N* du II décembre 1915, page6a
.3. L'idée même de cette mission était, à mon sens, nne erreur, comme celle de toute entrée en communication, sous n*importequelle forme, avec Tune des individualités ou des fractions quelconques de nos ennemis. Ceux qui s'étaient liés à Tempire allemand étaient retenus et tenus par lui jusqu'à l'étranglement à leur moindre velléité de rupture. Tous ceux qui avaient emboîté le pas au kaiser, qui s'étaient prononcés en sa faveur dans cette guerre voulue par lui à défaut de la défaite acceptée par nous sans lutte, avaient endossé une sorte de tunique de Nessus dont, l'eussent-il» désiré sincèrement, par extraordinaire, ils n'auraient pu se dépêtrer tant que l'Allemagne paraissait forte à elle et aux autres (voir dans le Temps du i5 décembre 1918, a* page, a* col., l'aveu du comte Czernin) et nous ne devions admettre que leur capitulation au moment où l'Allemagne faiblirait. Le résultat le plus net de toutes ces avances, missions ou conversations eût été de retarder
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« causerie cordiale et suggestive » de M^ Denys Gochin avec M. Gaston Deschamps, je me dis : voilà un numéro à mettre de côté, il sera amusant de le relire dans qael- <[Ues semaines. On va juger si je me suis trompé .
C'est M. Cockin qui « a donné aux amis de la France, sur un terrain méthodiquement travaillé par la propagande germanique, l'occasion de manifester leurs sentie ments à haute et inteirigible voix )t>.
ou de relâcher notre action utile en faisant luire des espérances irréalisables, en engendrant des illusions affaiblissantes d'apaisement,» en nous désarmant. Or, sauf pour ceux qui suivent le <îonseil de Toinette et se font crever Tœil droit afin de voir plus <îlairdu gauche, il était certain, après le second *départ forcé de M. Veniselos, que nous n'avions plus raisonnablement à compter sur Constantin. On lui a parlé, quand il fallait agir comme M. Jonnart a fini par le faire. Donc, selon moi, la mission de M . Cochin est née d'une très fausse conception de l'action nécessaire; quant à ses résultats, je tiens à reproduire l'opinion même de M. Cochin d'après une lettre particulière du aS avril 1918:
Au retour de Salonique, apprenant à Athènes de M. Politis, qui -excusait alors le roi, « qu*une note présentée par les alliés au sujet de la rentrée des troupes est rejetée..., j'ai répondu : C'est bon, je m'en vais. J'avais demain un l)anquet à Phalère, àprès-demaln une réception à THôtelde ville, je vais m'excuser. Je ne veux pas jouer un sot rôle pendant que l'armée de mon pays est' menacée ; seulement le peuple d'Athènes saura pourquoi je m'en vais ».
M. PoUtis le priait alors d'attendre jusqu'au lendemain onze lieures et, à dix heures, il allait lui annoncer Paeceptation de la note,
« Par suite d'une heureuse chance, à cause d'an mouvement populaire dont ma venue a été le prétexte et dont j'ai tiré parti, je crois que mon voyage en Grèce a contribué à empêcher un mauvais coup du gouvernement grée. La retraite par Doiran, malgré l'habileté du général Sarrail, a été laborieuse. Il est possible qtie, grâce à l'élan du peuple grec^ nne trahison ait été déjouée et un désastre évité... Ma mission n'a eu d'eifet qu'auprès du peuple dont les manifestations ont forcé la main au gouvernement, et je nie me ^uis occupé que de la rentrée des troupes en Grèce. Trop faeUreux si j'ai pu contribuer à l'obtenir. »
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C'est son a ambassade intellectuelle et morale qui a ouvert la voie aux ententes décisives et précises, en réveillant, en rajeunissant, aux profondeurs historiques et sociales de Thellénisme, certains sentiments populaires qui, dans ces heures critiques et poignantes, empêcheront le gouvernement grec de faire le geste irréparable ».
Je n'essayerai pas de le nier, il y a dans ce passage beaucoup de couleur locale ; c'est incontestablement du pathos.
Il « a su parler éloquemment, amicalement sur la place publique, fermement, fièrement dans le cabinet des ministres et jusqu'aux abords d'un trône garanti par les puissances protectrices. Il a su exiger, obtenir, dans la journée du 24 novembre, une réponse précise à -des questions nettes ».
Il « a montré quels sont, là-bas, nos centres d'action et nos points d'appui ».
c< Appelé à grands cris au bord de la loggia » de l'hôtel de la Grande-Bretagne, « il prononce ces mots : Jamais la Grèce ne se séparera de la France ! » , Avant M. Gochin, les amis de la France en Grèce avaient eu l'occasion de manifester leurs sentiments de là même façon que pour lui, lors des deux voyages du général Pau ; d'une façon moins bruyante, mais plus complète, plus effective et grâce à laquelle aucune calomnie ne prévaudra, lors des élections générales du i3 juin igiS, en donnant, malgré toute la méthode et tout l'argent de la propagande germanique, la majorité aux amis de la France, à M. Veniselos et à son ^arti.
Le sentiment populaire avait eu besoin non d'être rajeuni, mais de n'être pas ébranlé par une demande de Biutilation territoriale. Cette demande, je me suis efforcé
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de Tempôcher ; si nous pûmes la faire ajourner au moment des élections, elle a troublé, au début d*août igiS, Tkar* monie entre une partie de Topinien grecque et TEntente. Parmi les preuves fournies se trouve le témoignage de M, Veniselos (page i58).
Or, M. Coehin, à son arrivée, bénéficia du retrait de cette demande malheureuse, notifié au début d'octobre, on l'a vu dans le chapitre précédent (p. a38 aSg).
« Nos centres d'action et nos points d'appui », tout le monde les connaissait si bien que, avant d'avoir entendu M. Coehin les lui signaler, quittait l'hôtel de la Grande* Bretagne, spontanément, «la foule se rend ensuite devant la maison de M. Veniselos », preuve nouvelle de la conscience populaire de notre point d'appui et de l'identification de la cause de l'Entente avec celle de l'ancien président.
Après M. Coehin, avons-nous connu des « ententes décisives et précises » ; la Grèce royale ne s'est-elle pas séparée delà France; le gouvernement grec n'a-t-il pas, un an après, le i*' décembre, fait un geste qui eût dû pour lui être « irréparable » ; l'opinion publique athénienne, sur laquelle a agi la « propagande nécessaire » entamée par M. Coehin, cette opinion par lui réveillée, n'a-t-elle pas toléré les pires infamies, à la lois contre les soldats de l'Entente et contre les partisans de M. Veniselos ? On va le voir.
La réponse du a4 novembre à notre note verbale du 23 relative à la sécurité des troupes expéditionnaires dans les Balkans et à l'attitude de la Grèce,si elle lut «précise » faite à M. Coehin, n'était pas définitive (i), puisque TEn-
I, M. S. Plchon écrivait excellemment dans le Petit Journal dn a6 novembre :
« Lorsque je vois nos diplomates se multiplier à Athènes pour
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tente faisait remettre le a6 une nouyelle note et le gouverne raenl grec répondait le 29,
Nos correspondants, eux aussi, avaient trouvé la réponse du 34 ^ satisfaisante » et « conçue en termes trèâ amicaux» (i). Après la remise de la nouvelle note du^» Tan d'eux, M. Bertrand, a « l'impression que l'accord déflnilif pourra s'établir prochainement » (2).
D'après un télégi'amme d'Athènes relatif à la réponse grecque du 29, « l'ensemble de la note remise aux représentants des puissances alliées est Q,onçu en termes co iciiiants et amicaux .. On la juge de tous points satisfaisante. . . Les pourparlers continuent » (3).
Les Grecs sont maîtres dans l'art de traîner les choses en longueur. Il fallait surtout assurer leur liberté de mouvement à nos troupes de Sa Ionique dont le roi cherchait de toutes les manières à amener le rembarquement, garantissant aimablement, si elles s'y décidaient enfin, que toute son armée protégerait leur retraite (4). Elle Taurait même hâtée.
Vers le 9 décembre, le colonel Antoine Pâli arrivait à Salonique pour conseiller au général Sarrail de s'embar-
obtenir du gouyerncmenl grec les satisractions qu'ils considèrcDt comme nécesss^ires k la sécurité des troupes alliées et invoquer pour cela des con8i4érations qui prêtent à des discussions interminables, en dépit des mises en demeure plus ou moins formelles qui les accompagnenl, je me demande pourquoi ils ne se servent pas de Targumcht décisif par lequel ils pourraient exiger le fonct jonnement npvmal de. la constitution grecque ».
Il aurait fallu agir conme M. Pichon pensait, mais on ne pensa même pas comme M. Pichon.