‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 25 sur 116 · CHAPITRE XI Pour les Intérêts Français · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Pour les Intérêts Français

' Commandes et représentants. — DiiTusion du français. -— Les écoles. — Propriété liltépaire et commerciale. — Banque d'Athènes. — Mission laïque et missions religieuses.

Ce n'était pas seulement au ministère de la Guerre que des commandes étaient obtenues ; c'était aussi dans des ^administrations civiles.

En 1910, il s'agissait d'emporter sur les Allemands, dans des conditions fort difficiles, la commande de machines pour Fimprimerie nationale grecque : j'y parvins et la maison Voirin, de Paris, m'en remercia.

Un de nos principaux établissements de produits chimiques et pharmaceutiques qui avait des chances d'enlever une très importante iournilure, renonça à se mettre sur les rangs parce qu'il faisait partie, avec les établissements similaires allemands, d'une sorte de consortium où ceux-ci se réservaient naturellement la part du lion. '

A l'instigation sans doute de ces derniers, cet établissement et un autre de Paris dépendant d'un sénateur français prirent les. mêmes représentants que les Allemands ; un Allemand fut chargé en Grèce de [leurs intérêts l J'ap- X>elai, à diverses reprises, l'attention du ministère sur ce point ; s'il agit, ce fut malhe\ireusement sans résultat.

Je consacrai tous mes efforts, et ils ne furent pas yains^

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à empêcher nos industriels et hommes d'affaires concurrents de venir s'attaquer dans la presse athénienne et de la payer pour donner le spectacle de rivalités intestines» en face d'étrangers unis et prompts à profiter des critiques plus ou moins justement formxdées, par des Français eux-mêmes, contre des maisons françaises.

La chambre de commerce d*Athènes-Pirée qui n'était à mon arrivée qu'une faç^ade, fut transformée, le 5 lévrier 191 1, grâce au concours dévoué de quelques Français, et en particulier de notre consul au Pirée à cette époque, en une organisation sérieuse.

Je réussb, non sans peine, le 20 mars 191 1, à effectuer la réorganisation, sur des bases équitables, de la société de bienfaisance française dont une société de secours mutuels tirait un peu trop les ressources à elle.

Je m'occupai de réaliser une diffusion plus grande de la langue française. Je fus un des premiers à soutenir lïdée de faire, à l'aide de l'école Giffard, et avec l'adhésion du gouvernement grec, une sorte d'écolenormaleoùles futurs instituteurs grecs pourraient apprendre le français et deviendraient capables de l'enseigner.

Je prenais l'initiative de demander, dès la première année de mon séjour, l'augmentation de la subvention de cette école et, plus tard, des fonds pour lui permettre de s'agrandir.

Toutes les écoles, laïques ou religieuses, enseignant le français, et les cours de l'Alliance française eurent toujours de moi l'appui le plus complet.

Les subventions de l'Etat dont le chiffre global était limité par le ministère, se distribuaient un peu au petit bonheur. L'utilité générale entrait moins, en -ligne de compte que les sympathies particulières pour certain^

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ordres, ou l'influence personnelle de tel ou tel consul. Je pus notamment, en 191 4, lorsque Salonique et la Crète furent sous ma direction, constater que ^e ministère répartissait les fonds sans Tombre d'une règle, sans le moindre sentiment des proportions : les établissements de Salonique et de la Crète recevaient à eux seuls beaucoup plus que tous ceux de rancienne Grèce. Ma tentative de réduction en Cr^èle et à Salonique n'aboutit qu'à un très léger relèvement en faveur de la Grèce ancienne.

Je m'étais auparavant efforcé de ramener graduellement les propositions de la légation à la mesure impartiale de l'intérêt français, sans souci déplaire à l'un plu3 qu'à l'autre.

J'ai signalé d'afiOigeantes rivalités entre maisons d'affaires françaises : j'eus ensuite le spectable de violentes polémiques publiques entre évêques catholiques, dont un seulement, il est vrai, était Français — je me rappelle qu'une des nombreuses aménités imprimées de celui-ci fut le terme plus ornithologique que liturgique de « cormoran » (i) décoché à un de ses confrères — et de querelles entre maisons religieuses françaises.

Les maristes avaient à Athènes un établissement dlnsttrucion connu sous le nom de « lycée léonin». Deux ans avan^la guerre, l'insuffisance des locaux occupés les contraignait à refuser des élèves ; aussi songèrent-ils à s'agrandir. Un plan fut dressé, et ilsentrèrenten pourparlers pour l'achat d'un terrain à Kallithea, entre Athènes et le Pha-

4, Et encore c'était un euphémisme pour faire passer avec quelque onction vinedgrée un terme populaire de dénigrement: « Le nom cormoran... vient de corbeau marin ou corbeau demér. Les Grecs appelaient ce même oiseau corbeau chauve ». Buffon, Œuvres «ompfêteSi édition de Lanessan, tome d, p. 161.

1ère. Ce terrain étant grevé d'une servitude de voirie» défense de bâtir je crois, ils [vinrent me trouver ; je les aidai de mon mieux et obtins qu'ils ne seraient en rien gênés pour leurs constructions.

Des prêtres congréganistes tenaient au Piiée une école commerciale ; ils protestèrent contre le projet des maristes. Ceux-ci eurent beau se déclarer prêts à ne pas accepter d'élèves du Pirée, à ne pas donner renseignement commercial à Kallithea, à avoir un prix de pension plus élevé que celui du Pirée, rien n'y fit. Le différend porté par les l^rêtres à Rome y fut tranché en leur faveur. Les maristes durent se mettre en quête d'un nouveau terrain, et ils venaient de l'acheter au nord d'Athènes, du côté deJPatisfeia, quand éclata la guerre.

Ils^ voulaient surtout, dans leur nouvel établissement, développer l'enseignement secondaire très défectueux, sinon inexistant, à Athènes pour déjeunes Français dont les pères avaient manifesté le regret de n'avoir pas un établissement sérieux à leur portée. De là vint le désir exprimé à la Mission laïque de la voir créer un lycée à Athènes.

On escomptait naturellement le concours de l'Etat non seulement pour une subvention une fois rétablissement fondé, mais pour contribuer aux frais de la fondation, interrogé à ce sujet par les promoteurs, je répondis que^ sïls créaient le lycée à leurs risques et périls, je proposerais avec plaisir de le subventionner dès son inauguration; je serais, au contraire, forcé d'émettre un avis défavorable si l'Etat devait se charger de sa création, afin de n'avoir aucune responsabilité dans une dépense inutile, les éléments de vie d'un établissement de ce geni^e, dont je r^cbn* naissais l'utilité pour quelques Français* n'existant pas

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alors à Athènes ; d*atlieurs, si l*Etat avait de l'argent dis* ponibie, je jugeais préférable à l'intérêt français qu'il le consacrât à Técole GifTard. Je le répétai au président de la Mission laïque,^ à M. Victor Basch lui-même, lors de son passage à Athènes.

Un des initiateurs du projet, qui voyait là un moyen de se mettre en évidence pour décrocher enfin le ruban de la Légion d'honneur, attribua ma réponse à des faiblesses cléricales. J'eus ainsi, moi qui ne me suis jamais cru iniaillible, mais qui ai toujours veillé à mettre mes actes publics et Jprivés d'accord avec mes idées, [l'occasion, en même temps que j'étais traité de sectaire par des cléricaux échauffée, d'être déclaré suspect de cléricalisme par un individu faisant soigneusement élever ses enfants dans la religion orthodoxe, affectant, sous le ministère Gounaris, de dire à tout propos : « mon ami M . Gounaris », et,. en décejnbre 191Ô, après s'être réfugié sur un bateau commb les autres Français, envoyant seul cent francs à Ta reine pour ses fourneaux économiques, afin d'être bien ^ u lorsqu'il rentrerait en ville. Or voici des chiffres.

"A mon arrivée, en 1909, le résultat des propositions auxquelles je n'avais pu encore participer, avait été des subventions de 2.800 fr. pour les établissements laïques et de 9.100 fr. pour les religieux. Le résultat, atténué par le ministère pour les premiers et relevé pour les seconds, de mes dernières propositions, en 1914» ^ut 6.100 fr. pour les laïques et 8.85o fr . pour les religieux.

Je transmis, en l'appuyant dans ma lettre n* 1181 du 18 juillet 1914» le vœu de M. Veniselos de voir fonder par la Mission laïque un lycée à la Canée où, grâce au concours qu*il lui aurait apporté, le succès était, d'après lui» assuré.

Çâ DEUXIEME PARTIE

Je favorisai de toutes mes forces, sans être aidé, ia ten* tative de création à Athènes d'un hôpital f'rançais par *les sœurs de Saint-Joseph-de-l' Apparition.

C'est à moi seul qu'est due Tidée d'amener la Grèce à conclure avec la France une conventioi;! sur la protection des œuvres théâtrales. Intrinsèquement cette convention, 4signée le 9/22 avril 1913, n'avait pas grande portée ; elle ^tait importante comme premier jalon dans un pays absolument réfractaire à la reconnaissance de la propriété littéraire. Du reste, on verra dans le chapitre JQX (p. 190- 191) que, si elle n*a pas été améliorée, c'est la faute de ces messieurs de la carrière.

De bonne heure, je songeai aussi, en matière de propriété et de bonne foi commerciales, à faire cesser l'abus de l'emploi du mot <c cognac » pour désigner l'eau-de-vie 'fabriquée en grande quantité par la Grèce pour l'exportation, surtout en Turquie. Il ne fallait pas compter à cet «égard sur la Grèce où, on s'en aperçoit vite en X5es matières de propriété littéraire ou commerciale, la notion de l'intérêt personnel l'emporte trop généralement sur celle très obscurcie du respect du droit des autres.

J'appelai l'attention du quai d'Orsay sur le fait que les exportateurs grecs avaient substitué le mot « brandy » au mot « cognac » pour leurs expéditions aux Etats-Unis, lorsque Tauthenlicité des produits et Texactitude de leur dénomination y furent contrôlées. Dans ma lettre du 3o avril 1910, je signalai la possibilité d^'amener les doua* nés ottomanes à manifester les mêmes exigences ^ue les Etats-Unis, cela aurait été la fin de l'exploitation de la marque « cognac » en Grèce. J'ignore M le quai d'Orsay iit quelque chose ; en tout cas, il ne daigna pas mlpifor-. mer des suites de ma suggestion. 11 ne daigna pas non plus

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