CHAPITRE XIV M. Yeniselos et la Serbie
M. Veniselos et la Roumanie. — Mémoire au roi. — Histoire de ao.ooo obus. — Démission de M. Veniselos.
A M. Veniselos qui s'était ofiert sans conditions et n'avait pas été accepté, à M. Veniselos à qui nous n'eûmes jamais — on a vu pourquoi dans le chapitre précédent — à parler de cession territoriale à la Bulgarie, nous eûmes à demander son concours pour la Serbie» Le 3 décembre 1914, le 24 janvier et le i5 février 1916, trois tentatives d^e notre part pour l'amener à envoyer les forces grecques au secours de la Serbie, échouèrent. Il serait cependant injuste de s'en tenir à cette simple constatation de fait et je dois, pour être équitable à l'égard de M. Veniselos, indiquer dans quelles circonstances ses refus se produisirent.
M. Veniselos n'avait pas oublie son offre dumois d'août et, au mois d'octobre, il se déclarait prêta collaborer avec les Bulgares, si ceux-ci se décidaient à se ranger du côté de la Russie. Mais, en attendant cette décision, sa méfiance persistait à leur endroit et motivait son refus d'entrer en ligne.
Toutefois ce refus n'était pas absolu ; il devait disparaître si nous pouvions obtenir, en même temps que le concours de la Grèce, celui de la Roumanie l'aidant, en particulier, à tenir la Bulgarie en respect. L'appoint de
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dix mille, hommes de troupes franco-anglaises qui lui fut offert à cet effet fin janvier, était trop insullisant à ses yeux et à ceux de Tétat-major grec (i).
Je me souviens que, sur la demande du président, je priai le général Pap, de passage en ce moment à Athènes, d'écouter sur ce point la démonstration du colonel Metaxas, alors chef de l'état-major. M. Veniselos fut présent avec moi et resta convaincu que le contingent proposé était trop faible et qu'il fallait la collaboration de la Roumanie.
11 ne nous laissait pas faire seuls des démarches en ce sens à Bucarest ; il en faisait lui-même. La politique du gouvernement roumain fut, dans les débuts, une politique d'un égoïsme étroitement exclusif (a). On songea à des accroissements territoriaux excessifs pour soi-même, tout en se préoccupant de limiter le plus possible ceux de la Bulgarie et de 1^ Serbie. Le fait pour là Roumanie d'avoir
1. Si, je le tiens de lai-même, Briand a préconisé, dès le i" janvier 1915, renvoi à Salonique de forces militaires très importantes véritablement chargées de coopérer avec les troupes serbes, il a eu une idée excellente. L'idée était mauvaise, s*il s'agissait réellement d'occuper pour la Bulgarie, jusqu'à la paix, les territoires amis convoités par elle.
2. M. Bratiano a attendu, voulant être habile et jouer à coup sûr ; mais le succès ne devait pas justifier son retard à agir. On lisait dans Ze Temps du. 4 septembre 1916 (2* page, i'* col.):
« VEvening News reproduit un mot significatif de M. Bratiano.
» Au cours d'une conversation avec un|diplomate, le premier ministre a dit : a Si j'entraîne mon pays dans la guerre aux côtés des alliés, c'est que j'aurais acquis la certitude que la victoire est ■dix fois assurée, car je ne risquerai jamais l'existence de ma patrie dans une aventure. »
Sur la politique de M. Bratiano à cette époque, lire les déclara« tions de M. Filipesco, reproduites par le Temps du 3i octobre igiS {a* page, i" col.), qui confirment, en l'aggravant, ce que je dirai tout à l'heure.
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été frappée par les plus terribles infortunes pendant lesquelles elle^devait faire preuve d'abnégation et de courage^ ne doit pas empêcher de dire la vérité.
J'eus Toccasion, lorsqu'ils se rendaient,en Italie et en France, de causer à Athènes avec les deux députés roumains Georges Diamandy, un ancien ami socialiste mort depuis, fi^re du ministre brutalement expulsé de Petrcw grad,^t le docteur Istrati,, décédé en France après avoir fait partie du cabinet roumain, de ce qu'anibitionnait M. Bratiano.
La légation roumaine à ^thènes ne pouvait être une aide. Le ministre Filodor que j avais connu chel da cabinet du président du conseil Sturdza, était correct,, quels, que fussent ses sentiments personnels, très sucré,, trop même à Ten croire; et surtout préoccupé du niveau,, périodiquement calculé, qu'atteignait» dans son organisme» cet édulcorant si mesuré à la plupart durant cette guerre. Sa femme était ^fille d'un conservateur germanophile, Arion, du genre Carp ; fort loin d'être muette, elle réservait à « la pauvre Allemagne » toute l'abondance de ses apitoiements. Le principal secrétaire était au moins à double face ; remarqué pour son grand amour du costume militaire pendant la paix, il manifesta un amour encore bien plus grand du costume invariablement civil pendant la guerre.
L'attaché militaire, le commandant d'état-major Graineceano, fut surpris, après l'entrée en campagne de la' Roumanie, à porter de lourdes valises dans la maison où se réunissaient à Athènes les individus occupés au ravitaillementjdes sous-marins allemands. Arrêté par la police de l'Entente et gardé à; lai légation d'Angleterre, il fut
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relâché sur la prière de soa ministre qui promit son «pro* chain départ (i).
Lorsque M. Guillemin vint, en mai 1916, préparer son lit à Athènes, il poussa l'amabilité jusqu'à se présenter déjà à tout le corps diplomatique. Je l'engageai à se méfier du militaire roumain, en qui mes collègues et moi n'avions pas été longs à deviner un ennemi.
— Vous me surprenez, me dit-il, en homme sûr de son flair, après avoir déjeuné avec le personnage à la légation , de Roumanie. J'espère qu'il n'aura pas attendu l'incident ci-dessus résumé, pour s'apercevoir que nous ne nous étions pas trompés.
Vers le milieu de novembre, M. Veniselos informait - M. Bratiano que, si là crainte seule de la Bulgarie empêchait la Roumanie de se joindre à l'Entente, la Grèce s'engageait à la contenir, le cas écbéant, sous réserve de la coopération à cette œuvre d'une centaine de mille Roumains sur la frontière roumano-bulgare . Par ma lettre Tx9 à83 du 24 décembre 1914» j'envoyai à notre ministère le texte d'un télégramme du ministre de Grèce à Bucarest» en date du n/20 novembre, avertissant M.* Veniselos que M. Bratiano, loin de songer à suivre la voie dans laquelle M. Veniselos était disposé à entrer avec la Roumanie, méditait de prévenir l'extension bulgare en Thrace en poussant la Serbie à faire les concessions de nature à contenter la Bulgarie, et n'entendait pas participer à des mesures de coercition contre celle-ci ; il devait persister dans cette politique de mauvais ménagements .
Ce n'est pas, j'ai à peine besoin de le dire, par M. Veni-