‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 46 sur 116 · CHAPITRE XVIll Propagande · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll Propagande

J'économise Targ^nt de la France. — Dépenses inutiles. — Le Iravailde MM. Braquet et Fougères. — L'agence télégraphique et le Messager d'Athènes, — Ce qu'il fallait faire.

Je n^aipas eu, pour la propagande, et je li*aîpa$ sollicité uncenlime de crédit. De mon fait, la propagande ou ce qu'on appelle ainsi, n'a rien coûté, sans rendre par là défavorable pour nous 1^ comparaison de la situation avant et après mon départ, cependant de fortes dépenses lurent laites dèsxë moment ; si la France n'y a rien gagné, certaines gens, il est vrai, n'y ont pas perdu.

Comme M . Delcassé , à propos de mon économie, s'écriait : « Vous savez bien que vous auriez obtentt tout ce que vous auriez demandé y>, je lui répondis :

— Oui, monsieur le ministre, mais j'ai précisément tenu à ne pas demander de l'argent qui n'aurait profité moralement, si on peut dire, qu'à moi et matériellement qu'aux subventionnés.

Rentré à Athènes le lo, je prenais spontanément, avant le ]5 août, Tinitiative de faire, dès son arrivée, chaque matin, tii*er plusieurs exemplaires du communiqué laissé, toute la journée, à la légation sur une table munie de ce qu il fallait pour écrire, à la disposition de tous, journalistes ou autres, librement admis à le lire et à le copier. Un des exemplaires était immédiatement porté à l'agence

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d'Athènes qui^ dans cette ville, et d*iine manière encore plus répandue, joue le rôle des agences dlnformations à Paris ; il était reproduit par elle dans une de ses premières feuilles, et publié en grec le jour même par les journaux du soir nolamuient la Ilestia, où les journaux du matin n'avaient qu a le couper.

A la suite de quelques retards dans là tra^nsmission télégia.pliique ou /(le communiqués exceptionnellement longs, il arriva que le temp* manqua aux journaux du soir pour la traduction le jour même. Cet .inconvénient, connu, le nombre îles excmi)iaires fut aup^menlé, afin d'en livrer un, tous les matins, à chaque journal du soir, dispensé désormais de la copie à la légalionou de Tatlente de la feuille de l'agence.

L'Allemagne distribuant des fpnds, des. jouî-ualistes grecs supposèrent que laJFrance faisait de même et vinrent ouvertement solliciter la rétribution de leurs insertions du communique pendant le mois précédent. Leur ayant, sans y gagner leurs louymges, refusé ce payement, ils s'imaginèrent tout simplement que je mettais dans la poche l'argent destiné à leur être distribué ; d'où des plaintes sur mon compte à dos confrères fraj.nçais passant à Athènes, prompts à attaquer un compatriote pour plaire à des étrangcîrs ; d'où des articles comme celui d'au monsieur à nom de chanteur, dans un journal du Midi, sous le titre « Un scandale ». - '

Tout le monde comprendra combien il m'auiait été utile de détenir des subventions et d'en gratifier ces journalistes. J'aurais eu ainsi, sans qu'il m'en coûtât rien, des éloges au lieu de critiques. A tort ou à raison, je m'honore de n'avoir pas jeté l'argent de la France par les fenêtres, même en temps de guerre. Et, quand je prétends

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que cela n*a étépournous la cause d*aiicune infériorité, il n'y a pas à cet égard à se livrer en Grèce à des suppositions plus on moins bien fondées, il y a eu des faits.

!^l y a eu, dans les circonstances les plus graves et les plus défavorables pour nous -^ échec aux Dardanelles, maladie du roi, ministère hostile — des élections générales. Une très forte majorité d'électeurs a prouvé que les sympathies pour la France n'avaient pas diminué. Nous n'avons éprouvé une réelle délaite qu'en un point, sait-on où ? A Sàlonique, où,, sans avoir même pris mon avis et sans passer par moi, on subventionnait journaux, elc. Èe résultat, je le fis observer à M. Delcassé, démontrait Titiutilité de ces dépenses.

— Vous ne prétendez cependant pas, me répondit-il en riant, que c'est à cause d elles que nous avons 'été battus.

— Non, monsieur le minisire, lui dis-je, mais vous auriez pu, passez-moi le mot, être battu à l'œil.

Quand on parlait en France de propagande dans les pays étrangers, on était trop porté, à mon sens, à s'imaginer que c'était là surtout une question d'argent (i). On a, par exemple, envoyé des quantités de brochures ; nous les avons distribuées le mieux possible. On en a envoyé, pendant toute Tannée 1916 où le papier était rare et cher, des monceaux. Cela put faire le jeu d'éditeurs ou d'auteurs, "ûiais c'est tout.

Un sôus-directeur, passé depuis directeur, du ministère, M. Herbettè à qui, avant son échec aux élections législatives de 1914» Ijes têtes tournantes du spiritisme avaient

I. a L'argent ne compte pas pour nos administrations; on le jette par les fenêtres avec une inconscience déconcertante... Le remède est facile à trouver : pour toute faute commise, des sanctions, des punitions » (lettre de M. Emmanuel Brousse au Temps^ xC du a6 février 1917, 1" page, a* col.).

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promis la présiilence de là République et interdit, sans doute, en attendant, la résidence à Tétranger, par qui les échelons de la hiérarchie sont gravis avec^ une agilité comparable seulement à celle si bizarrement exceptionnelle de M. Dutasta, m'écrivit officiellement pour quémander, dès son apparition, la propagation d'une brochure due à sa plume, d'habitude beaucoup moins empressée — voir (page 190) l'affaire de la convention sur les œuvres théâtrales — dans les affaires de service.

Parce qu'ils ont fait remuer des ballots de papier, les directeurs delà susdite propagande se sont figuré avoir accompli une œuvre magistrale. Je soutiens, sans généraliser le moins du monde, en me limitant strictement à la Grèce, que la vulgarisation dé certaines publications, loin de nous être utile, nous a été nuisible.

Ce fut le cas des rapports sur les atrocités allemandes. Peu lus en français, ces rapports furent résumés dans la presse amie et ne diminuèrent pas les sympathies pour nous, certes, mais engendrèrent un sentiment de peur, d'horreur, qu'il fut très aisé à tout le monde de constater.

— Nous vous aimons beaucoup, avait-on l'air de dii'e ; c'est abominable et nous vous plaignons de tout notre cœur ; mais pour nous exposer à de pareilles monstruosités, jamais.

En résumé, ces publications n'engageaient pas à l'action; elles ne donnaient aux irrésolus aucune envie de 'participer à la lutte.

, On a parlé des « conférences publiques de l'attaché militaire allemand » (i). Il y a en, en effet, des conférences de ce dernier, seulement elles n'étaient pas publique et ne s'adressaient qu'à un groupement relativement restreint 1. V Homme enchaîné du 18 mai 1915, 1" page, i* coL

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d*officters et de çarsonnages jugés décoratifs, mais d'un tempérament de valet : Je me souyiens d'avoir vu et en* tendu, dans la salle à manger du cercle, le président du cercle athénien, le général Soutzo, mari de la grande maltresse de la cour, féliciter le major de Falkenliausenau sujet de Tune d'elles.

J'engageai cependant notre attaché militaire, le lieutenant-colonel Braquet, véhément ennemi des faveurs ou des avancements prétendus tels pour les autres, allant très vite pour son propre compte, quoique ne pratiquant plus l'équitation que sur lés ronds de'cuir, devenu colonel sur place, puis général, après un séjour d'une huitaine de mois en France sans avoir combattu et sans compter une promotion dans la Légion d'honneur, à faire, lui aussi, des Ci^nférences à des officiers grecs, dans une salle de notre école Giifard. Il me répondit: « on verra», et « on » n'avait pas encore ce vu » quand je suis parti.

Je transmis, fin avril 191 5, son offre de traduction en grec et de publi^càtion du rapport n<> 10 sur la guerre. L'offre fut acceptée. De ce travail pour lequel il avait la collaboration de M. Fougères, directeur de l'école française (i), rien n'avait encore paru en août.

I. D'une façon générale, les membres de notre Ecole d'Athènes sônl hantés de la crainte d'être confondus avec les guides de Cook; c'est, étant donnés leur mérites universellement reconnus, une susceptibilité aussi incompréhensible qu'enracinée. Des notabilités françaises m'ont quelquefois sollicité de les faire accompagner à l'Acropole par un membre de l'Ecole ; mais, connaissant la sensibilîlé maladive de ces messieurs, je crois bien n'avoir fait que deux fois appel à leur concours: en 191 3 pour M. Jonnart, en 1916 pour le général Pau. Prévenu de cet état d'esprit par le secrétaire de la légation, je m'abstins de toute demande personnelle et n'ai trouvé de complaisance réelle que cher, un membre étranger de l'école, un Belge, ayant échappé à la maladie presque générale du milieu.

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Ce fut sans doute la hâte d'agip de ces deux compères et autreé astres ou sousastres, ,qui les rendit si sévères pour Faction des autres. Un des plus grands soucis du colonel Braquet fut de soustraire ses rapports officiels à ma coûnaissance, tandis qu'il utilisait pour le deuxième bureau . ou pour des communications pai^ticulières à des collègues du ministère de la Guerre, tous les renseignements delà légation (i).

Je passe au Messager d'Athènes. Ce journal français appartenait à une Française qui a passé toute sa vie en Grèce, où elle est née d'une mère grecque et d'un père français, Mlle Jeanne Stephanopoli. Cette Française était eu même temps directrice de Tngence télégraphique correspondante à Athènes des grandes agences Ha vas, Reuter, Wolff, etc., subventionnée par le gouvernement.

à l'enflure du sentiment de sa supériorité. Jamais néanmoins ils ne firent en vain appel à mon obligeance. J'autorisai, par exemple, l'un d'eux à consulter, pour un travail historique, les archives de la légation du début du xix* siècle.

I. C'était un professionnel tout spécialementr compétent; il avait été un des collaborateurs du général LafTon de Ladébat à l'étatmajor de l'armée. Or, lorsque, au début de la guerre, on parla des pièces allemandes de 420, il se montra incrédule et sourit de ceilx qui ne Tétaient pas. Je le vois encore chercher un mètre sur les tables du secrétariat, afin de placer feous nos yeux la longueur exacte de 4^ centimètres comparée à la largeur de son corps, qui n'est pas bien grande, et de nous prouver ainsi Tinvraiserablance de pièces d'un tel diamètre. Il était, en revanche, d'uD€ crédulité touchante en affirmant le soi-disant truquage d'un wagon prêt à point nommé pour prendre, photographier et remettre en place le fameux bordereau annoté de la main du kaiser.

A la même ép(»que, après la violation delà Belgique, il. déclarait ne rien comprendre à l'acheminement de corps français vers la frontière belge. Au courant de notre mobilisation à laquelle il se vantait d'avoir utilement travaillé, il ne pouvait admettre un pareil changement de ses beaux plans sans suspecter une criminelle « pensée politique » de notre gouvernement républicain.

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Mlle StephaoopoU a rendu de vrais services à la cause française. Je demandai ponr elle les palmes académiques, je ne pus les obtenir» en dépit d,e mes instances ; or elle désirait tout de suite la Légion d'hçnnour, d*où mécontentement.

Le baron de Schenck chercha, peu après Tarrivée au pouvoir de M. Gounaris, à Téliminer de la direction de l'agence, pour la remplacer par un M. Parren. Celui-ci avait déjà, quelques années auparavant, enlevé ce poste au père de Mlle Stepbanopoli. Un de mes prédécesseurs avait eu Uidée de lui faire oètroyer le ruban de la Légion d'honneur; sa iemme légitime était vice-présidente d*une société de jsecours aux familles des blessés, fondée et pré* sidée par la reine, et il était en relations intimes avec les propriétaires et directrices du Scrip, journal hostile à FEntente. En fonciiou contre nous, ce Gréco^Boche était, deux ans après, déclaré « un fort aimable homme » par un journaliste français dans un journal français (i).

Au risque d'être accusé d'une réelle immixtion dans les affaires intérieures, je ne voulus pas laisser sacrifier une Française dévouée» sans faire une démarche pour elle. Je vis plusieurs fois M. Zographos et, à cause de nos bons rapports personnels, malgré l'insistance en sens contraire de Tentourage de la reine, auquel on a eu Taudace de me .prétendre inféodé, le ministre me promit que rien ne serait changé en xgiS»

Grâce à moi, Mlle Stephanopoli ne fut pas révoquée, comme le réclamaient dea gens très puissants, M. Slreit, par exemple, croisé un jour dans Tescalier du ministère venant précisément de pousser à la révocation que j'allais

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