CHAPITRE m La Garriârb
Où sont les compétences ?-^Le mal est dans le mandarinat bureaucratique. — Nécessité dfouvrir tes cadres aux compétences dû dehors. — Partage des dépouilles.
La plupart de ces messieurs de la carrière dissimulent tant qu'ils vous sentent soutenu. Dès que vous ne l'êtes plus, ils se montrent très experts à vous pousser dehors et à vous y'maintenir, en lançant le coup de p^ed dont a parlé La Fontaine. * >-
Leur exclusivisme est-il justifié?
On a beaucoup parlé, en ces derniers temp^» de compé* tence et d'incompétence. Mais celle-là ne se rencontreelle que dans la carrière, et celle-ci n'existe-t-elle qu'au dehors ; ou bien les trouve-t-on à la fois dans les rangs et hors des rangs ?
Vouloir exclusivement des compétences, c'est parMt ; mais lesquelles ? Quand ils traitent ce sujet, les uns entendent par, là que les diverses fonctions doivent être confiées aux seuls fonctionnaires professionnels, aux « carriéristes » ; les^ autres, qu'elles peuvent l'être à descapacités non étiquetées, non classées. Il en est qui pré» conisent assez contradictoirement tantôt Tun des systèmes, tantôt l'autre ; cela dépend des circonstances et despersonnes.
Polybe disait ironiquement, le 9 décembre 1916, dans le
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Figaro^ que c'était sans doute être « un rétrograde de l'école d'Auguste Comte » (i) de vouloir «un diplomate aux AfTaires étrangères». Or, le aa novembre et le 1 1 dé» cembre igi6, il vantait l'initiative de Gambetta nommant ministre plénipotentiaire et appelant à la direction de ce ministère J.-J. Weiss ; celai-ci n'était pas diplomate, et cela ne lui enlevait rien de sa compétence d'après Polybe.
On devrait bien s'habituer à savoir ce que l'on veut et k ne pas modifier sa volonté selon les individualités en cause. Yeut-mi, ce qui est sensé, des compétences tout court ? En ce cas il faut se borner à réclamer ces compétences, sanâ vanter presque en même temps le systèmecontraire aboutissant au mandarinat bureaucratique, la plaie chez nous bien plus que le régime de Tincompétence. Le tort de ministres incompétents a surtout été, en effet, de se livrer pieds et poings liés, par crainte de leur action personnelle et du travail nécessaire pour la rendre apte et féconde, aux soi-disant capacités professionnelles qui n'ont souvent été que de trop réelles incapacités hiérarchisées.
Gomment les choses se passent-elles ordinairement ? D* abord, imprévoyance à peu près constante à laquelle nous devons d'être la plupart du temps surpris par les faits. Puis, dès que la difficulté surgit, dès qu'un problème se pose, au lieu de rechercher la solution immédiate et d'agir aussitôt— ^ ce qui implique travail sans routine et initiative réfléchie — l'inertie constitutionnelle des bu-
X. « J'éprouvai une sorte d'agacement à voir la réputation exa-' gérée d' Auguste Comte, érigé çn grand homme de premier ordre pour avoir dit, en mauvais français, ce que tous les esprits scientifiques, depuis deux cents ans, ont vu aussi clairement que lui.)^ (Ernest Renan, Souvenirs de jeunesse, p. aSo.)
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reaux professionnels apparaît. On hésite, on discute, on ajourné, on attend avant d'intervenir que les choses veuillent bien s'arranger toutes seules. Par ces incorrigibles procédés d'indécision, d'^ermoiements, on arrive tou* jours, môme, et ce n'est pas commun, si on prend de . bonnes mesures, à les pi'endre trop tard. Appliquées dès le début, elles auraient suflS, mais sont insuffisantes lors- -qu'elles sont prises, les événements ayant marché pjlus vite que les décisions et ayant dépassé le point où cellesr ci auraient été efficaces. Gouverner, a-t-on dit, c'est pré* voir ; habituellement aujourd'hui, gouverner, c'est attendre (i).
D'autres fois, ce sont soit des fautes lourdes, soit des ■erreurs en des matières où ni l'étourderie, ni l'ignorance ne sauraient avoir la moindre excuse. Veut-on des exemples?
Le consulat général de France à Beyrouth avait pour . drogman un Libanais dont le frère, qui habitait avec lui, était drogman du consulat général d'Allemagne. « Plasieurs consuls successifs émus de cette situation anormale, en référèrent à radministration centrale et demandèrent des instructions » (2).
On a bien lu i Plusieurs consuls successifs •— et ils ne se succèdent pas en temps ordinaire tous les six mois — ■ signalèrent inutilement" cette situation. Le jour où l'administration du quai d'Orsay répondit, ce "fut pour faire au drogman une offre ridicule qu'il refusa. L'affaire fut classée après ce refus ; et la première école allemande au 'Liban s'ouvrit, un peu plus tard, dans une maison appar-
i.IL fallut des vicUmes et des dégâts pour sortir nos fonction- Jialres de leur attente nonchalante des raids boches sU|r Paris, a. Le Temps du 17 août 1916, st* page, 4* col.
A QUOI SERT UN DISCOURS aj
tenant à notpe drogman, bien traité, et pour cause,an con* snlat d'Allemagne.
Le message du président Wiison relatif à Ténoncé des conditions de paix était un document très important et aurait dû être traduit avec la plus grande correction. Or, le Temps du 3o janvier 1917 (i), signalait un grossier contresens et, cinq jours avant, M. Aulard avait relevé l'omission du mot capital « united » à propos de la Pologne (2).
M. Paul Deschanel a beaucoup contribué, par ses rapports sur le budget du ministère, où il était l'aimable éch.0 de ceux qui lui fournissaient ses renseignements, à constituer le mandarinat de plu» en plus exclusif des Affaires étrangères. Une sQule exception étaif faite à sa prohibition d'ouvrir les cadres aux étrangers à la carrière ; elle concernait les fonctions d'ambassadeur, qu'iL.a, à une époque, si vivement désirées, admettant par là l'existence de compétences hors des cadres et la possibilité de leur confier les postes les plus élevés.
La vérité est que la porte devrait, dans la plupart de nos administrations (3), sinon dans toutes, pouvoir être normalement ouverte à des compétences, en nombre