désastreux ; c'était la liberté de rédig*er nous-mêmes nos prog^rammes.
Gomment ! voilà un enseig^nement qui, même à son insu, tourne au scepticisme, et nous, pères, au nom de Dieu, de nos plus
dl8 l'enseignement supérieur,
lég*itimes convictions, de notre autorité^ au nom même de l'avenir de notre pays, nous n'aurons pas le4roit de soustraire no& fils à une org*anisation doctrinale qui est leur ruine morale et relig^ieuse! Nous n'aurons pas le droit de nous allier, afin d'organiser un enseig*nement qui fera d'eux de g-rands citoyens et de g*rands croyants !
Et qui donc pourrait équitablement s'insurg*er contre de si justes revendications?
Il s'ag'it des droits les plus sacrés de la conscience individuelle, de l'autorité du père de famille et de la religion. Les méconnaître, c'est du despotisme, et un despotisme qui ne durera pas longtemps.
La conscience a tôt ou tard son jour, les liens dont on l'enchaîne ne tardent pas à se rompre. La rouille dévore vite ces fers mal forgés, cet acier de mauvaise trempe.
La même force qui nous a donné la liberté partielle de l'enseignement à tous les degrés, n'eût pas tardé à nous rendre la liberté to-
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taie. Mais cette puissance invisible travaille
quand même; un jour elle éclatera.
Ce n'est pas assez pour nous de pouvoir construire des universités sur le modèle officiel ; ce n'est pas assez de pouvoir posséder des maîtres comme ceux de l'Etat ; ce qu'il nous faut, ce sont des maîtres comme nous les entendons, et des universités de notre style. Le droit commun milite pour cette dernière liberté comme il militait pour les autres et plus encore. Nous la revendiquons énergiquement. Ce n'est pas assez de préserver nos fils, il faut les former. Ce n'est pas assez de nous tenir toujours sur la défensive, il est temps de nous porter en avant.
Nous avons l'air de vivants emprisonnés dans un tombeau, ayant peine à nous défendre contrôles odeurs de mort qui nous pénètrent et les cadavres qui s'amoncellent : sortons du sépulcre et montrons-nous.
Mais auparavant, il est bon de le constater, pour tous, quel que soit le point de vue
120 L^ENSCIGNEMENT SUPÉRIEUR,
auquel on se place et la doctrine que Ton adopte, l'enseig'nement supérieur embrasse tout le savoir humain dans ses sbmmets les plus élevés. Rien ne lui est étrangler, ni les mathématiques, ni les sciences, ni les lang'ues, ni les arts, ni la littérature, ni l'histoire, ni la philosophie, ni la religion, en un mot rien de ce qui peut être l'objet d'une connaissance raisonnée et approfondie.
L'universalité est le trait fondamental qui disting^ue cet enseig*nement de tous les autres.
Il semble, dès lors, que l'entente soit facile , nécessaire même sur ce point, et que les esprits ne puissent y trouver le moindre ferment de division : c'est une erreur. Tous reconnaissent, il est vrai, que l'enseig'nement supérieur embrasse la totalité du savoir ; mais tous ne s'en forment pas une synthèse identique, et tous ne donnent pas la même importance à certaines branches qu'à d'autres. Il y a plus, comme des sciences spéciales deviennent nécessaires à
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diverses professions, il suit de là que ces sciences prennent une valeur prépondérante, en raison de leur utilité professionnelle.
Ainsi deux éléments principaux sont de nature à diviser et, de fait, divisent les esprits sur l'objet de l'enseig'nement supérieur : l'utilité professionnelle de quelques sciences, et la synthèse qu'on se fait sur Fensemble des connaissances humaines. Ce dernier élément explique le premier, et c'est lui surtout qui crée entre les intellig^ences, dans notre siècle et notre pays, d'infranchissables barrières.
Il est évident que si, pour moi, les sciences de l'ordre divin ne reposent que sur le fait contestable d'une révélation, je finirai par les écarter. Des raisons politiques me le défendent-elles? je les rejetterai à l'arrièreplan. Si, au contraire, les sciences de la nature contiennent tout ce qu'il y a de positif et de vraiment scientifique dans le savoir, je les mettrai en première lig^ne, et je ferai de leur étude la condition requise pour les
plus importantes fonctions et les plus belles carrières.
On le voit, il est du plus haut intérêt pour nous de définir la nature vraie de Fenseig*nement supérieur; car, selon qu'on l'entendra de telle ou telle manière, la haute éducation intellectuelle du pays va prendre telle ou telle direction, au g^rand détriment ou au g'rand avantagée du génie national, de notre prospérité matérielle, de notre prog»rès moral et relig'ieux.
Or, il n'y a que trois manières fondamentales de concevoir l'enseig'nement supérieur; car l'ensemble du savoir humain ne comporte que trois synthèses possibles. Suivant que l'on se place au point de vue de la raison expérimentale, de la raison philosophique ou de la raison religieuse, on a la synthèse scientifique, la synthèse philosophique et la synthèse théologique. Et, qu'on le sache bien, ce ne sont point là des abstractions, mais des réalités vivantes, actives, qui se heurtent sous nos yeux», et au plus pro-
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fond dés intellig*ences dont rautorité mène et domine l'opinion.
Sans doute, et c'est encore là un des caractères saillants de l'esprit contemporain, la masse des lettrés n'a plus le soupçon de Ten semble des connaissances humaines.
Tout est pêle-mêle dans les idées comme dans les choses. Le savoir n'est org^anisé que sous des étiquettes artificielles qui embrouillent Tesprit plus qu'elles ne l'éclairent. En effet, qu'est-ce que ces insuffisantes distinctions de lettres et de sciences? de sciences médicales et de droit? Dans tout cela que devient la philosophie ? une branche des lettres. Mais ùe comprend - elle pas aussi les principes généraux des sciences?
Depuis quand Fart. de penser ne serait-il qu'une section de la littérature, de Tart qui vise plutôt la perfection du style et des formes? Et la théolog^ie? Où là place-t-on dans cette classification trop arbitraire?
Dans les lettres? Dans les sciences? — Nulle part. • Cette classification n'est point faite
124 l'enseignement scpérilur,
pour elle. — ^^ Je le veux : mais de quel droit excluez-vous la branche la plus importante de toutes les connaissances humaines? Qu'un sceptique ou un rationaliste ag^isse de la sorte, soit; mais un catholique! Et cependant combien n'ont dans la pensée que cette artificielle synthèse!
11 ne faut pas s'y méprendre, tous ne sont pas victimes de cette confusion mal dég'uisée par un ordre de pure apparence ; des esprits conscients voient les choses et se rendent un compte précis des g*raves intérêts qui sont en jeu dans l'enseignement supérieur. Ils ne se font pas d'illusions naïves, ils savent que l'enseignement supérieur donne la mesure du niveau intellectuel, et par conséquent de la valeur réelle d'un pays; ils savent surtout qu'un tel enseignement tirera son caractère de la synthèse qu'auront adoptée ceux qui formulent les programmes.
Or, nous le répétons, il y a, en ce mo-
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ment, trois synthèses en présence : la synthèse scientifique, la synthèse philosophique, la synthèse théologique.
La lutte est entre elles ; Tavenir appartiendra à celle qui aura triomphé : si aucune ne remporte, nous continuerons cette existence tourmentée qui fait à la fois notre faiblesse et notre supplice, en même temps qu'elle provoque la stupéfaction et la joie d'ennemis intéressés à notre décadence.
Il faut les jugper, les reg*arder de près, les comparer l'une à l'autre, afin de discerner celle qui mérite nos préférences, et de nous y rallier, dussions-nous fouler aux pieds nos amours-propres de parti, nos préjugées et nos haines.
La synthèse scientifique règ'ne parmi les savants. Absorbés par leurs études spéciales, sans autre méthode que l'observation et l'expérience, n'ayant d'autre levier que le calcul
If
d'autre objet que la nature matérielle, ils ont perdu de vue le monde intime réservé à la conscience, et le monde divin de la foi. On est bien près d'oublier ce qu'on ne regarde plus, et il n'y a pas loin de l'oubli prolongée à la nég*ation totale. Pour peu qu'on se voie attaqué dans cet oubli coupable et dans cette nég^ation impie, il se trouvera un système tout prêt à justifier du même coup et l'oubli et la nég^ation .
Quelles qu'en soient les causes, ce système existe ; et l'on voit" des savants supprimer sans honte, avec la philosophie, toutes les sciehces de l'ordre humain, et avec la théolog^ie, toutes celles de l'ordre divin. Les premières ne sont pour eux que les abstractions de l'esprit dupe de lui-même, les secondes sont des fantômes. Il ne reste de
sérieux, à les en croire, que l'ensemble des sciences de la nature, avec les mathématiques à la base, et, au sommet, une philosophie qui se résume dans la somme des notions les plus g*énérales des sciences. De cette base
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à ce sommet s*élèvent comme autant d'étages superposés les sciences particulières : elles prennent place Tune au-dessus de lautre, suivant leur deg'ré de simplicité ou de complication. C'est d'abord la physique et la chimie, puis la biolog^ie et la sociolog'ie. Telle est la synthèse des positivistes, formulée par M. Aug-uste Comte, et plus ou moins retouchée par M. Littré. Nous l'avons décrite, parce qu'elle est justement une de celles qui exercent un sérieux empire sur l'opinion ; et il n'est que temps de prémunir bien des intellig»ences déjà fascinées par elle et emprisonnées dans son cercle étroit.
Le tort des positivistes n'est pas de constituer ainsi la liiérarchie des sciences : nous l'acceptons comme eux. Leur faute est de ne rien voir au-delà.
J'ai hâte de le dire, l'université de France n'a point encore été envahie par cette doctrine nouvelle. Bien que l'on puisse
128 l'enseignement supériet^r,
sig*naler plus d'une chaire illustré et avidement entourée, où cet esprit néfaste se produit avec éclat, le haut enseig'nement officiel reste fidèle à son orig^ine. Né sous le patronag*e de la philosophie spiritualiste , plus ou moins entaché de voltairianisme, plus ou moins hostile ou respectueux envers la relig'ion révélée, il est resté à peu près ce que l'ont fait ses premiers maîtres et ses aïeux.
Parcourez les ouvrages les plus renommés de ces professeurs éminents. Allez aux philosophes, interrogiez les littérateurs, et les historiens, consultez les philolog^ues, les léguistes et les savants spiritualistes, demandez-leur quelle est leur synthèse philosophique : d'ordinaire ils n'en ont pas, et c'est à peine s'ils s'en préoccupent. M. Ampère est le seul qui ait hasardé une classification de toutes les connaissances humaines (1). Il a échoué.
(1) Essai sur la philosophie des sciences, ou Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines.
ou LES TROIS SYNTHÈSES DOCTRINALES. 429
Rier> de moins lumineux que cet interminable catalog*ue où la multiplicité des détails secondaires fait perdre de vue les grandes lignes d'un ensemble d'ailleurs insuffisant.
Les philosophes vivent repliés sur euxmêmes, étudiant laborieusement, à la clarté de la conscience, ce moi humain dans lequel ils savent à peine reconnaître les traces de la divinité. Les littérateurs s'inspirent de cette doctrine qu'on nomme vaguement le spiritualisme, et qui, malgré certains grands côtés, ne peut échapper à l'imperfection de ses origines. Les soi-disant spiritualistes ont plutôt une sorte d'esprit commun qu'une synthèse proprement dite. Au point de vue où ils s'étaient placés, pouvaient-ils en avoir une? Ce point de vue favori, c'est la raison individuelle, c'est le moi interdisant à Dieu de se révéler dans une religion positive et trop occupé de lui-même pour se livrer à l'âpre labeur des sciences de la nature. Il résulte de là, qu'excellente aux analyses
130 l'enseignement SUPÉaiEUR,
psycholog*iques , cette école sans avenir comme sans tradition était condamnée à laisser en dehors d'elle ou dans un isolement auquel elle ne pouvait remédier, soit les sciences exactes et positives, soit la pensée et la doctrine religieuse de l'humanité.
S'il faut renoncer à trouver une synthèse dans l'école rationaliste, il n'en est pas de même dans la vraie tradition du dogme catholique. Je dis la vraie, afin qu'on ne nous objecte pas cette tradition restreinte dont se prévalent à tort certains esprits, et qui n'est souvent que la défroque doctrinale d'un siècle usé ou d'une race ayant fait son temps. La vraie tradition catholique est universelle, comme son nom l'indique, elle embrasse tous les siècles et repose tout entière sur la théologale ; or la théolog^ie est la science synthétique par excellence.
Il n'en est pas qui prenne les choses à un point de vue plus élevé, qui leur fixe une
ou LES TROIS SYNTHÈ$ES DOCTRINALES. 131
loi plus haute, un principe plus sublime et une fin plus parfaite. Rien n'échappe à la mag^nifique enverg'ure de son horizon : ni les sciences de Tordre divin , puisqu'elle est la science même de Dieu ; ni les sciences de l'ordre humain, la philosophie par conséquent, puisqu'elle les fait servir à l'explication rationnelle des mystères de Dieu ; ni «nfin les sciences de la nature, puisqu'elle voit dans toute création visible le reflet des invisibles de Dieu. Quelle est la pensée humaine, je lé demande, quelle est la doctrine qui ne soit contenue ou dans l'ordre Scientifique, ou dans l'ordre humain ^ ou dans l'ordre divin?
La théologie est donc la synthèse absolue ; elle contient toutes les autres et ne saurait être contenue par elles. A moins de se fixer volontairement d'arbitraires limites, Fenseig^nement supérieur ne doit pas l'exclure; sinon' il ne sera qu'un enseig^nement supérieur mutilé.
Or, nous l'avons établi, tous les systèmes,
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celui des positivistes, aussi bien que celui des rationalistes, chacun pour des motifs divers , mais tous de parti pris , laissent à l'écart la théolog'ie et les sciences relig'ieuses. Aucun d'eux n'embrasse la totalité du savoir, et la doctrine catholique, qu'oa croit si exclusive et si rétrécie , mérite seule , au contraire, le titre d'universelle. Nous le revendiquons pour elle, d'autant plus ardemment qu'on le méconnaît davantag^e, et que nul autre ne marque mieux la supériorité d'une doctrine.
La liberté met en présence les trois syn-' thèses que nous venons de passer en revue.
La synthèse spiritualiste est pour le moment maîtresse; elle règne dans le corps enseig»nant de l'univei'sité. Mais on l'a vue à l'œuvre : loin de satisfaire nos convictions philosophiques et relig^ieuses, elle les froisse, elle les mine; et^ d'autre part, elle est menacée par la synthèse positiviste qui, usant du prestig*e que les sciences lui confèrent, ne
00 LES TBOIS STHTBÈSES DOCTRINALES
prétend à rien moins qu'à écarter ( tualisme impuissant et timide.
La lutte est ouverte; le champ ck le pays; l'arme, les universités. Lei cisme et le positivisme vont se disput de la France.