CHAPITRE XXII La Grande Faute
M. Gounaris est battu et démissionne. — Deuxième ministère Veniselos. — Cabinet Zaïmis. — Combinaison Skouloudis et disso» lution. — L'Entente laisse faire. — Quel était son devoir?
Grâce à la parfaite harmonie qui ne cessa d'exister entre mes collègues d'Angleterre et de Russie et moi, et qui passe pour n'avoir pas été aussi complète après mon départ, grâce à nos efforts concordants auprès de nos gouvernements pour les convaincre, à l'époque des élections générales motivées par la chute de M . Venîselos^ de renoncer à leur plan de cession territoriale, les élections n'avaient pas été faussées et la majorité avait été obtenue par les veniselis tes.
La situation, malgré tout l'argent allemand dépensé à cette époque (i), malgré les honteuses compromissions des gounaristes, malgré la pression gouvernementale, malgré la maladie du roi impudemment exploitée, malgré notre échec aux Dardanelles, était donc fort loin d'être mauvaise pour nous. La majorité électorale grecque, en dépit de tous les etforts et de toutes les manœuvres, dans les circonstances les plus défavorables pour l'Entente,
I. « En juin igiS, une somme de i.5oo.ooo marks a été versée en une seule fois, aux organisateurs de la propagande contre les alliés, par la légation allemande. » (Le Temps du 7 septembre 19 17» a* page, 3* col.).
APRÈS MON DÉPART !ï3j
restait acquise à celle-ci en la personne de ceux qui avaient été ses champions, des élus veniselistes.
Cette situation aurait été tout à fait bonne, si la renoneiation de nos gouvernements à la demande de cession territoriale avait été définitive. Elle ne devait malheureusement être que provisoire, et j'ai relaté (page i56) la démarche prescrite au début d'août. Ce fut là, je l'ai démontré avec des témoignages irrécusables, le point de départ d'un revirement dans l'opinion publique grecque en partie rejetée, par la iaute de nos gouvernements, du côté de ceux qui, hostiles à l'Entente, s'aOirmaient opposés à toute cession, du côté de la cour;
En homme que le succès électoral ne grise pas, M. Veniselos avait eu vite conscience de ce mouvement, de ses causes et de la difficulté de remonter le courant, si TEntenté devait s'acharner à séduire les Bulgares aux dépens de leurs voisins. Il connaissait la tendance du roi à singer son beau-frère et son goût pour Texercicedu pouvoir per-» sonnel. Aussi, quand je lui fis mes adieux, la veille de mon départ, n'envisageait-il même pas l'éventualité d'être rappelé et redoutait-il par-dessus tout un coup d'autorité aboutissant à une dissolution nouvelle. 11 était prêt à beaucoup de sacrifices pou^ tâcher de l'éviter.
La Chambre élue le i3 juin se réunit le i6 août, surlendemain de mon départ, et, après Télection du président veniseliste, M. Zavizianos, par 182 voix contre gS au candidat gounariste, sur3o6 volants et 3i6 membres, M. Gounaris démissionna. Déjà, le 10 août, le*bruit de sa démission avait couru ; interrogé par un de mes collègues, il déclarait que ce serait peut-êlre vrai la semaine suivante, qu'en attendant « c'était une méchanceté ».
Ne se jugeant pas encore suffisamment maître de Topi-
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nion, craignant de la trop heurter ^*il ne Im faisait pas le sacrifice d^une apparence de correction^ escomptant peutêtre un refus, le roi surmonta son aversion, appela M. Yeniselos et Tinvita à constituer le cabinet. L'andesi président du conseil, sans grandes illusions, je le suppose, répondit, le aa août, au roi qu'il acceptait cette mission. Il avait repris le pouvoir le a3, veille du débarquement de mon successeur. Gela ne devait pas durer longtemps.
M . Guillemin arriva, en ramenant au prince Christophe son secrétaire tiré de Malte où il y avait de bonnes raisons de le garder. Il y en avait encore de meilleures de conserver M. Veniselos au pouvoir, mais la loquacité séductrice du nouveau représentant de la France eut, malgré ses attentions pour la cour, moins de succès au palais royal qu'auprès des autorités anglaises.
Le 4 octobre, M. Veniselos s'expliqua à la Chambre sur la politique imposée à la Grèce par son alliance avec la Serbie nxenacée de tous les côtés, La séance était levée le 5, à cinq heures du matin, après un vote d'approbation par i47 voix contre 102.
Le roi soutenant que « la responsabilité de la politique extérieure, dans les grandes circonstances nationales, incombe à la couronne qui, nonobstant les formes constitutionnelles, est responsable deses actes devantDieu )»(i), refusa de sanctionner cette politique et M . Veniselos, le jour même, était, pour la seconde fois, démissionnaire (a). Avant son départ,"^ l'Entente, repoussée par les Bulgares, avait notifié à Athènes que toutes les propositions par