CHAPITRE XVÏl Rappel et Calomnies
Celui qui a eu des complaisances |pour la cour, — Victime de» bulgarophilés. — MensoDges variés. — J^annouce mon départ» — Refus du grand cordon.
Mon rappel avait été décidé le i8 juillet, avant, par conséquent, la communication du 3 août qui n'en obtint pas pour cela une meilleure réponse.
A cet égard, abstraction faite de ma situation personnelle, je ne regrette pas que M. Delcassé ait, à mon détriment, chercbé à plaire en Grèce à un parti bostile à la France. S'il ne l'avait pas fait, il se serait trouvé de bonnes âmes pour prétendre que, de ce refus, provenaient les mauvaises dispositions de la cour grecque à notre endroit : or celles-ci se sont, non pas atténuées, mais, au contraire, accrues après mon départ.
Lors de ma conversation, le 24 août, avec M. Delcassé, je revins sur l'argument dont il s'était servi et, pour décider si mon autorité aurait ou non été atteinte par mon maintien à Athènes, je l'invitai à consulter M. Veniselos. Il me répondit, avec un petit air de noli me tangere: « Ne faisons pas intervenir lés étrangers dans nosaflaires. »
Après avoir décliné mon invitation à prendre l'avis de M. Veniselos. M. Delcassé ajoutait que M. ]Gounaris s'était, d'ailleurs, plaint, en outre, de la rareté de mes visites.
lA PREMIÈRE ANNÉB l6l
M. Gounarîs, président du conseil, pourrai^-je très valablement opposer, n'a pris le portefeuHie des Affaires étrangères qu'à la fin de juillet, postérieurement aux élections, c'est-à-dire à une époque où ses jours étaient comptés : j'avais, avant cette époque, à voirie titulaire de ce portefeuille, M. Zographos, et je l'avais vu assez souvent, étant données nos bonnes relations personnelles ; je m'étais, en outre, comme beaucoup de mes collègues, plusieurs fois rendu auprès du secrétaire général du ministère, avec lequel la perte de temps était moins grande. Je pourrais invoquer mon travail — et nulle des personnes renseignées sur la légation ne pourra nier la réalité de ce travail — qui ne me permettait guère les pertes de temps. Je préfère dire tout de suite que, même eii l'absence de ces motifs réels, j'aurais intentionnellement raréfié mes contacts avec M. Gounaris.
Il y eut, c'est parfaitement exact, une différence dans mes rapports tels qu'ils avaient été avec M. Veniselos, et tels qu'ils furent avec M. Gounaris. Nous n'avions, je crois, aucun intérêt à manifester à des adversaires une condes- ■fcendance qui pouvait leur sei»vir, sans nous être le moins du monde utile, au contraire. Je fis les visites d'usage et m'en tins là, sauf les cas dé nécessité, estimant prudent avec ce cabinet de traiter les affaires par écrit.
Cela n'empêcha pas de m' attribuer une. attitude diamétralement opposée à la mienne. Quand c'est au chef du ministère cher à la cour que je dois mon rappel, d'impudents calomniateurs me déclarèrent trop inféodé à cette cour, et en particulier au parti de la reine, pour avoir aveale gouvernement grec le ton nécessaire. On écrivit, pour le plaisir d*une méchante antithèse, que le monar- ^ chiste Cochin avait dû être chargé de parler au roi comme
l6a TROISièMR PARTIE '
le socialisto Devîlle n'avait pas osé le faire, faussant ainsi à la lois et le rôle de M. Gochin et le mien.
En effet, plainte a été portée contre moi et mon remplacement pi'ovoqué par le Gounaris aimé du roi, et cç fait aurait de la peine à passer pour un signe de sentiments amicaux entre nous. Or, M, Gochin retour de Grèce, et avant la mise en sommeil de son titre de citoyen d'Athènes , défendait le roi (i), croyait à ses sympathiques tendances et estimait que les soupçons formulés contre Constantin provenaient de l*esprit de parti, très violent, alléguait^il, chez les Grecs.
Il se refusait, en conséquence, à adopter Jes jugements de M. Veniselos et de ses amis ; mais il admettait comme parole d'Evangile l'opinion à lui soufflée par quelque ancien correspondant ou ami d'Athènes, peut-être celui qu'on voit, dans Y Illustration {ql)^ à côté de lui, sortir de l'hôtel de la Grande-Bretagne, theotolnste d'autrefois, jésuite du jour, préoccupé de ruiner auprès d'un ministre d'Etat de la République française le crédit de M. Veniselos, et sachant substituer, à une franche manifestation de sa haine, des perfidies à apparences impartiales. Si cette influence et l'amabilité du roi ont agi sur la façon de penser du monarchiste Cochin, elles n'avaient eu aucune action sur le socialiste De ville.
Les mêmes qui ont incriminé mes soi-disant ménagements, ont loué du reste mon successeur dont on verra plus loin (page 198), acte et paroles attentionnés.
D'ailleui*s, M. Delcassé, dans notre entretien du a4 août
1. « Le roi Constantin n*est pas un pro-germaîn à mon idée »» (interview donnée par M. Ck)chin, le iig novembre 1915» à Messiae,. au correspondant du DaUy Mail) .