CHAPITRE VII A PROPOS d'une. NoTB Turque
La Grèce et la Crète. — Menace de guerre. — Service rendu à la Grèce.
Le poste d'Athènes, a-t-on écrit, m'avait été conûé parce qu'il n'y avait pas grand chose à faire et que c'était nn poste de tout repos.
Avant ma nomination, il y avait au moins la question erétoise qui était une source de difficultés. A l'époque de ma nomination, on était en train de discuter le retrait des troupes internationales, et je fus invité par M. Pichon à attendre la liquidation de cette affaire spéciale avant de prendre possession de mon poste.
Les difficultés provenaient en ce moment de la décision par laquelle, le 8 octobre 1908, la Crète s'était déclarée partie intégrante du royaume hellène. Les Jeunes-Turcs, qui se refusaient à perdre même une suzeraineté nominale, étaient furieux, et le gouvernement grec affichait
âesair$ d'innocence, affirmant êlre étranger à l'attitude des Cretois.
Or, le i5 février 1910, un Grec, domicilié à cette épo» que à Paris, où il était administrateur de la société hellénique des chemins de fer et collaborateur de revues éco* nomiques, M. D. Georgiadès,me racontait avoir, la veille au soir, dans les bureaux deVAthinai, entendu répéter par M. Veniselos, appelé à Athènes et soutenu alors par ce journal qui, six mois après, devait devenir son ennemi acharné, ce que lui avait déjà avoué à Paris un ancien membre du cabinet Theotoky, M. Staïs: la démonstration Cretoise n'avait eu lieu qu'après une résistance des <]lrétois consultés et Tinsistance réitérée du gouvernement grec prescrivant, par deux fois, aux autorités deTîIe d'agir comme finalement elles le firent.
M. ïheotoky avait escompte, au point de vue de son prestige intérieur, le bénéfice d'une solution que les puissances, acculées au fait accompli sans sa participation apparente, accepteraient de guerre lasse, pensait-il, et imposeraient à la Porte. Mais les puissances devaient finalement consentir à retirer leurs trou[>es sans aller plus loio^ malgré les vives instances du président du conseil et les efforts personnels du roi poussés jusqu'à l'im* minence de son abdication.
J'arrivai en Grèce, à la fin de juillet 1909, au moment où les troupes françaises venaient de quitter la Crète.
Depuis mon arrivée, je me suis trouvé à Athènes non dans une période calme, mais dans la période la plus agitée de la Grèce moderne : velléités de guerre de la Turquie(i909) ; révolution militaire (1909-1910) ; guerre italoturque avec affaires délicates pour les neutres d'alor» en matière de visite de navire (1911-1912); agitation cré--
ÂYJLSr LA GUERRE 5^
toise (191s) ; guerre gréco-turque (fin 191a) ; changement de règne ^près assassinat du roi et guerre ayec la Bulga*^ rie (i9ï3). ^
Malgré la multiplicité des affaires les plus diverses^ f^uvent difficiles, je demande encore ici quelle est la négligence ou la faute, quel est Taccident, quel est Tincident fâcheux, qui peut m'étre attribué en cinq ans? En revanche, on sera, je l'espère, convaincu par les pages suivantes que, contrairement aux insinuations lancées, je ne recule pas devant Taetion, Tinitiative ou les respohsa» bilités. La confirmation de tout ce que je rapporterai se trouve, je le rappelle, dans la correspondance officielle de la légation aux époques envisagées.
Le ministère de M. Georges Theotoky, qui était au pouvoir lorsque je fus nommé à Athènes, venait d'en tomber lorsque j'y arrivai. Tout le monde à Paris me l'avaitrécommandé comme le meilleur, sinon le seul véritable homme d'Etat de la Grèce, et surtout comme le plus sérieusement dévoué à la cause de la France . Ah ! on était bien renseigné ; cependant on l'avait été par la camère ; mais trop souvent parmi ses protégés, comme dans la Diçine Comédie^ des aveugles deviennent guides (i).
Cetengouement du quaid'Orsay pour M.Theotoky rejaillit sur son fils, premier secrétaire à Paris, au point qu'on y considéra son déplacement comme une mauvaise fortune et qu'on m'invita à exprimer au gouvernement grec le désir de l'y garder. Orce diplomate qui chez nous cachait ses sentiments germanophiles, devait, après avoir été à Berlin l'agent le plus zélé des Gréco-Boches, démissionner^ à la fin de juin 1917, lors de la rupture des relations de la