‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 72 sur 116 · Le Temps du 22 mars 1917, 2* page, 2* col · texte numérisé non relu

Le Temps du 22 mars 1917, 2* page, 2* col

2. Les Narodni trava, organe officieux de M. Radoslavofif, écrivaient dans leur numéro du 3o septembre 1917 :

<i( Nous estimons que la paix ne peut être maintenue dans les^ Balkans que par un Etat plus fort que les autres et à même de tenir têle à une coalition de tous ses voisins. Nous voulons être cet Etat et nous le serons, car cette hégémonie nous est garantie par notre traité d'alliance avec l'Allemagne. »(Le Temps du 9 oc» tobre 1917, !'• page, 6* col.)

Dans une polémique entre la pr.esse turque et la presse bulgare au sujet de la Dobrouilja, la première a ayant invoqué le principe de l'équilibre balkanique, les journaux bulgares déclarent que c'est Justement contre l'équilibre que la Bulgarie fait la guerre. » {L» Temps du 25 mars 1918, 4* page» 5* col.)

APRBS MON DÉPART Sl33

Téquilibre, les Bulgares poursuivaient rhégémcmie.

Pour Favenir, d'une étude impartiale des choses et des gens ressort la conclusion que Tunique assurance de paix dans les Balkans n'est pas le contentement de la Bulgarie^ c'est sa faiblesse relative : seule, la perception nette de n'avoir rien à gagner, au contraire, à faire autrement la déterminera à rester tranquille et à renoncer à la réalisation de ses rêves de grandeur.

Comme le dirent des Russes clairvoyants, dans la réu~ nion générale de la « Réciprocité slave » présidée par M. BriantchaninofT, dont j'avais eu le plaisir de faire la connaissance à Athènes, « le peuple bulgare est plus coupable encore que son roi de ce qui s'est passé. C est le peuple qui a voulu la guerre contre la Serbie, parce qu'il se croyait le plus fort, et, lorsqu'il sera certain de la victoire de l'Entente, il sacrifiera sans hésiter son roi à sondésir de conserver ce qu'il a volé. 11 ne faut pas entrer en pourparlers avec les Bulgares, car cesserait reconnaître la légitimité delà trahison » (i).

Une* Bulgarie faible proportionnellement à ses divers voisins, telle est la seule garantie de paix jusqu'au moment où sa fâcheuse mentalité actuelle se sera modiûéCi. Toute indulgence envers ce peuple de proie est une imprudence si on tient à. la sécurité, à la paix. Ici, et ailleurs aussi) le danger de guerre naîtrait des ménagements.

En résumé, le désir, si vif et si motivé par l'utilité fût-il,, d'avoir avec soi la Bulgarie ne suffisait pas pour rendre la chose réalisable, et l'opinion qu'on l'aurait eue si on l'avait satisfaite plus tôt ou mieux, en la « payant à temps », suivant le mot et l'idée de M. Joseph Reinach (a), est une

!• Le Temps du ai août 1916, 4* page, 2« col. a. Le Figaro dvL 3o juin 1917, a* page, i** col.

•excuse tardiTe degens obstinés à ne pas avouer leur défaat de jugement*

U aurait été iaipossible,et au point de vue matériel et aa point de vue moral, d^assouvirrinsatiable avidité^ iafrénésie invétérée de domination de la Bulgarie. EUe ne voulait pas seulement obtenir et obtenir beaucoup ; elle voulait^ ^n outre, que les autres n'obtinssent rien ou guère, après a voir été dépouillés à son profit. Elle i voulait à la fois être puissante et que les autres ne le fussent pas.

Des bulgarophiles trop imprudents ou trop déçus s'en «ont tirés en prenant eux-mêmes des airs de victimes* Leur seul tort a été une a généreuse illusion », tel un débiteur n'ayant pas payé à l'échéance et disant, pour s'excuser, qu'il avait attendu la rentrée d'un gros lot. C'était raisonnable qu'il gagnât. Il n'a pas gagné, il n'es pas coupable. Tout au plus peut-on lui reprocher sa <c généreuse illusion » (i) ou son « honorable erreur » (22 )•

Tant d'amours-propres s'étant fourvoyés, nombreux sont les intéressés à se soutenir, afin d'éearter les rares qui ont vu jusle. Les maîtres du jour revendiquèrent le droit de se tromper^ ils seraient allés presque jusqu'à en réclamer le monopole. Mais ils ont été vraiment trop sévères^ quand on réussissait à ne pas marcher sur leurs brisées. Ils auraient dd manifester p^us d'indulgence à •quin'a pas partagé leur faute, et apprendre à pardonner à qui a eu raison.

Les gouvernants de l'Entente dans leur ensemble — il y a eu de rares exceptions personnelles et addition de <[uelques Américains à idées fixes et fausses -— réalisé-

i.De Lanessan, 2e Petit Parisien du 3i octobre 19 5, i** page, 6' col.

2, Joseph Reinach, te.Ternpê da 3o oetobre i^xS, 3* page, i** col*

rent dès le début, au point de vue diplomatique» une unité sinon la bonne, du moins celle de Timpéritie, due ici à un égoïsme trop borné, là à une vanité sans bornes, partout à rinconscience de la réalité, à Tomnipotence du mandarinat bureaucratique.

Je puis, quant à moi, sans le moindre sentiment de vanité, en me basant sur les faits advenus depuis, me rendre la justice d'avoir bien servi mon pays. J'en ai ^té mal récompensé, soit; je n^'ai pas du moins sur la cons* cience le poids d'être pour quelque chose dans les épou- . vantables souffrances de la population serbe.

Je préfère ma situation à celle d'autres agents moins clairvoyants et plus favorisés.JepréCère n'avoir eu aucune part dans la lourde responsabilité appelée, j'en suis sûr, à être sévèrement jugée, de tous ceux à l'aberration opiniâtre desquels incombe- le sacriûce irréparable, malgré les compensations ultérieures, de toute une vaillante population, de riafortunée Serbie. Je préfère avoir été happé injustement que d'avoir à me reprocher de m'êti'e trompé et d'avoir, si peu soit-il, contribué à tromperies autres sur les véritables sentiments de la Bulgarie.

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