‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 27 sur 116 · CHAPITRE Xir AszTioN Politique · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir AszTioN Politique

Sœars, lazaristes et Israélites 4e Macédoine. — A propos dii vendhredi sain^. —Diverses mlbrmatious utiles. — Le chargé d'affaires esl aoble, ses procédés ne le sont pas; — M. Paléologpvebuigàrojpbile. — Mon philheliésisme.

Aax perfidies, basées sur la convention relative aux é€ales,âe certaios fonctionnaires de la Missicm laïque liant partie contre moi avec des clérieaux avérés et m'aceosant de eléricaUsme^ devaient s'ajouter certaines animositë^^ clérieates ayant pour origine une plainte de M . YeniseLos emitre quelques, rcligieoses françaises du nouveau territoire, notamment la supérieure de Yénidjé, qui avaient jUus de sympathie pour les Bulgares que pour les Grées : en juillet 1914» la maison de cette supérieureavait toujours pour titre a mission eatholique bulgare ». Plusieurs de ces religieuses avaient même reçu récemment une déco- Kalioii de la reine de Bulgarie.

Il n'est pas niable que la Bulgarie rencontra de très ardentes complaisances dans des milieux catholiques, eik particulier dans ceux quisonisousTinfluencedes assomptlcnKistes(i), où on avait la naïveté d'espérer du roi Ferdinand la conversion en masse des Bulgares au catholi-

i. Uft demicBi c& êtse récompeii8é& : € Un growpe de trente le- ICJno. framçaôs, de f offdre des assompiionnisiles, qui dirigeaicst à Phi&lppopolt un e(4Iége dont ht répotation était grande dans tout

lOO DEUXIÈME PARTIE

cisme sous la forme du rite uniate ; et ces milieux étaient hostiles aux Grecs,par eux jugés plusréfraclaires àla conversion but de leurs efforts (i).

J'avais proposé le changement de la supérieure en cause, bien apparentée dans un monde influent et fort soutenue par les chefs des lazaristes, personnes très graiœ au quai d'Oi'say, ce qui ne leur enlève pas, au contraire, la démaugeaison de tout régenter. J'allais encore avoir à le constater par un incident que je vais relater, quoiqu'il soit d'une époque ultérieure.

Les lazaristes avaient à Zeitenlik une propriété dont les autorités grecques de Salonique contestaient l'étendue. Je m'occupai de la question avec M. Veniselos. Les lazaristes ne voulurent ou ne purent pas soumettre à Texamen du gouvernement grec —c'était alors un ami de la France, il devait bientôt le prouver, M. Argyropoulos, qui était préfet de Salonique — des titres de propriété suffisants. Ils ne voulurent pas d'un compromis. Ils ne purent dire la valeur, à Tépoque précise de leur acquisition, de la mesure de superficie turque, le deunum qu'ils invoquaient Us avaient fini par se réclamer de la prescription.

Dans ces conditions, M. Veniselos refusa de céder déclarant, s'ils croyaient avoir raison, qu*ils n'avaient qu'à engager un procès Ces messieurs habitués aux procédés sommaires admis en Turquie, m'en voulurent de n'avoir pas réduit M. Veniselos à composition.

rOrienI, ont été expulsés parles Bulgares et sont arrivés à Bucarest. Ces reiigieuxydonl plusieurs vivent depuis vingt et trente ans en Bulgarie, où ils ont rendu les plus grands services, ont été cependant l'objet de toutes sortes de mauvais traitements de la part des Bulgares ». {Le Temps du 28 décembre igiS, 4* page, v* col.),

I. L'archevêque dont j*ai parlé tout à Theure était un assomptionniste surtout préoccupé de chiper,c*est le motju8te,leurs fidèles aux orthodoxe9i grâce à la contrefaçon des dehors de ceux-ci.

AVANT LA OUBflIUE lOI

Enfin, dans le monde Israélite de Saloniqae et de ses correspondants, on m'en avait voulu de n'avoir pas éX^ partisan de l'autonomie de Salonique. .Or, notre ambassadeur à Londres, dans une dépêche dont le ministère me donna communication, apftf*ouva entièrement ma manière de voir sur ce point.

Parce que, dans ce monde, Tusage du français est relativement fréquent par intérêt, le français élant, dans le bassin de la Méditerranée orientale, la langue étrangère la plus usitée, on s*est chez nous beaucoup illusionné sur les. sentiments de cette colonie dont les sympathies réelles, avant la guerre, allaient surtout à l'Autriche, avec laquelle ses principaux membres étaient en relations étroites d'af^ faires et en rapports de parenté.

Je. n'ai pas eu de chance avec les incidents d ordre confessionnel. Ceux dont je viens de parler et qui me valurent des rancunes vivaces, avaient au moins un fondement ; même quand il n'y en eut pas, je devais être sur la sellette.

A la fin de septembre igiS, en congé à Paris, j'eus la surprise de lire dans le Temps (i) ce qui suit :

«La circulaire de M. Baudin autorisant les navires de guerre français en rade étrangère à célébrer le vendredi saint quand ils en sont sollicités par les autorités locales, a été amenée par toute une série d'incidents dont nos agents diplomatiques ont rendu compte. On ne saurait rappeler tous ces incidents, il faut choisir entre eux ; mais aucun ne semble plus intéressant que celui survenu cette année même au Pirée, où le croiseur cuirassé français Bruix, qui faisait partie de l'escorte internationale du navire rame-

I, N' du aa septembre, 3' page, 3" cul.

liant le corps du roi Georges d« tjrfèce^ fut le seul qui ne prit pas ies marques de deuil le Tendnedi siaini. ^

» L'amiral grec avism tous les ccanmandants de TeseoTie que la marine grecque aUalts'&ssoderau deuil del' Eglise, leur demandant de faire de wème. Le^-commsadant dm. BraiXf le capitaine de vaisseau Delag«, dut objecter les règlements de la marine, pour s^absten4r de suivre l'exemple de tous les autres navires quelle que Sût leur reU^ gion. » ,

Il y a plus de quarante ans que je lis régulii^ment le Ttmp», et je n'aurais sûrement pas été, à mes frais:, un aussi fidèle lecteur, s'il avait souvent hébergé des «canards de cette en veinure.

Le bateau désigné vint bien, à l'occasion indiquée,. as Pirée, le ^27 mars i^i3; l'aimable commandant Delage, un des lîéros de l'Y^^r, qui devait être victime du torpillage du Danton en mars 19 17, déjeuna précisément à la lég^ tion le seul vendredi passé par lui dans le port, qui était le 28. Seulement ce vendredi— comme on aurait pu le vérifier aisément — n'était ni le vendredi saint catholique tombé le 21 mars^ ni le vendredi saint orthodoxe qui fut le \^/^^:Sivrû ; aurait-il été le vendredi saint, que le bateau, «n deuil pour leroi^ le serait resté ce jour4à par ce mène jnotif. Il vlj eut ni ce vendredi, ni aucun des vendredis saints, aucun incident. L'amii^al gi*ec n'eut pas à faire mie commanication à laquelle le commandant Delage fut oootrain! d'opposeï* les règlements de notre marine.

Je n'eu^ donc pas Toccaision comme agent diploifliatiqifte^ «et je n'ai jamais eu Toccasion d'adresser un rapport quel?conque, dans n'importe quel sens, sur cette matière. Cela n'empêcha pas certains Journaux de m'attaquer, sans prendre la moindre information. M. Clemenceau^ je lui reufds

AVXST LA.GUÉRSS , Io3

cette justice^ ne m'attaqum pas. Voici œ cfall^criTàit dans YÉomme libre (i) quatre ans 'après ma nomination & Athènes:

« Nous avons à Athènes un excellent misistre piënipôteaAiaire qni a nom M. Gabriel DeTille. Il nous est Tenu da socialisme et je me suis toujours félicité de sa nomination. Je serais très curieux de savoir en quels termes il a bien pu recommander la célébration du vendredi saint à s<Hi ami Pichon, (Chaque mot doit avoir son poids dans cette dépêche. J'espère qu'il nous en sera donné quelque joor communication, à moins qœ M, Gabriel Deville n*ait rien recommandé du tout »» ce qui était finalement la vërijté.

Suivant une vieille habitude qui ne doit pas encore avoir eu une demi-douzaine d'exceptions, je ne répondis rien €ft me contentai de mettre mon chef intérimaire, c^était le président du conseil M. Barthou, au coirrant de la quefh lion:

Au point de vue informations et appréciations des homfmes et des faits, je cfois avoir exactement renseigné mon gouvernement,

Dè8 1910, et à plusieurs reprises,|e puis, par exemple, ^ter mes lettres n^ ga du 9 juin et ao^ du a3 décembre 1910, I du !«• janvier et S3 du 3 mai 191:, je signalai qu'on se ti*ompait sur M. Georges Theotoky, que lui et ses anris politiques étaient, en fait, dévouée aux Allemands. Je montrai M . Georges P. Baltazzi^ son ancien ministre des Afiaires étrangères et le fiitur ministre de M. Gounaris, ne sachant pas on mot d'allemand, parlant admirablement le français, ayant de très nombreuses relations à Paris oà

!• N* du 3o septembre 1913.

il aimait à venir, et mettant ses deux fils en pension en Allemagne.

Par lettre n* aS du 2 5 janvier 1912, j'avertis que M. Georges Streit était très germanophile.

Par lettre n^ aja du 8 décembre 191 1, je rapportai ce que m'avait dit le roi Georges au sujet de l'amiral de Tirpitz décidé à nous attaquer.

Par lettre n° 892 du nj décembre 1912, je racontai uric conversation de nature à faire prévoir p&r notre gouver*nement le danger d'une guerre, dès Finstant où l'élargissement du canal de Kiel serait terminé. Dans cette même lettre, j'insistai sur Taititude que nous devions avoir à l'égard des petits Etats. Je préconisais à la fois correction et bonne grâce, tact trop mal observé avant, pendant et même après la guerre.

Un de mes télégrammes de février 191a contribua beaucoup, j'en ai l'attestation, à empêcher la réoccupation de la Crète, voulue par Londres et presque promise par Paris: encore un service important, mais oublié à Paris et à Athènes.

Je consacrai plusieurs lettres, notamment les n^ i45 du 3 octobre et i55 du 17 octobre 1910, 19 du 2 février et 27a du 8 décembre 191 1, 33 du 8 février et 267 du 1*' août 1912, aux rapports et au rapprochement progressif de la Grèce et de la Bulgarie.

Ma lettre n° 348 du 5 novembre 1912 esquissait un hàs* torique de l'entente balkanique.

Je tins le ministère au courant des; longues négociations pour un nouveau traité de commerce, entamées à Athènes avec une délégation austro-hongroise, malgré les précautions prises par les deux parties afin de ne rien laisser savoir de précis sur leurs travaux.

AVANT LA OUBRRB Io5

Je fas le premier à dire que les velléités de mariage entre le diadoque Georges et la princesse royale de Roumanie n*auraient aucune suite, quand le co^itraire était affirmé par des milieux tenus pour bien informés.

Lors 4u départ du prince royal Constantin à Tépoque de la révolution militairei lors de son retour, de sa réintégration dans les cadres et de son avènement, j'indiquai ses défauts caractéristiques : rancunier, têtu et absolutiste. Ses soldats, à cause de son entêtement et de sa taille, Tap- .pelaient « mulet d'artillerie ».

Ma lettre n° i5 du i5 janvier 191a avait prévu que seuls des succès extérieurs étaient de nature à lui rendre une popularité pouvant, lorsqu'il serait sur le trône, lui permettre peut-être de durer. Par lettres no» 5 du 6 janvier 1913 et 100 du 24 niars — il y avait six jours que son père avait été assassiné — je dénonçai son penchant à imiter le kaiser qui était son dieu, ses tendances plus favorables à rinfluence allemande qa'à l'influence française, et les idées germanophiles et austrophiles de l'entourage. ^ J'étais en France en congé, lorsque le roi Constantin, le 8 septembre igiS, laissa échapper l'expression de ses véritables sentiments. J'assistai, le ai, à l'Elysée, au déjeuner où il essaya de rattraper ses paroles de Berlin, et je conflrm&i à M . le président de la République les renseignements qu'il avait, de source privée, sur la passion du roi pour Guillaume II.

En octobre, à mon retour à Athènes, en parcourant la correspondance reçue et expédiée par le chargé d'affaires pendant mon absence, je vis que le quai d'Orsay avait déclaré ne pas s'expliquer l'attitude du roi de Grèce ; ce à 4jiiôi le chargé d'affaires — c'était le secrétaire dont il est parlé à la fin du chapitre précédent — avait osé répondre

io6 ' ismjxxàum partue

«Q mgretbant qae le ministère n'eût ^s été mis, 'dtéjà. de^is phisieiirs mois^ .au coarant de la sitoatîon exposée par lui dans deux lettres^ Taoe de la fin d^aoikt, et Taatre du début de septembre. Aiatrement-dit, ii msifmait que j'étais tout au moms coupable d'ooiMSton. »

Or, dans sa lettre de la fin d'août, il Tépétait ce q<n aTait été écrit au sujet du manque de sympatMe du roi pour noire missipQ militaire, dès le i5 janvier ^912, dans' ma lettre n<^'i5 et, au sujet de son cabinet militaire, cUrns celle du 24 mars igiS, c'est-à-dire depuis plusieurs mois. La minute de cette dernière lettre, inspirée et comgée par moi, avait été faite exceptiona^eîtement par l'attaché qui expédia celle du chargé d'affaires. Peu après, celui-ei m'*écrivait une lettre très aimable, je l'ai conservée, où il «e Ûattait d'avoir agi d'accord avec moi et sollicitait, en conséquence, mon concours pour appuyer son opinion au ministère.

Voilé, n'est ce pas, de nobles procédés. Quant à sa lettre du début de septembre, elle mentionnait, parmi tes difficultés du moment, à la suite d'une conversation avec M. Veniselos, quelques expressions un peu fortes sur le •compte du roi, attribuées au général Eydoux. ,

Danis l'étonnementde l'attitude du roi manifesté par le q^Kii d'Orsay au chargé d'affaires, sans qu'on m'en parlât à Paris, y eut-il ignorance de mes dépêches, négligemîe ou désir de nuire, je ne sais. Mais, par ma lettre ne* 35^ du a5 octobre TgiS, je rappelai mes avertissements et je reveiMQs sur ce point dans celle n^ 22 du 26 janvier 1914 o^ notamment, je rqwussais tout parti pris sentimental de philhellénisme. Je savais^ en effet, que l'on commençait à me ciitiquer ■; onme reprochait d'être € trop phiibeilèiie a^

Je n^avais pas eu l'heur de plaire au ministère vers

XVAST LA OCTftBE I07

la fia de la ^oerre gréco-^serbe contre 1a Bulgarie.

ÂH débat de juillet 2913, j'avais appi'écté défavorablement la démarche russe en vue de la cessation des hosti* Utés, démarche an profit des Bulgares battus.

Peu de jours après, à la suite d'une communication sur une initiative de la France de reparler de médiation des gracndes puissances pour fixer les conditions de paix, ce <pii était le vcefs de la Bulgarie, je me permettais de montrer le$ incoHTénients d'une telle initiative de nature à nuire à notre influence à Athènes.

^ EUe mécontentait M. Vemselos, le pays, le roi ; et la France était seule â agir en dehors de la Russie déjà appuyée par nous pour la cessation des hostilités.

Mon collègue anglais ne recevait aucune instruction de ce genre ; T Allemand non plus, et il prodiguait, au con«tr aire, au gouvernement grec ses mamours jésuitiques ; ritaiien était invité par son gouvernement à parler, mais prenait sur lui de n'en rien faire*

Cette situation qu'aussitôt je juge inutilement désavantageuse pour nous, le quai d'Orsay la nie, M. Romanos« allègue t-il, ne § 'exp];imant pas en ce sens.

Je réplique en rappelant un article de la Hestia auquel ie Temps (1) avait cru devoir consaci'er son bulletin, et une récente interview de M. Theotoky. Riposte du quai d'Orsay : le résultat redouté par moi ne s'accorde pas du tout^a-vec ses intentions — j'avais visé les actes et non les intentions — et la ratification par les puissances de la pro^ chaine répartition territoriale était, d'ailleurs, inévitable*

Gela devait être aussi « inévitable )>^ à la fin de la guerre balkanique, que la nullité de la partie solennellement déci-

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