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retour au passé ; celui-ei doit être étudié et cotmu, maisne saurait être ressuscité.
En attendant cet heureux temps, les « carriéristes »mus, suivant leur grade, par Fenvie haineuse ou par la vile courtisanerie, se jetèrent sur l'intrus lâché par le ministr'fe, propagèrent sur son compte des racontars ridicules — ils tenaient beaucoup de leurs auteurs — autant que faux, et s'attachèrent, en égarant l'opinion, à la con~ duire au point où un ministre devrait être courageux pour le rappeler à, l'activité ; or la bravoure morale est rarement une"(jualité ministérielle.
Quelques-uns menèrent une campagne spéciale en vue d'un profit personnel. Ma mise à la disposition rendait disponibles une place dans les cadres, une première classe et une légation, d'où l'entrée en ligne de gens intéressés à mon départ. La place dans les cadres permit la réintégration de M. Legrand. Le directeur du cabinet du ministre, M. Piceioni, s'adjugea la première classe à laquelle il parvint, comme à tous les grades précédents, sans avoir jamais fait même semblant d'occuper un poste à l'étranger. La légation fut plus disputée (i) ; deux candidatures au moins eurent d'importants protecteurs parlementaires. L^un de ces deux concurrents, tous deux de la carrière, était trop disposé à faire la cour à la cour, l'autre déjà trop bien avec celle-ci. C'est le premier qui l'emporta ;
I. Dans un article sur la diplomatie {Figaro du lo juin 1917) Polybe blâmait avec raison les attaques parlementaires dirigées contre « des diplomates de carrière dont la place est guignée par des diplomates de couloir ». Or il avait, tout au moins par ses éloges immérités, fait le jeu du carriériste vainqueur et approuvé ainsi le ôte-ioi de là que je m'y mette condamné par lui au seul bénéfice, il est vrai, du monopole.
Dans lé même article, Polybe, toujours avec raison, protestait
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tandis que la compréhension de l'intérêt national aurait exigé renvoi à Athènes d'un homme indépendant de la cour par son caractère et par ses relations antérieures. Dansée royaume de la cécité diplomatique sont surtout sacrifiés ceux qui gardent la mauvaise habitude d'avoir deux bons yeux et de les ouvrir ; on doit presque se féliciter quand on y a affaire à un borgne, mêmeselon4e vers de Victor Hugo,
Etroit comme pensée ^et grand comme appélit.
De presque tous nos diplomates de la camère on poui^rait dire ce qu*écrivait d'autres Miclxelet dans la préface, des Guerres de religion : « Ils donnent le spectacle très bas de ces tournois d'aveugles qu'on armait dé bâtons et qui frappaient sans voir. Ils marchent au hasard et tombent, puis jurent, en se relevant, qu'ils ont voulu tomber.»
Tant que pèsera sur notre diplomatie Tomnipotence du mandarinat bureaucratique, nous n'aurons, sauf de bien ' r^res exceptions, qu'une politique de mots, non de choses, d'apparence, non de prévoyance, une politique de gagnepetit en mettant tout au mieux, au lieu d'une politique raisonnée, cohérente, à vues larges et saines, maintenant l'harmonie entre les buts dlntérèt vraiment national assignés à son activité et l'esprit moderne d'émancipation et de justice.
contre le danger des « gaspillages r> et en faveur « de strictes économies x>. Or le carriériste dont il loua <x plus d'une fois le très rare mérite » [Figaro du 19 octobre 1916) se signala par de mégalomanes exigences d^argent et de personnel aussi coûteuses qu'inutiles.
c< O contradictions singulières ! » suivant la propre expression. <ie Polybe. ^ . ^^
CHAPJTRE IV L'Union SAcaéE
L.e ministre ne dit pas le véritable motif de moa i^appel. ^ Il me laisse accuser injustement sans me défendre. — On ne tient pas à ce que je m'explique.
Il reste que la cause principale, et la plus avouable, de inon remplacement a été une plainte du gouvernement ^ec motivée par Punique phrase citée plus haut, se combinant avec ^le désir de plaire à ce gouvernement hostile et moribond. A mon avis, nullement influencé par le fait d'être moi-même en cause, mon rappel fut, dans ces conditions, une faute politique . Je l'indiquai tout de suite au ministre, mais je tins à ne soulever aucune question personnelle et je me soumis sans recourir à aucune intervention. Cependant, dans aucun ministère, ceux qui avaient été mes amis n'avaient encore été aussi nombreux.
Evidemment, M . Delcassé et ses collègues ont estimé avoir raison d'agir conmie ils le faisaient ; alors pourquoi celer le motif de leur acte ? Ils ont donné satisfaction au gouvernement de M. Gounaris ; pourquoi ne pas le reconnaître ? Pourquoi, en cachant la vérité, ont-ils accrédité les suppositions les plus injurieuses ?
Des journaux, de Paris et de province eurent pleine li* berté d'attribuer mon rappel à ma « déplorable insuffi* ^ance », à mon « incompétence », et d'écrire que, « si cer* taines intrigues allemandes ont pu se nouer x> à Athènes,
c'était dû à mon « incapacité ». L'union sacrée était à éclipses. Si ses gardiens permettaient de calomnier ceux qui avaient utilement fait leur devoir, ils devaient se rat» traper en mettant âpremént à l'abri de toute critique ceux qui s'étaient et nous avaient trompe^.
Je devais être attaqué par tjuelques-uns en proie à la passion des héritages politiques ou autres,^ par certains pleins de suiïisance et de rancunes venimeuses (i), et par île simples malhonnêtes gens opérant, à Paris ou en province, pour le compte de particuliers que leur extrême prudence empêche d'opérer eux-ibêmes.
Apprenant à Athènes que j'étais attaqué et que ceux qui iauraient dû me défendre se taisaient, le 8 août, jusque*, là je n'avais écrit à personne, je m'adressai à un ancien ami, à^yiviani, alors présiçlent du conseil, et lui demandai s'il croyait utile de laisser ainsi dénaturer les faits à tsioxk détriment sans une protestation ; quel avantage y avait* il à ne pas couper court au bruit que la France avait été mal servie à Athènes ? Je me plaignais non de la censure tolérant ces articles — je suis de ceux qui pensent qu'elle n'avait pas à procurer une indécente feuille de vigne à certaines personnes — mais de mes chefs n'ayant pas su, ne sachant pas trouver un mot pour les démentir, pour
rétablir la vérité.
I . Voici, par exemple, Torigine de certaines. En 1910, an com* merçant français de Grèce sollicitait inutilement de moi le libre passage en Méditerranée de marchandises prohibées sur lesquelles il spéculait. A ce moment arrivait à Athènes le correspondant d'un iniportant journal de Paris ; il liait aussitôt partie avec ce commerçant et, dès sa première visite, convaincu que je n'oseraispas risquer de contrarier un journaliste, me demandait l'autorisation refusée. Je maintins mon refus, d'où rancune dont d'autres plus serviables et sans se préoccuper des dessous devaient, parleurs attaques, devenir les instruments. ' '
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\ Dans celte lettre idu 8 août igiS, je disais :
« Les ministres grecs qui sont nos ennemis, se sont plaints et vous avez jugé devoir leur donner satisfaction, en me sacrifiant... Mon autorité aurait grandi si, au lieu. 4e me lâcher, vous aviez répondu par une fin de non-recevoir. Mon collègue d'Angleterre a fait connaître par la* vjoie de la presse, «ans prévenir le gouvernement, les mesures pi*ises contre la marine'grecque ; le gouvernement s'en est plaint, mon collègue est resté... Vous vous hypnotisez sur Futililé des forces bulgares... c'est de Taveuglçment de cpmpter sur elles.. ^ Vous êtes tous dans un* état d'esprit à accepter d'être roulés par la Bulgarie. C'est navrant... Ils sont quelques-uns^qui se sont trompés en* croyant pouvoir gagner la Bulgarie et qui ne veulent pas avoir eu tort ; ils sacrifieront tout excepté leur folle marotte ».
Je ne reçus aucune espèce de réponse.
M. Delcassé à qui,- selon mon devoir, je rendis à mon? retour visite, le 24 ^^^t igiS, m'apprit lui-même que j'étais depuis longtemps en butte à des attaques de la part de membres du Parlement.
M. Georges Leygues, président de la commission dèsaffaires extérieures de la Chambre, que je rencontrai, le 17 décembre igiS, à la bibliothèque de la Chambre et à qui je pariai de ces attaques, me dit : « Vous avez, ea effet, été très attaqué partout et on a été dur pour vous*; il faudra que je cause avec vous. » Je me mis à sa disposition ; mais, loin de rechercher cet entretien, il parut, depuis l'éviter, et je devais apprendre d'une manièrecertaine qu'il avait été un des plus acharnés contre moi.
J'eus l'occasion, au hasard des rencontres, d'aborder laquestion avec des sénateurs et des députés de toutes les^
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nuances. Aucun n*a eu le désir d*en savoir plus que je n^en d^sai^, aucun ne m'en a demandé davantage. Le courage désintéressé de se compromettre pour quelqu*un en dis* grâce n'abonde pas dans les couloirs parlementaires.
Personne, ni au gouvernement, ni à la Chambre, ne m'a invité à fournir le moindre éclaircissement, la moin* dre explication. Un seul sénateur, un que je ne connaissais pas du tout, a tenu, en novembre 1915, à monter* roger. Il m'offrit de faire des articles dans son journal ; je le remerciai et n'acceptai pas. Quelque temps après, à la suite de conversations, notamment avec une haute personnalité qui plus tard proclama que nous devons air pays là vérité, il fut beaucoup moins empressé à contrôler notre action extérieure et s'eflorça de me faire craindre des ennuis, pour le cas où je me laisserais aller à parler. Je ne l'ai plus revu.
Mon offre de m'expliquer en face de mes accusateurs, faite antérieurement par moi à deux de ceux qui m'avaient attaqué, le 3 septembre igiS, à M. Gustave Hervé, directeur de la Guerre Sociale, le ^k M. Painlevé, député, n'aboutit pas. Le premier dont la suffisance est plus réelle que l'insuffisance par lui prêtée aux autres, chargea M. Georges Bienaimé, sa providence, semble4-il, de ine répondre que ce n'était pas lui, Hervé, personnellement qui m'avait attaqué; comme beaucoup de ses affirmations, c'était le contraire de la vérité : il m'avait attaqué luimême ; M. Bienaimé en avait fait autant, mais déclarait > ne pouvoir rien préciser contre moi. Quant àM. Painlevé qui, pour avoir déjeuné (i) avec le roi de Bulgarie, avait épousé la cause d'un souverain aimant à se dire « dreyfu-
1, Le Temps du 3o octobre 1915, 3™* page, !'• eol. (article de M. Joseph Réinach).
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surd » et « bon Buropéen », selon un genre de plus en pins généralisé sans en valoir mieux, il ne me répondit pas ; ni dans ce cas, ni dans l'autre, certaines qualités ne sauraient être une excuse.
Le 3 octobre 1915, au moment où il semblait qu'on ne pouvait vraiment plus s'illusionner sur la Bulgarie, j'écrivis de nouveau au président du conseil Viviani. Je le priais de réclamer « la communication intégrale » de cinq de mes télégrammes dont je lui indiquais la date, le numéro et le sujet, et j'ajoutais :
« Souvent il se trouve des membres du Parlement pour demander si nos agents n'avaient rien prévu, n'avaient pas prévenu. Vous pourrez, après la lecture des cinq télégramnaes indiqués et qui ne sont pas les seuls, répondre, je crois, qu'il y a eu au moins un agent qui a vu juste ; mais vous pourrez ajouter que, non content de ne pas Técouter, on s'est moque de ses avertissements clairvoyants regardés et signalés par certains comme des manî« Gestations d'incapacité. »
Je nç reçus pas de réponse.
Je n'insistai" pas et je pus constater avec quelque amertume que la pratique du principe si respectable de l'union sacrée autorisait à ébranler, à détruire toute confiance ei\ celui dont la perspicacité élait et allait être prouvée par les faits, mais exigeait de garder la f ji du public en nos docteurs es bévues.
Pour sauver les apparences à leur profit, ceux-ci firent l'union contre l'agent coupable, en ne partageant pas l'erreur accréditée, de ne pas être ou paraître aveugle selon la formule de leurs hautes suffisances. Ainsi d'accord pour laisser l'accusation d'incapacité s'égarer sur qui levait eu le tort d'avoir raison contre eux, ils en arrivèrent ^
•à s'accorder pour violer les engagements pris. Une pro-^ •messe formelle m'avait été faite dès mon retour) bientôt après elle était refaite, moi aussi : à la réintégration ou à la nomination due, on substitua une indemnité .
En m 'invitant à demander mon rappeU M. Delcassé ^vait ajouté que le gouvernement examinerait avec moi à -quel poste je serais appelé. Nous nous entendîmes à ce sujet le 24 août; sa promesse de ce jour me fut formelle- «nent confirmée le mois suivant par Briand, vice-prési- <lent du conseil avant d'en devenir le président, et toujours président quand cette promesse aurait pu être tenue et ne le fut pas. Aussi, quelques jours après la démission, ^e Briand, adressai-je à son successeur une lettre le mettant au courant de ma situation.
M. Ribot ne me répondit pas . M'appelerà une fonction ^près m'avoir laissé attaquer iniquement sans me défendre, c'était rendre une explication nécessaire, avoiier la faute commise et condamner implicitement les auteurs et <;omplices de celle-ci. Par crainte, soitd'indisposer ce bloc -d'égoïsmes vaniteux, soit de trop se singulariser par un ■acte de justice, M. Ribot eut recours à l'abstention et se lîorna aussi à l'indemnité.
- Lors^de la nomination de M. Barthou au ministère -des Affaires étrangères, je lui transmis le texte de ma lettre à son prédécesseur; mais, au bout de trois semaines, il était démissionnaire. -
Le.i^ novembre, je fis la môme communication à son / •successeur M. Pichon. Au moment où ces lignes étaient •composées, plus de deux mois après, je n*ayais pas de t'épouse.
Je ne devais pas en avoir, et j'appris bientôt à mes dépens que le ministère des Affaires étrangères songeait'
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beaucoup moins à me rendre justice qu*à pi'imposer silence. Les attaques avaient été libres, ma défense ne le fut pas. Déposé à la censure le ai janvier 1918, ce volume était gardé par le ministère du quai d'Orsay où on refusa de le laisser publier. Je crus devoir mettre les deux commissions spéciales chargées de contrôler ce ministère, à même d'apprécier le bien ou le mal fondé de la njiesure prisie contre mon volume, en leur en communiquant les épreuves.
Comme son prédécesseur M. Clemenceau (page 44)i M, de Selves me répondit et me fit rendre mes épreuves. A l'exemple de son prédécesseur M. Leygues, M. Fraui! klin Bouillon, ne me répondit pas. En revanche il garda les épreuves communiquées. Si dans la forme, le Sénat s'est dilïéi*encié de la Chambre où le sentiment des convenances semble amoindri, ici et là, au fond, on adopta la même attitude, la décision fut celle de Ponce Pilate.