AVANT LA GUERRE
» Il a le jugement et rexpérience voulus pour compren- <3re qu'il ne doit pas approvisionner l'armée, dont il a promis la réorganisation, avec des matériels de qualité inférieure et plus chers que d'autres, afin d'être agréable h la France dans les bras de laquelle s'est jeté le gouvernement grec, malgré la douche de M. Pichon... »
11 y a eu contre M. Veniselos président du conseil deux courants d'opposition se confondant parfois : celui des intérêts pécuniaires et celui des haines personnelles. Le premier était le plus perfide, le second le plus brutal.
Parler de partis dans le sens de groupements luttant pour des principes politiques, serait une méconnaissance absolue de la réalité : abstraction faite, en efiet, de leurs intérêts ou de leur haine, il n'y avait certainement pas, dans toute l'opposition antiveniseliste,dix hommes dignes d'être qualifiés d'hommes de parti, si ce mot implique la préoccupation prédominante de poursuivre le triomphe d'idées politiques quelconques.
' L'article qui vient d*être partiellement cité, peut être présenté comme type de^ articles de l'opposition d'af- ' faires à l'égard de M i Veniselos. On l'attaquait tout en essayant de piquer son amour-propre et de l'amener ainsi à abandonner le projet qui rognait les pots-de-vin de la bande des « Tripotiadès » — selon l'expression d'un de mes collègues du corps diplomatique — des deux sexués, car il existait des cas notoires où le mari, tenant à affecter des airs détachés, déléguait sa femme à la caisse.
On attaquait en même temps l'industrie française au profit de l'allemande ou de l'autrichienne, et on recourait, chaque fois qu'on le pouvait, aux paroles du gouvememeht finançais contrecarrant l'opinion publique grecque et, parla, de nature, pensait-on, à nous aliéner ses sympa-
thies. Indisposer la masse contre la politique extérieure de la France, nuire de la sorte en Grèce à Tinduslrie française et à ceux qui ne la boycottaient pas, tel fut le. plan suivi par la fraction la plus importante de l'opposition, parcelle qui aimait à nous attribuer comme devise le mot si juste pour elle : les affaires sont les* affaires .
Mais ce même article dont je n'ai pas reproduit les allé*^ gâtions contre un très grand établissement français, renferme aussi quelques enseignements.
Que Ton se rappelle les succès, proclamés par tous, de& fournitures d*arlillerie de l'industrie française pendant la guerre balkanique et que l'on apprécie, à cette lumière projetée par les faits, l'impartialité, peut-être en un autre sens trop éclairée, de cette majorité de commission invoquée dans Tarticle.
Que Ton réfléchisse ensuite à Tusage fait à l'étranger, contre des produits français, de certaines critiques vio-lentes formulées à la tribune parlementaire ou dans les colonnes de quelques-uns de nos journaux, et dont la propagation a quelquefois, par une curieuse incidence, porté préjudice à des amis de nos imprévoyants censeurs. L'effet obtenu n'aurait-il pas pu l'être en France, par des interventions oratoires ou par des articles d'une virulence moins sensationnelle ?
Si le mercantilisme est incontestablement réprèhensible» la préoccupation de chercher à développer les forces économiques de son pays ne l'est pas. Nul, sans pharisaïsme, ne saurait incriminer les efforts loyaux, les entreprises heureuses, sur ce terrain, dès l'instant que les intérêts publics ne souffrent pas de la poursuite, ni de l'accroissement de gains privés.
Pendant les cinq années de mon séjour en Grèce, avant
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la guerre, les succès de cet ordre furent très brillants pour la France : on'a les chiQres au ministère. N'ayant pas le goût de m*attribuer le mérite des autres, je constate que, pour la plus grande partie, les Bénéfices économiques obtenus ne provinrent pas de mon action directe. Mais le Français à qui ils lurent surtout dus, trouva auprès de moi, à uu moment où il en eut besoin, un appui efficace.
En Grèce, nous venons de le voir, on reprochait à M. Veni^elosde trop acheter en France; il se rencontra en France des gens pour Taccuser de ne nous rienaccorder. Une feuille que caractérisaient le sens très prononcé -de l'errçur et le dogmatisme ranci de quelques Paixdeloup maximalisants, osait Técrire au début de 1914 (i), après avoir attaqué M. Veniselos ; « tous les avantages économiques », disait-elle, allaient à la Triple Alliance. En re- ^^anche, trois semaines après, la môme feuille (2) professait que a la prépondérance politique de FAllemagne ï> -était « loin d'être démontrée en Turquie ».
D'ailleurs, il y a lieu de remarquer la coïncidence que, dès les débuts et pendant toute la durée du ministère de M. Veniselps, ses adversaires acharnés menaient en même temps campagne en faveur d'ennemis plus ou moins sournois de la France. Quant à moi, je puis me rendre la justice de l'avoir toujours soutenu. J'avais demandé et redemandé pour lui la grand*croix de la Légion d'honneur bien avant qu'elle lui fût donnée.
En moins de trois ans, M. Veniselos devait suffisamment transformer son pays pour le mettre à même, après les préparatifs et les ententes nécessaires, d'efïacer les souvenirs relativement récents de défaite et d'amputa-
I. Le Courrier européen, n' du a/} janvier, p. 40. a. Idem, n* du i^ février, p. 83.
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tion. Sachant être à la fois habile et loyal, conciliant et ferme, il ne fut pas dupe, avant la guerre gréco-turque,, de la^ proposition Berchtold sur l'administration de la Ma* cédoine, qui devait séduire des gouvernants français ; it ne le fut pas, après, de l'armistice conclu par les Bulgare» avec la Turquie.
Grâce à lui, la Grèce forte sur terre, sur mer et sur le terrain diplomatique de Londres et de Bucarest, put doubler son territoire et décupler son importance.
A la guerre gréco-turque et à ses succès se rattache un détail curieux. Le vaisseau amiral grec Georges Averof a été personnifié par la fantaisie populaire et est devenu « barba lorgos », l'oncle Georges assommant de sa grosse massue, ses grands canons, les pachas insolents gratifiés du nom de bateaux turcs. Ainsi s'est faite de nos jour» une création mythologique semblable à celles de^ J)euple& primitifs. ,