I. Le Petit Parisien du 19 juin 1917, i" page, 6* col
à mon tour tenter d*empêcher. Elle connut, en dehors de moi, ce qne j'avais fait et obtenu pour elle, et m'en remercia. Cela ne l'empêcha pas de m'en vouloir un peu pour sa décoration manquée et pour celle qu'elle ambitionnait, beaucoup pour autre chose.
Quand elle transforma spn journal hebdomadaire en joumaV quotidien, elle m'interrogea au sujet d'une subvention du gouvernement français. Je lui répondis sans détours que je n'étais pas partisan d'entrer dans cette voie. Mlle Stephanopoli dont j'ai proclamé les mérites, est encore plus grecque que française; c'est une passionnée douée d'une confiance en soi peu maniable. Dans des questions comme celle de Kavala, elle oublie toute autre considération et, je l'écris à sa louange, ce n'est pas une subvention qui atténuerait sa violence justifiée ou non. Elle était très utile à la tète de l'agence télégraphique; elle Test très peu à la tête d'un journal acheté par ceux qui ne savent j»as le grec, mais sans influence dans le pays même.
Tout au moins un peu mécontente, elle fit solliciter la subvention par d'autres personnes, notamment, je crois, par Henri Turot. Le ministère me demanda mon avis. Je lui développai les considérations précédentes, ajoutant toutefois que ^i, en principe, on était décidé à subventionner, je n'avais pas d'objection à formuler, au point de vue personnel, contre la directrice du Messager éC Athènes,
Or, un jour, Mlle Stephanopoli vint à la légation ; elle me raconta avoir reçu une lettre de Paris contenant ces mots textuels : « méfiez-vous de votre ministre » et exagérant ce que j'avais écrit au ministère. Je ne sais pas qui m'a dénoncé à Mlle Stephanopoli Je ne sais pas qui a commis l'indiscrétion au ministère, tout en ayant des soup-
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çons sur deux personnes. Mais comment apprécier un pareil procédé? Pense-t-on faciliter la franchise des agents donnant confidentiellement leur opinion provoquée, en commettant des incorrections de nature à leur susciter des ennemie?
Pourvu que la direction n'en fût pas aux mains d*un adversaire déclaré ou soumois^l'agence télégraphique dont J'ai parlé, aurait pu servir efficacement notre propagande ; il suffisait de la mieux utiliser. Mes indications sur un meilleur service de l'agence Havas n'eurent pas d'effet durable.
Si l'agence Havas, dans ses télégrammes quotidiens, ne pouvait pas, pécuniairement parlant, dépasser un nombre déterminé de mots,elle aurait pu employer celui- •ci avec plus de discernement. Par exemple, au lieu de résumer le communiqué directement envoyé à la légation, elle aurait pu transmettre un choix de renseignements que j'avais précisés. Mais, pour être bien fait, ce choix exigeait un petit travail intellectuel qui n'a intéressé, semble-t-il,' ni l'agence Havas, ni, à son défaut, le ministère.
Voilà pour la qualité. Quant à la quantité, puisque ràgence Havas était limitée, le ministère, si empressé par ailleurs à verser de l'argent à tort et à travers, n'avait qu'à lui offi:»ir de payer les suppléments. Cette dépense n'aurait peut-être pas été plus forte et, en tout cas, aurait mieux valu au point de vue général, que celle consacrée à rétribuer les brochures de tels éditeurs ou auteui'^, qui, même bien faftes, étaient en Grèce absolument sans résultats pour nous.
Tous les renseignements ou documents immédiats et inédits pouvant profiter à notre cause et desservir celle
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de nos ennemis, télégraphiés intégralement ou en extraits, auraient été reproduits par tous les journaux avides de nouveautés. C'eût été un excellent moyen de bonne propagande. Lorsque renseignements ou documents arrivaient par le bateau, il était trop tard ; et les journaux grecs ont refusé de reproduire, d'après les feuilles étrangères vieilles de pljasieurs jours, ce qu'ils auraient accepté avec empressement expédié tout frais par Tagence.
Au lieu de s'entendre ainsi avec l'agence Havas, le ministère compta beaucoup sur la télégraphie sans fil. Or, et je Ten prévins, sauf, à la suite de réclamations réitérées, trois ou quatre exceptions sans durée, les nouvelles transmises de la sorte étaient accaparées par le bureau récepteur dépendant du ministère grec de la Marine, qui en refusait communication à l'agence d'Athènes.
Néanmoins^ la meilleure de toutes les propagandes eût consisté à tenir fermement la main k Texécution des traités et à l'exercice des droits définis par eux. On aurait été fidèle à notre attitude générale; on aurait fait preuTe» envers le roi de Grèce, d'une vigueur qui, seule, pouvait contrebalancer son penchant pour le kaiser ; on aurait favorablement impressionné la masse grecque et nul, le jour où elle aurait constat^ que la force était du côté où allaient d'elles-mêmes ses sympathies, n'eût pu obtenir d'elle le sacrifice de celles-ci. ^
Exiger le respect du traité conclu avec la Serbie, notre alliée, user plus tard, le cas échéant, des droits consacrés par le traité de i863, telle était la ligne à suivre, en ne versant de l'argent qu'à bon escient et en montrant, àl'égard de la cour, de l'énergie en place de faiblesse.
Mais, pour pouvoir, au lieu de se borner aune demande
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pure et simple» exiger sans injustice rapplication du traité avec la Serbie, là première chose était de ne pas rêver à l'annulation da traité de Bucarest et de couper court, par une offre de collaboration militaire suffisante, auxcraintes justifiéeâ deM. Veniselos sur les intentions des Bulgares. II ne fallait pas se laisser entraîner li courtiser ceux-ci, au détriment de ceux dont on pouvait avoir le concours.
C'est Torientation de notre politique dans les Balkans qui pouvait faire le plus pour notre propagande» C'est Torientation adoptée qui nous a le plus nui : nous nous sommes révélés faibles au bénéfice de nos véritablesennemis, les Bulgares d'un côté, et leurs futurs complices, les Gréco«Boches d'Athènes, de l'autre.