I . Le Temps du 25 septembre 1916, a' page, a* col
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selos, homme d^une grande correction, que mes collègues de TEntente et moi eûmes connaissance, soit de ce document, soit de quelques autres transmis à nos gouvernements sans que cela, du reste, ait servi à grand chose. N'étant pas favorable, pour d^uniques raisons d'objectivité positive, aux fantaisies bulgarophiles, je devais déjà être déclaré incapable par les éminents adeptes du doigt dans l'œil, et on devait dédaigner mes communications.
C'est par mon collègue de Serbie que j^ai eu certains , documents. Très dévoué à son pays, d'allures simples, fréquentant tous les milieux et très habile, Balougdjitch était un socialiste et avait eu autrefois, à ce titre, l'occasion de correspondre avec moi .
A l'çpoque de -ce télégramme du ministre de Grèce à Bucarest, M. Veniselos était opposé non seulement à des ( oncessions de la Grèce à la Bulgarie mais encore à certaines concessions des Serbes aux Bulgares, et cela au point de vue de la défense de la Grèce. -,
Toutefois, malgré ses refus de concours en faveur de la Serbie, s'il était seul à donner ce concours, il était tellement convaincu delanécessité de sauver la Serbie, il était tellement persuadé de l'importance vitale de notre cause et désireux d'être à nos côtés, qu'il en arriva intérieurement à tous les sacrifices.
Par lettre du 6 février igiS, j'envoyais le texte — obtenu grâce au ministre de Serbie — d'un télégramme de M. Veniselos au ministre de Grèce à Bucarest, en date du 12/25 janvier, et la réponse de M. Bratiano., Le président du conseil, toujours prêt à participer avec la Roumanie à la défense de la Serbie, acceptait que celle-ci fit des concessions dont précédemment il ne voulait pas entendre parler, si ces concessions pouvaient . assurer
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Tapput OU» tout aa moins, la neutralité de la Bulgarie. M. Bratiano, lui, continua à professer son hostilité pour toute combinaison pouvant avoir une pointe contre les Bulgares. Il se dit heureux que M. Veniselos n'élevât plus d'objections contre asrtaines-concessions des Serbes. Il se montra inj-uste et mal disposé à leur égard.
M. Veniselos avait fait cela sans nous prévenirj sans s'en vanter auprès de nous ; nous l'avons appris à son insu. Il l'avait fait par devoir de conscience. De même il pensa, on ne Ta su qu'après sa chute et par rindiscrétion première de ses successeurs el ennemis voulant lui nuire, à Tabandon, dans certaines conditions, de Kavala, toujours dans le but d'essayer de contenter et d'entraîner des gens malheureusement insatiables.
Par la suite, journalistes et diplomates de l'Entente ont beaucoup trop oublié, au risque justifié de porter un énorme préjudice à l'influence de M. Veniselos en Grèce au profit de ses adversaires et des nôtres, comment et quand s'était présentée à son esprit Tliypothèse de l'abandon de Kavala ; ils transformèrent en intention ferme une possibilité d'adhésion conditionnelle. Voici un extrait du mémoire remis au roi, après la promesse à lui faite, en janvier, parElliot, au nom de la Grande-Bretagne sachant encore une fois agir seule, d'importantes cessions territoriales en Asie-Mineure, si la Grèce secourait la Serbie. On pourra juger de la perspicace lo^^auté de l'homme d'Etat qui, dans un document secret réservé au roi. ne mettait pas un instant en doute les obligations de la Grèce à l'égard de la Serbie. Il débutait, en elFet, en constatant ^ les^ engagements pris envers elle » et continuait ainsi : „ .
« Aujourd'hui, nous sommes invités à prendre part à
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*1a gaerre, en échan^ de compeasations qui feront la ^Grèce grande et paissante.
m Pour obtenir ces compensations, nous devons affronter des dangers qui, du reste, subsisteraient lùêmesi nous nous ne faisions pas la guerre.
» Si nous permettons que la Serbie soit éci*asée par les Austro-Allemands, nous n'avons pas la certitude que ;ceux-ci ne descendront pas à Salonique.
» Si r Autriche se contente d'occuper la Serbie, rien ne prouve qu'elle n'invitera pas la Bulgarie à occuper la ' J^Iacédoine, et quelle serait notre situation ? Il nous faudrait aller au secours de la Serbie dans des conditions ^lutrement défavorables que les conditions aetuèlles .
» Nous devons rechercher la coopération de la Rouma- ; «lie et aussi celle de la Bulgarie. Cette coopération assurerait la victoire des alliés. . ,
» Pour la réussite de ce projet, je crois que des concessions importantes doivent être faites àla Bulgarie.
m Nous devons, avant tout, retirer nos objections à des concessions territoriales des Serbes à la Bulgarie, même sicesconcessions s'étendent à la rive droite du Vardar. ^
» Si cela ne suffisait pas, je conseillerais, quelque donloureux que ce soit, de sacrifier Kavala pour sauver l'hellénisme en Turquie et assurer la création d'une Grèce vraiunent grande, comprenant tous les pays où rhellënisme <îxerça son action durant les longs siècles de son histoire.
» Pourtant, ce sacrifice ne serait pas consenti comme prix de la neutralité de la Bulgarie, mais comme compensation pour la participation active de la Bulgarie à la guerre aux côtés des alliés...
» Comme compensation partielle pour nos concessions^ «t si la Bulgarie s'étenii au delà du Vardar, nous deman-
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derons qae le secteur Doiran-Guevgueli nous soit concédé, afia que noas acquérions au [nord une frontière importante en compensation de*la perte considérable quo nous subirions à Test. »
M. Veniselos s*étant heurté au refus de coopération de la part de la Roumanie, cela entraîna son refus du 8 février au ministre de Serbie et son dernier, du iS, à Elliot et à moi,lors de notre troisième tentative pour la participa* tion armée de k* Grèce.
En dehors de cette participation, tout ce qu'il pat faire pour la Serbie, il le Ût. En revanche, nous avons vu depuis un gouvernement grec, laalgré les prières de mon si habile successeur, refuser de laisser passer Tarmée serbe reconstituée; c'est tout de môme une différence entre mon époque et la suivante.
Datis la première quinzaine de novembre 1914» ^ ^ne de nos réunions quotidiennes, le ministre de Serbie arriva les larmes aux yeux. C^était au moment de la grande attaqua autrichienne ; les Serbes avaient dû, sous le feu de l'artillerie ennemie, retourner leurs 'pièces de 76 et s'en aller pour tenter au moins de les sauver, [n'ayant plus un obus à mettre dedans. '
Déjà nous avions connu, avant qu'elle fût à ce point, cette pénurie de munitions. J'avais télégraphié aûn de savoir si nous aurions des obus disponibles pour la Serbie ; il n'y en avait malheureusementpas et on n'envisageait la possibilité de lui en céder qu'aune époque assez éloignée. De son côté, l'état-major grec, peu sympathique è la cause de la Serbie, refusait de se démunir de son approvisionnement, invoquant l'intérêt national.
C'est moi qui eus alors une idée. 11 s'agissait d'un minimum de vingt mille obus. Je dis à mes collègues : Je pro*
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pose de télégraphier toul de suite à Paris et de deinandev si on s'engagerait, à Tépoque envisagée comme possible^ à envoyer ving^ mille obus à la Grèce, sous la condition que celle-ci livrât immédiatement la même quantité à la Serbie. Je suis persuadé que, si on m'autorise à prendre un.engagement ferme envers M. Veniselos pour désarmer Félat-major, il consentira et aura raison des résistances de ce dernier.
C'était un mercredi ; nous attendions* un bateau de» Messageries Maritimes le lundi matin ou le mardi au plus^ tard. J'offrais de le retenir, si c'était nécessaire, jusqu'à ce que le chargement fût achevé. Mes collègues acceptèrent mon idée, et les choses se passèrent comme Je l'avais supposé .
Londresaverti par mon collègue anglais en même temps que jfe télégraphiais à Paris, répondit avant Paris en approuvant. EUiot parla aussitôt à M. Yeniselos qui vit le roi, obtint son consentement et, sans même que j'eusse la réponse de Paris, au risque d'un travail inutile, fît heureusement commencer les préparatifs, emballage des vingt mille obus, transport au Pirée, chargement sur des mahonnes pour gagner du temps loi's de l'embarquement. Tout marcha à souhait et fut prêt quand arrivèrent presque simultanément, l'acceptation de Paris et le bateau, que je n'eus pas besoin de retenir. Des mesures de débarquement et de réexpédition rapides furent prises à Salonique par M. Veniselos et Je ministre de Serbie, un train spécial préparé .
Une semaine après le désastre, les vingt mille obus étaient 1^-bas ; des soldats serbes se mettaient à genoux et se signaient devant les wagons comme devant leurs icônes ; la lutte reprit, et on sait avec quel entrain les
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Serbes obligèrent les Autrichiens à s*en aller plus vit& qu'ils n'étaient venus.
En sus de ce prêt de munitions, M. Veniselos facilita toujours, de toutes les manières, le ravitaillement serbe par Salonique, malgré les réclamations du ministre autrichien, auxquelles il répondait en arguant des conventions existantes entre la Grèce et la Serbie.
Les refas de participation armée formulés par lui ne^ l'empêchaient pas de chercher à entraîner le roi de notre côté. J'ai cité tout à l'heure un extrait d'un de ses mémoires au roi pour le convertir. Des conseils de couronne furent réunis et, le 5 mars igiS, après le dernier de ces conseils, M. Veniselos convoqua, vers les huit heures du soir, Demidofî et moi à la légation d'Angleterre. Il nous exposa ce qui s'était passé, nous exprima l'espoir d'avoir réussi et nous expliqua ce qu'il allait faire. 11 envisageait tout d'abord le concours de la Grèce contre la Turquie.
A ce môme moment, je conseillai au quai d'Orsay d'agir à l^etrograd, afin d'amener la Russie à admettre la présence des Gfrecs et des Bulgares lors de l'entrée à Constantinople, imminente de l'avis de tous. '
La Russie tsariste dont, dès le début de novembre 191 4, je condamnais Terreur, a beaucoup poussé la Serbie et la Grèce à accorder à la Bulgarie des concessions territoriales importantes ;.eUe ne leur donna pas l'exemple .de pareils sacrifices . Durant la première guerre balkanique, elle s'opposait à laisser Andrinople à ses chers Bulgares ; quand elle y consentit, elle n'eut pas le bénéfice de cet acte, parce que subsistait le souvenir et le mécontentement du premier.
Au début de 191 5, à ses très chers Bulgares que les^ autres devaient, d'après elle, s'empresser de satisfaire,,
^lle refasa^it la satisfaction de participer à l'entrée solen-^ nelleà Constaptinople. Ainsi les intentions peu favorables de la Russie en ce qui dépendait d'elle, devenaient trop favorables aux Bulgares dès qu'il s'agissait de leur faire céder par d'autres.
M. Veniselos donc espérait : il lui restait quelques illusions sur le roi et il négligeait trop la chambre à coucher, « ces douze pieds carrés qui, d'après Richelieu, donnent plus d'embarras que l'Europe». Comme le dit, le soir môme', la femme d'un très haut fonctionnaire en apprenant que M. Veniselos avait grand espoir : « Qu'il prenne garnie, il y a encore la nuit », Le lendemain, en effet, le roi se prononçait contre- la politique proposée, et M. Veniselios donnait sa démission, ne voulant pas en faire une autre.
Peut-être la chute de M. Veniselos n'eut-elle pas, aux yeux de certains dirigeants de 'la Triple Entente, à Petro- ^rad et à Paris en particulier, la gravité qu'elle avait en réalité (i). Peut-être leur aveuglement alla- t-il mêmejusqu'à -éprouver quelque plaisii* d'un événement qui les libérait d'uiï engagement pris pari* Angleterre, en septembre I9i4> au sujet de concessions territoriales à la Bulgarie.
J'étais pour ma part depuis longtemps, comme je l'écrivais notamoient dans ma lettre n" aa du 26 janvier 1914
I. ce. Qu'on nous dise pourquoi la diplomatie de i'Entenlè a affecté -de considérer comme un simple incident de la politique intérieure grecque la chute de M. Veniselos, renversé le 5 mars, par le roi, -contre le gré de la majorité parlementaire » {Le Temp»^ du 3o août 1917, bulletin).
« Est-tu fâché pour de bon avec ton roi... ou bien fais-tu semblant d'être lâché ?» demandait, avec une familiarité plus platement vulgaire que désobligeamment perspicace, à M, Veniselos, en qui il voyait « l'Ulysse crétois », le- rédacteur en chef de la Guerre Sociale (xx' du 8 mars igiS).
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j'ai toujours été d'avis que le maintien de M. Veniselos au pouvoir était pour nous d'un intérêt capital (i).
L'intervention du roi était préjudiciable à la Grèce, défavorable à TEnte^te bien vue par nos ennemis. Mais, devait dire M. Veniselos dans une interview accordée, en mars 1917, à l'envoyé spécial de l'agence Havas (q), elle «pouvait être considérée comme constitutionnelle, tout au moins quant à la forme, car un désaccord ayant surgi entre la politique royale et la mienne, on pouvait estimer, les dernières élections remontant à troi^ années et la nouvelle Grèce n'étant pas encore représentée au sein du Parlement, on pouvait estimer, dis-je, qu'il appartenait au pays de décider. Il m'était loisible de regretter ^ette procédure et même de la trouver nuisible, mais je n'avais pas le droit de me révolter. Le parti libéral n'abandonna point pour cela la lutte. ))^
i.-S'il fallait le soutenir dans la mesure de nos moyens, nous devions, en conséquence, éviter de contribuer à indisposer contre lui une opinion publique aveuglément passionnée en certaines matières. Aussi n'avais-je pas hé*ité, au risque de mécontenter des personnages intluenta et d'être attaqué par eux, à me prononcer contre un projet risquant, un peu avant la guerre, de remettre sur le lapis la question de la langue réelle dite démotique .et de la langue littéraire artificielle, source de conflits stupides mais dangereux.
- 2. J'aurai à citer à diverses reprises ce très intéressant document, et j'avertis une fois pour toutes que j'emprunte mes citaiiuns à la feuille de l'agence de 21 h. /j5 du mardi i3 mars 1917.