‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 48 sur 116 · CHAPITRE XIX Au Quai d'Orsay · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX Au Quai d'Orsay

M. de Schenck. ^ Espions. — Sous-marins. — Contrebande. — Lettres sans réponse. — Cinéma Palhé. — Convention littéraire. — Maroc. — Cliio. — Mission Turot. — Maladie du roi. — Le secrétaire du prince Christophe.

L'organisateur de la propagande allemande, le baron de Schenck, est connu aujourd'hui de tous. Sa dépense à Athènes atteignait une moyenne mensuelle de 40.000 fr. pour le service courant simplement. 11 y était depuis le mois d'août 1914. Dans le courant de ce mois, je reçus la visite d'un ancien officier français devenu le représentant du Creusot à Bucarest, qui rentrait en France en qualité, d'officier de réserve. C'est par lui que j'entendiè, pour la première foig, prononcer le nom de Schenck.

Il me dit avoir fait, avec cet individu, représentant de Krupp, le voyage de Bucarest à Athènes. Je ne sais ce qrfil y vient faire, ajouta-t-il, mais, s'il y reste, c'est certainement pour quelque chose de malpropre; j'ai un dossier sur lui et, si vous en aviez besoin, je le mettrais à votre disposition.

Je me rappelai cette offre, lorsque je vis Schenck à l'œuvre à Athènes. J'écrivis, à diverses reprises, à Paris, donnant le nom de l'officier, indiquant son ancienne qualité de représentant du Creusot. On ne m'a jamais répondu. L'officier a-t-il été recherché, a-t-on eu le dossier, ne

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l'a-t-on pas eu? Le principal iatéressé, c'était, il me semble, moi, n*ea a jamais rien su, ne sait encore rien sauf que cet oflicier est vivant. Est-ce le bon moyen de faciliter la tâche des agents ?

Il y eut à Athènes un autre agent allemand officielle* ment chargé de mission, muni de passeport spécial du grand quartier général et, déjà avant la guerre, venu une fois en Grèce comme journaliste, un nommé Gustave Tschentscher. Sachant qu*il n'était pas à demeure à Athènes, je me tins au courant de ses faits et gestes et élégraphiai lors de son départ. Ce fut par un officier de marine, vu par hasard, que j'appris le succès de ma démarche et rarrestation en novembre du personnage.

J'ai signalé à temps le nom et l'adresse en France d^une femme à la solde de Schenck;.on la laissa échapper. Lorsqu'elle revint à Athènes, on me pria de prévenir quand elle en repartirait, reconnaissant qu'elle se livrait* à l'espionnage. On aurait mieux fait d'apporter un peu plus de zèle à la prendre tout de suite.

J'ai indiqué d'autres personnes très suspectes, sans jamais recevoir une information sur ce qui était advenu.

Durant la cinquième semaine de 1915, je dénonçai par télégramme une fabrique allemande de faux passeports aux Etats-Unis. J'ignore le compte qu'on en tint au minis- -tère, mais iâ chose depuis fut confirmée.

J'ai déjà noté (page 118) mon information d'août T9i4au sujet du Gœben eidn 5re5ta«, De bonne heure, je prévins de l'arrivée à Constantino pie d'officiers allemands et de l'envoi imminent de sous-marins dans la Méditerranée. Je crains qu'à l'époque on, ne se soit contenté d'en, sourire.

La question des sous-marins ennemis en dehors des côtes de TAn^eterre, a mis une fois de plus en évidence

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le danger da seeptieisaie, fuioéant peur tout ee qui if est pas Taine paperasserÎ4), des milieux dits «onjpélentis .

Lorsque je x>arlai, tout «a début, du danger possible des sous-marins allemands "dans la Méditerranée, des hommes de métier déclarèrent que c^était du bluff.

La présence de sous-marins (i) ne pouvant plus être niée, les mômes professionnels se moquèrent de ceux qui préconisaient une surveillance spéciale v^rs Gibraltar. Avec abondance de détails techniques, ils démoiîlraient I l'impossibilité pour les Allemands d'envoyer des sousmarins dans la Méditeuranée par TAllantique.

Quand l'Allemagne annonça qu'elle allait intensi&er la guerre sous-marine, ceux qui ont, chez nous, avec le monopole de s'y connaître, les décisions à prendï-e, nous tranquillisèrent; T Allemagne, objectaient-ils, ne pourrait pas avoir le nombre de sous-marins nécessaires,

Jeprétends, non certes que rien ne fut fait, mais que' tout ce qui aurait pu l'être ne le fut pas. La preuve que les mesures prises furent insuffisantes, c'est la tenue à Londres, en janvier 1917, d'une conférehce chargée d'élaborer et de concerter entre les alliés les mesures qui au-

I. ËQ juin ou juillet 1915, les paquebots des Messageries qui transportaient munitions, etc., pour nos troupes, à Moudros, faisaient, entre ie Pirée et ce point, deux, peut-être trois escales, Salonique par exemple, où nous n'avions pas de troupes aîors, et Dédéagaich. A ce moment où la menace des sous-marins était sérieuse, je pris sur moi, malgré l'agent des Messageries qui tenait à demander préalablement Taulorisation de la compagnie, d'ordonner à deux paquebots au moins d'aller directement du Pirée à Moudros et de ne faire les escales qu'au retour après déchargement des approvisionnements eldcs passagers de guerre. Consultée; la compagnie donna son approbation; mais '^ai peutêtre évité des pertes que rendait faciles un Itinéraire connu et. fragmenté. En tout cas, il n'y eut pas d'accident de mon temps.

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raient dû être appliquées depuis longtemps. Dans les menaces allemandes, on fut trop long à s'en apercevoir, il y eut plus de cynisme que de bluff.

Au point de vue de la contrebande, on constaterait mon activité en s'informant auprès des amiraux du nombre.de mes télégrammes. La plupart d'entre eux ont été, d'ailleurs, inutiles, à cause des ménagements dont bénéficièrent les bateaux italiens pendant la neutralité de ritalie. '

Ensuite, la mer futr partagée, pour la surveillance, entre les Anglais et les Français. IjC secteur français s'étendait A des îles loin d'Athènes et, d'accord avec l'amiral, j'invitai nos consuls, afin de gagner du temps, à lui transmettre dîrectement\leiY*s informations. Toutes celles touchant le secteur anglais étaient, chaque soir, remises par moi au ministre d'Angleterre.

Pour que nos consuls communiquassent avec l'amiral, il leur fallait le chiffre de la marine. C'est là une de ces choses qu^on ne devrait pas avoir à demander, et Paris ^n'aurait pas dû oublier de les en munir.

J'écrivis à ce sujet, lettre du 9 février I9i5, je télégraphiai au début de juillet, — dans rintervalle la demande avait été, à ma connaissance, renouvelée par l'attaché militaire et par l'amiral — je récrivais le 20 juillet, lettre n*" i65, la question devenant de plus en plus urgente à cause dès sous-marins. Quand je suis parti le 14 août, Janina, Patras et Vdlo, deux ports sur les trois postes, ne ■ l'avaient pas encore reçu.

' Toujours à cause des sous-marins, étant donnée l'utilité de renseignements rapides et relativement secrets, sur la suggestion de nôtre consul à la Ganée, je demandai télégraphiquement, à la fin de juillet, que, même les agents

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consulaires, o'est-à-dire des agents n'appartenant pas à la carrière et le plus souvent étrangers, fussent pourvus d'un chiffre. Comme on ne choisit pas, pour bases de rayitaillcment, les lieux les plus fréquentés, ce sont ces agents qui ont le plus souvent chance de se trouver dans les environs des localités utilisées. S'ils doivent télégraphier en clair, il y a une foule d'inconvénients faciles à deviner ; s'ils doivent écrire, il y a un temps précieux perdu, et on ne saurait aller trop vite en la matière.

Je comprends très bien le règlement qui interdit en temps ordinaire de confier le -chiffre à des étrangers. Mais nous n'étions pas en temps ordinaire et, quand on n'est pas essentiellement routinier, on peut chercher et trouver un moyen de tourner la difficulté . J'en suggérai un dans une^e mes dernières lettres, en réponi^e à celle du ministère invoquant le règlement, c'était de recourir au livre de correspondance chiffrée vendu dans le Commerce en changeant le numérotage. Sans être à toute épreuve, le secret eût été suffisant pour, les besoins et il n'y aurait en aucun danger de divulgation de notre chiffre. J'ignore ce qui fut fait.

Je proposai un moyen rapide de jouir -de la télégra^^hie sans fil à Gorfou. Ma propositionne fut pas agréée.

Le ministère me télégraphia un jour de délivrer un sauf -conduit à un bateau grec, sur lequel devait être transportée une commande donnée à un Français dé Grèce. Je répondis que ce sauf-conduit servirait à mettre à Tabri des investigations de notre flotte un bateau suspect de se livrer à la contrebande. On n'insista pas, mais le fait de contrebande fut établi. Sans ma i*ésistance, ce bateau aurait réussi à passer des articles de contrebande sous le couvert d'une commande française.

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