‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 49 sur 116 · LA PREMIÈRE ANNÉE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE ANNÉE

Je recommandai inutilement des mesures rigoureuses pour entraver la contrebande faite par des bateaux grecs«

Au point de vue économique, j'ai pressé les consuls sous mes ordres de répondre rapidement aux diversesenquêtes ordonnées.

Sur rinvitation du ministre des Affaires étrangères grec^ par lettre n^ 820 du 35 septembre 1914» j^ demandais à notre ministère qui poussait à la reprise du ti*avail, les noms des maisons françaises pouvant prendre des commandes de draps et de soieries ; j'avais l'assurance qu'elles les auraient. On ne m'a jamais répondu.

Par ma lettre n° 3^4 du 28 septembre 1914» je donnais des renseignements afin de faciliter Fexportation fran* çaise Je revenais sur ce poijit pour la Thessalie en particulier, dans ma lettre n^ 369 du 5 décembre. Ce lut, à ma ponnaissance, sans résultats.

J'ex posai ce que me semblaient devoir être nos desiderata en matière douanière, et combien peu judicieuses étaient . les vues des bureaux spécialement compétents de notre ministère des Finances transmise^ par le quai d*Orsay.

J'offris vainement des représentants sérieux à Athènes j)(our les produits pharmaceutiques restés en réalité entre des mains allemandes, comme avant la guerre.

Vers le mois de février 1915, je signalai que l'agent de la maison Pathé d'Athènes était un Allemand ; puis j'indiquai quelqu'un pouvant lui être substitué. Le ministère m'ayant répliqué, fin mars, que l'agent était un Grec et non un Allemand, je revenais à la charge après enquête dans ma lettre n* 98 du i«' mai, avec tous les détails sur le contrat de société, sur les noms véritables des intéressés, sur les apparences d'un agent grec sous le nom duquel tout était fait et dirigé par un Allemand.

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Je n*eu8 plus de nouvelles jusqu'au mois d'août igiS, où le ministre me demanda télégraphiquement d'urgence des renseignements sur la maison Pathé, une question lui étant posée à ce sujet dans je ne sais plus quelle commission parlementaire. Il avait Tair de m'apprendre et de me le reprocher, que le directeur était ^un Allemand et qu'on représentait des scènes de famine en France. Je lui répondis de vouloir bien se reporter à la lettre mentionnée plus haut ; elle lui fournirait tous les éléments pour sa réponse.

Quant aux films de famine, n'ayant pas le temps de fréquenter le cinématographe, je m'enquis auprès d'habitués, et j'appris qu'il s'agissait de scènes conçues dans un sot esprit antirévolutionnaire, mais se rapportant à la Révolution de 1789, en costumes du xviii* siècle, auxquelles personne n'avait' prêté attention et faisant seule* ment remplissage.

Que dire de la supercherie ou de la stupidité de celui qui avait averti l'auteur de. la question? Que dire de la légèreté de celui-ci à prendre pour argent comptant le récit du premier venu^? Pourvu qu'il s'agisse de crîticjuer quelqu'un ou de paraître informé, trop de députés sont prêts à accepter n'importe quoi de n'importe qùi(i]. Mais

I. S'ils portent leurs accusations à la tribune, cm est au moiiis averti et, en temps ordinaire, on peut les réfuter. Quand ils récri* minent en commission — ce fut mon cas — ils jettent la suspicion sur des personnes sans leur accorder la possibilité de se défendre.

On lisait dans le Temps du 29 mai 1917 (i" page, ,6' col.), à propos d'un député, secrétaire de la commission^ dés affaires exté- Heures :

« M. Garât, député des Basses-Pyrénées, a dit, à la Chambre, vendredi dernier, dans son discours sur la guerre sous-marine, que, le 22 avril, 65o obus étaient tirés sur Calais et sur Douvres, et que a Calais s'attendait si peu à cette attaque, que' les deux contre-torpilleurs qui se trouvaient dans le port on^ été coulés* »

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que dire aussi de ces bureaux du quai d'Orsay qui avaient contesté le renseignement vrai venant de moi, qui inclinaient à l'admettre perfidement dénaturé pat* un député, écho de quelque malveillant; qui n'avaient qu'à se souvenir ou à consulter leurs fiches pour permettre une réponse immédiate du ministre questionné ; qui, en ne le faisant pas, laissaient croire à une négligence de ma part quand ils avaient été de bonne heure prévenus par moi, quand j^a vais insisté en réfutant l'objection admise et transmise par eux?

En résumé, à mon égard, mauvaises dispositions insuffisamment justifiées môme si j'avais, par hasard, gardé le silence sur l'agent allemand de la maison Pathé et sur un film odieux, et, l'année suivante, sérénité injustifiable; lorsque les Français étaient surveiUés et filés ouvertement par la police athénienne (i) ; comparez et jugez.

D'autres choses ne me sont pas revenues à la mémoire. Mais l'ensemble dé ma correspondance, lettres et télé-

M. Garai indiquait la source de celte nouvelle : un radio aile mand. *

» Le Petit Calaisien proteste contre cette information : c( Jamais utt-contre-torpilleur n'a été coulé depuis le début de la guerre dans le port de Calais par un bomt>ardement ou aulrement », affirme ce journal bien placé pour le savoir, qui ajoute que Calais et Dunkerque ne sont point bombardés chaque jour comme Ta déclaré le député des Basses-Pyrénées sur la foi d'une dépêche boche.

» Ne doit-on pas regretter qu'un député apporte à la tribune, pour étayer son argumentation, des documents allemands qu'il n'a pas contrôlés? Un peu plus de prudence est indispensable. »

Ponr confirmation, voir le Temps du 3i mai (i" page, 6* col.), et celui du II Juin (i'* page, 6* col.).

I. « Depuis le i"* janvier 1916, Athènes est comme recouverte d'an réseau policier. 11 y a des sbires à toutes les portes. »(£« Temps du II avril 1916, a* page, i'* col.)

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grammes, est de nature à démontrer à qui le consultera •comment je me suis occupé des intérêts dont j'avais la charge.

Par la convention du 2a avril igiâ, sur les œuvres théâtrales, déjà annoncée dans le chapitre XI (page 92), était protégée la représentation de nos œuvres en toutes langues, sanf engrec. J'écrivis, leaa octobre 1914, sollicitant Taulorisation de signer un avenant pour deux corrections dont Tune supprimait la grosse exception en faveur des traductions grecques ; c'était un pas considérable. De plus, je transmettais la proposition de signer un projet de traité sur la propriété littéraire identique au dernier de -ce genre conclu par la France, au traité avec la Russie.

Sur le premier points il n'y avait nullement lieu à longue réflexion et une réponse affirmative aurait pu, aurait dû être donnée aussitôt après lecture de ma lettre : • une amélioration désirée aurait été acquise immédiatement.

Sur le second point, une erreur fut commise par le secrétaire qui expédia la letti*e à la machine; il mit traité de la Grèce, au lieu de traité de la France^ avec la Russie. J'aurais dû revoir la lettre et m'aperce voir de la faute. Soit par suite du départ pressé de la valise, soit pour une autre -cause, moi qui, avant de les signer, relisais attentivement toutes les lettres, les corrections de ma main sont là pour le prouver, je ne revisai pas celle-là ou je le fis trop vite, ce fut mon tort.

Ma lettre était du aa octobre. Quatre mois après je n'avais encore rien reçu; aussi, de moi-même, je récrivais, le 26 février i^iS, en signalant le danger de ce retard, M. Veniselos pouvant tomber du pouvoir et être remplacé par quelqu'un moins bien disposé pour nous. Or

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cette lettre du a6 février se croisait avec une de Paris da âi qui me priait, d'un petit air innocent* sans faire allusion à une erreur de ma part, d'envoyer le texte de la convention littéraire gréco-russe. On s'attendait évidemment à me voir répondre, oublieux, vu le temps écoulé, de la lettre fautive» qu'une telle convention n'existait pas et à me répliquer en me demandant pourquoi j'en avais parlé.

Ils avaient perdu quatre mois à préparer cette finasserie. Je me reportai à notre minute, ayant tout de suite le soupçon d'une étourderie, et je découvris Terreur grossière signalée plus haut que le bureau compétent n'avait pas pu ne pas rectiOer lui-même dès le début. Il était londé à m'adresser une observation au sujet du lapsus ; il préféra gaspiller quatre mois à faire rimbéciie au détriment des intérêts français.

Je remis aussitôt les choses au point, mais ce fut seulement par lettre du aS mai igiS, qu'on m'autorisa à négocier. Nous étions sous le ministère Gounaris, et je n'avais pas encore sa réponse à ma première démarche quand je suis parti. L'affaire n'était pas plus avancée lors du départ de mon successeur.

J'ai obtenu, dès le mois de mai 1914» l'adhésion de la Grèce à la suppression des capitulations au Maroc; la Hollande, par exemple, ne donnait la sienne, qu'à la fin de mai 1916. Mais à Paris, après avoir semblé pressé, on négligea de m'envoyer les pouvoirs spéciaux pour l'échange des ratifications. La Grèce, rappelai-je, le 9 janvier 1915, les attendait, prête à signer ; notre retard fit que je reçus de M. Zographos une ratification portant la signature de M. Veniselos, son prédécesseur.

L'île de Chio attribuée par la conférence de Londres à la Grèce, n'avait pas été placée sous ma juridiction ; elle

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continuait, an débat de la guerre, à dépendre, à tort, de Gonstantinopie et, en particulier, du consulat de Smyme. Peu après la rupture de nos relations avec la Turquie, j*eus lieu de craindre que notre agent consulaire à Chio ne fût un Autrichien. Quoique le poste ne relevât pas de moi, j'écrivis à ce âujet, lettre n° 34^ du 3 npvembrc 1914. Si je n'eus rien de notre ministère, où on aurait dû spontanément songer, dès la déclaration de guerre, à écarter les agents de nationalité ennemie, — le bureau du personnel n'a cependant pas pour excuse le départ de son chef resté ferme au poste, loin des diversions absorbantes du front — j*eus d'une nouvelle source la confirmation du fait et je récrivis, letti^e n*» 3^4 du 11 décembre.

Rien, toujours rien que le maintien du personnage, à la lois agent consulaire de France et d'Autriche à Chio . Je télégraphiai en février 191S, et seulement en avril, cinq mois après le premier avis, un télégramme de Paris prescrivait le remplacement de cet agent, un de ceux qu'on jugea par la suite utile d'arrêter. Où étaient l'insuffisance et l'incapacité?

A la fin de 1914* arriva à Athènes, « chargé de mission par le gouvernement français », comme le mentionnait soigneusement sa carte de visite, Henri Turot, ancien con seiiler municipal de Paris. 11 était porteur d'une lettre de recommandation signée par M. Delcassé, avec qui il correspondit par l'intermédiaire de. M. Piccioni, directeur du cabinet. Je ne fus avisé de rien officiellement et me bornai à assurer la transmission de la correspondance de Turot.

Celui-ci, ami, m'apprit-il, du prince Sabàbeddine qui ne tarda pas à le rejoindre à Athènes, s'était attelé à la besogne de conserver aux Turcs une Turquie dont ce

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prince aurait été le sultan. li rêvait de jeter bas le gouTernement jeune-turc et travailla, dans ce but louable, avec . une iirdeur qui n'aurait peut-être rien perdu à être plus discrète. Je dois reconnaître qu'il exidiquait le libellé de sa carte de visite d*une façon ioii; malicieuse — il qualifiait sa mission d'économique — et qull avait eu, pour échapper aux bavardages, Tingénieuse idée de se faire accompagner par Mme Turot et une femme d^ chambre.

Malheureusement les efforts de Turot et de ses amis

n'aboutirent qu'à la pendaison, à Constantinople, de

. quelques braves gans accusés d*être les amis politiques

du prince Sabaheddine. C'est un résultat qu'il n'était pas

essentiel d'atteindre, avec ou sans frais.

On m'a, dans certains milieux, reproché de n'avoir pas donné la nouvelle que la maladie du roi provenait d'un coup de couteau de la reine, et, en effet, n'est pas venue de moi cette information ou soi-disant telle à laquelle le Petit Parisien tient particulièrement, au moins pour le coup de couteau: il l'a répétée en 1916, puis en 1917, sans publier ou contredire le démenti reproduit dans le Temps trois jours après (i).

J'ai annoncé la maladie du roi comme une maladie vraie ; car mes collègues et moi n'avons rien appris per* mettant le moindre doute sur sa cause toute naturelle.

En iout cas, s'il y a eu la blessure que j'aurais eu le tort de ne pas connaître et de ne pas révéler, la maladie a été réelle. Ciomment se fait-il, dès lors, qu*un haut fonctionnaire de notre ministère des Affaires étrangères ait, en affectant des airs très renseignés,sans me mettre, il est vrai, en cause, parlé» le 3 juillet, à M . Romanos de la

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