‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 45 sur 116 · I. N* du 17 février igiS, a* page, 6* col · texte numérisé non relu

I. N* du 17 février igiS, a* page, 6* col

LA PIIKMIBRS ANNBB^ 16;;

gère les avanlageB pour tui pays des gros crédits à aiTecter à ces frais et des fortes dépenses roondaines de ses représentants. Les étrangers profitent de celles-ci sans en avoir gré. N'a-t on p'aç entendu une très grande dame dire : a Je n'ai aucune reconnaissance h avoir des fêtes données; ils sont payés pour ça ». On n*est pas le plus influent parce qu*on festoie le plus.

Je terminerai ce chapitre en racontant comment j'ai quitté le roi.

Après ma demande, provoquée, de mise à la disposition, j'appris, le sS juillet, par un télégramme de Tagence Havas à Tagence d'Athènes, que la chose était faite. Le 12 août, un télégramme du département se bornait à me prescrire Tenvoi de linventaire, mon successeur désirant savoir sur quels objets d'ameublement il pouvait ou non compter et déterminer, d'après cet état, ses achats à Paris. Le département oubliait qu'il possédait le double de Tin* ventaire; je le lui signalai et il dut le retrouver, car, le lendemain, il m'annonçait l'arrivée de M. Guillemîn leaS.

Ne recevant aucun éclaircissement, aucune information «n ce q«i me concernait personnellement, je télégraphiai, le 4» «11 sujet de mon départ subordonné à la question de Ja remise de mes lettres de rappel. Devais-je ou non les attendre ? On daigna, sur cette interrogation, m*avertir que mes lettres de rappel seraient remises par mon suceesseur, et que mon départ pourrait avoir lieu par le bateau du i5 août qui, le retard étant alors normal, fut exceptiénBellement en avance de vingt-quatre heures.

Dans ces condftifms, une audience du roi encore souffrant n^était pas indispensable. Je ne^voijlus pas, d'ailleurs, m^xposer h un refus, et voici le texte (Te ma lettre

l68 TROISIÈME PAETIE

aa président du conseil, alors ministre des Affaires étrangères, M. Gounaris.

« Athènes, le s4Ju^Uet/6aot\t igiS.

» Monsieur le président,

» Le gouvernement de la République venant de mettre fin à la mission que j'avais Thonneur de ren^)lir auprès de Sa Majesté le Roi, J*ai recours à l'obligeance de Voire Excellence pour porter cette information à la connaissance de Sa Majesté et L'aviser que mes lettres de rap^I . Lui seront remises par mon successeur.

» Sa Majesté n'étant pas encore complètement rétablie de Sa grave maladie, je crains de La déranger en prenant . l'initiative - de solliciter une audience de congé; mais je me tiens à Sa disposition pour le cas où Elle jugerait pouvoir me l'accorder avant mon départ qui aura vraisemblablement lieu dans huit à dix jours.

» Veuillez agréer, monsieur le président, avec mes remerciements, les assurances de ma plus haute considération.

» G. beville. »

Notre 10 août, j étais prévenu que le roi me recevrait fe surlendemain la à Tatoï ; il comptait me remettrei c^èst^ rhabitude, les insignes du grand cordon de rord£eg|ee&. Or je n'en voulais pas.

Je vis mon collègue d'Angleterre, qui était le doyen, et lui dis : Le roi me reçoit après-demain ; or je ne veux rien de lui; je ne veux absolument pas leur graold cordon. Mais je tiens à éviter autant que possible tout affront de ma part, tout bruit à ce sujet ; ce n'est pas po^r moi unç question de réclame. Voulez-vou^ vous charger de prévenir Gounaris, de façon que le grand cordon ne me soit

LA FBBMt&RB ANNÉE 169

pas offert ? Car, s'il m'était offert d*une manière ou d'une autre, je le refuserais. -

ËUiot accepta et alla aussitôt chez M. Gounaris. Celuici, paraît-il, eut l'air froissé et dit seulement à ËUiot : « Puis-je annoncer à Sa Majesté que c'est vous qui vous êtes chargé de cette communication ? » — Parfaitement, répondit EUibt, et ce fut Uni;

Le lendemain, je demandai l'autorisation de me faire accompagner à Taioî par le secrétaire, M. Jaunez, qui allait être chargé des affaires pendant u)ie semaine, pour le présenter au roi. La réponse fut affirmative. Le jeudi matin la, une demi-heure à peine avant le moment de partir jiourTatoï, une lettre officie^e me prévenait qu'une indisposition subite du roi lempèchait de me recevoir ce jour-là, sans fixer une nouvelle date.

J'avais parlé de mon refus du grand cordon à ËUiot parce que j'avais besoin de son intermédiaire. Je n'en avais pas soufflé mot, malgré nos excellents rapports, à mes autres coUègues. Or, le suir du la, à noire réunion quotidienne, Demidoff raconta : « Ils sont furieux après vous, il parait que vous avez refusé le grand cordon » .

Je lui demandai de qui ilie tenait: « Du prince Nicolas, répondit-il, qui m'a fait observer que vous aviez déjà un grand cordon de Roumanie et que votre refus ne venait donc pas d'un refus syatématiqiie de toute décoration ».

Entre parenthèses, tout délégué français à la Commission du Danube reçoit ce gr^nd cordon de la Roumanie en s'en allant.

— r Ma foi, dis- je à Demidoff, ËUiot peut vous renseigner encore mieux que moi sur la façon dont la chose s'est passée. Je n'en avais parlé qu'à lui, mais c'est vrai et, pour la première fois, je trouve une utiliié à un gi'and

I^O TROISIÉMB PARTIK

cordoQ. Je sub heureax qoe celoi-cd ait donné toute sa valeur à mon refus de l'autre.

Le veodredi i3, j'allai prendre congé de M. Gounaris etaccréditer Jaunez. Je ne m'inscrivis pas ebez les princes qui, on Ta vu chapitre P', s'étaient abstenus le i4 juillet. Asrant Tarrivécle 2^ août, de mon successeur, H. Venise* los, comme conséquence normale des élections qui avaient eu lieu en juin, était revenu au pouvoir : il avait prÇté serment, avec les membres de son cabinet, le a3.

Et voici — tout commentaire serait superflu — son témoignage sur la situation à cette époque :

<( Nous avions sondé le terrain et nous nous étions aperçus que les résultats de la propagande allemande, . dirigée par le baron Schenck et patronnée — je dois» hélas ! le dire — par la reine et par le roi, ne permettaient pas encore à ce dernier de jeter le gant à la face de Topinion publique. La couronne a même estimé qu'il était dan<^ gereux de ne pas m'appeler au pouvoir » (i).

I. Discours dû ^6 août 1917 à la Ghatnbre des députés» d'après 1^ traduction autorisée de M. Léon Maccas publiée' sous ce titre ; Cinq ans d*histoir€ grecqne,p. 4^.

Page 1