N» du II décembre 1915, page
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1915, à mon retour, me le laissa entendre, il ne s'agissait pas seulement, par mon remplacement, de plaire à M. Gounaris ; jil s'agissait, en outre, de satisfaire les animosités de tous les acharnés à suivre une politique bulgaropbileet à traiter d'incapable celui qui, n'ayant pas leur capacité dlUusion, avait l'audace dé discuter le produit de leur vaniteuse infaillibilité .
M. Delcassé me critiqua, d'abord, très courtoisement pour avoir été partisan de la cession de Kavala à la Grèce; il se vanta de l'avoir combattue Je toutes ses forces, persistant à la regarder comme une faute. Il épilogua ensuite sur mon scepticisme au sujet des bonnes dispositions de la Bulgarie pour T Entente, souriant lorsque je lui répétais qu'il n'aurait pas la Bulgarie. Plus d'un mois après, suivant le témoignage de M. Joseph Reinach rapporte dans le chapitre XX (page 218, note), il croyait encore à celle-ci.
Selon lui, avant tout il fallait vaincre et la concei)tion de gagner coûte que coûte la Bulgarie avait pour elle « la raison et la logique » ; la Bulgarie ne commettrait pas la sottise de refuser les avantagea offerts, il était parfaitement renseigné là-dessus.
— La raison et la logique, lui dis je, sont, monsieur le ministre, des arguments valables pour ce que nous tirons de nous-mêmes ; je ne les conteste certes pas en pareille matière, et je me borne à me placer sur le terrain des faits. Je n'ai pas puisé mes objections dans ce qui me paraît bon ou mauvais, mais uniquement dans la réalité, et la fiéalité manifeste est que vous n'aurez pas les Bulgares.
Ils ont été trop nombreux à la tête des affaires de l'Entente ceux qui ont confondu les créations de leur imagiaation avec la réalité ; après avoir pris pour elle leurs conceptions sans fondements, leur amour-propre primant
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tout les a empêchés de reconnaître leur errepr, malgré la gravité de ses conséquences.
Il est triste d*ôtre obligé de descendre deabureaux d'iîne légation à l'ofB je par des calomniateurs qui, à l'opposé de Uuy Blas, n'ont, dans des situations élevées, que des bassesses d'espritf, des âmes de valets malpropres, et je dois répondre à certains reproches grotesques, par exemple à celui d'avoir à Athènes lait mon marché moim$me, quand la vérité est que ni moi, ni personne de ma famille ne Ty avons fait ? Si ce n'était pas la stricte vérité, y^ ne le dirais pas ; car, à mes yeux, il n y alà absolument rien de déshonorant. Mais il né s'est rien proluit de nature à justifier ce racontar inventé par quelque piètre cervelle combinant à doses égales4a sottise et la méchanceté.
Une seule chose très dénaturée a pu susciter l'idée d'un pareil mensonge. Il m*est arrivé d*oftrir à des persodnes quittant Athènes, des boîtes de fruits glacés. Bien souvent, pressé de les avoir en me rendant auprès des personnes sur le point de partir, je suis allé les acheter et les ai emportées moi même^ au grand étonnement, les premières lois, du confiseur à qui, faisant allusion à Télrange fierté de ses compatriotes, je répondais : En France, nous ne nous croyons pas humiliés pour avoir été vus avec un paquet.
D'autres se sont bornés à rabâcher que je ne recevais pas assez. J'ai, et je puis le prouver avec des chiftres.précis, dépensé à ce sujet plus que je n'ai touclié, tout en évitant, je ne m'en défends pas, les prodigalités d'un faste ruineux. De novembre à fin avril, il y avait, chaque semaine, à la légation déjeuner ou dîner où étaient invités le personnel des légations, les hauts fonctionnaires et les notabilités hellènes, les membres de la commission fînan-
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cière, de l'école, française, de la mission militaire, du clergé catholique (i) et de la colonie française, cela sans compter lesi réceptions supplémenlaires pour des Français de passage, pou^ nos marins, etc.
Mais il n*y eut pas d'insertion dans les journaux chaque fois que je recevais ; je ne jugeai pas à propos de faire télcgrapïiier mes réceptions ; je refusai môme de laisser voir les salles à des journalistes qui Pavaient demandé et ne leur envoyai jamais le menu Or, pour beaucoup, semble-t-îl, ce <î*^i n'est pas l'objet d une réclame tapageuse n'existe pas.
Le monde n'a jamais manqué à mes réceptions. Les invitations étaient môme sollicitées. Lors du bal donné^ le i" décembre 191 3, à Tocca^iion de la visite des escadres française et anglaise, un richissime Grec de Paris oui avait jugé bon d'ignorer le chemin de la légation et ('existence du ministre de France me fit, et il ne fut pas le seul, sans visite ni démarche personnelle, exprimer à trois reprises son très vif désir d'assister à la soirée. J'aurais dû, pensait-il certainement, être flalté par cette demande. Je refusai cependant de l'agréer, ayant parfaitement conscience que je me faisais là un bon ami, mais ne pouvant
I. Pour faire plaisir à mon personnel clérical, j'invitai avec les prêtres, le secrétaire, l'attaché militaire et leur collègue en cléricalisme et en réaction, noire délégué à la commission financière, M. Taigriy. Or, le secrçtaire connaissant les goiits de celui-ci, lui dit à son entrée dans le bureau : « Dépêchez-vous, il y a déjà de belles jîipes ». M. Taîgny se hâte d'arranger monocle et moustache, se redresse et vient se présenter en vainqueur. A la vue des pcêtres et religieux, il eut une rougeur de dépit et un mouvement de recul qui faillit compromettre la fixité habituelle du monocle Quand le sang-froid lui revint, son cléricalisme lorgna de haut les fonctionnaires si diniés de la religion ; son aménité pour eux. variait évidemment en raison directe de la distance qui les séparait.
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admettre la désinvolture de ces richards qtd se rattrapent de leur obséquiosité près des princes en prétendant se conduire en maîtres partout ailleurs .
Puisque j'en suis . au chapitre des invitations, Toiei un "peUï fait dfe nature à prouver la perfidie, la mauvaise foi de gens mal intentionnés, mais trop écoutés . *^
Le général Pau est venu à deux reprises, février et avril igi5, à Athènes. J'ai faitpour lui ce que j'ai pu. Il a tenu à m'en exprimer ses remerciements en termes très élogieux en m offrant aimablement sa photographie. Il a déjeuné ou dîné plusieurs. fois à la légation, et j'ai quelque honte à devoir constater cette chose si naturelle qae» toutes les fois, il était mon invité. Or, à en croire un télégramme du correspondant du Temps (i) renseigné cependant par une invitation personnelle, ce fut le général qui offrit un grand dîner à la légation. M. Bertrand vint ensuite s'enquérir si je désirais une rectification, je lui répondis négativement.
Sans vanité, mais conscient de remploi des moyens fournis, je souhaite a l'Etat d'avoir toujours affaire ii des agents aussi scrupuleux, aussi soigneux de ses intérêts et de son bien que je l'ai été. On peut étudier le coût de ma gestion et comparer. En I9i3, après les obsèques du roi Georges, pour lesquelles vint à Athènes une mission extraordinaire dirigée par M. Jonnart, le département m'offrit le remboursement de dépenses imprévues faites à cette occasion ; je le remerciai et n'acceptai pas, considérant qu'elles rentraient dans la catégorie des frais de r^résentation.
A notre époque, c'est par préjugé de snob qu'on exa-