‹ L'Entente, la Grèce & la Bulgarie; notes d'histoire et souvenirsChapitre 86 sur 116 · CHAPITRE XXIV Le Roi Assassin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV Le Roi Assassin

Ministère Calogeropoulos. — Action de M. Veniselos. — Les entraves de TEnlente. — M. Lan^bros prend le pouvoir. — Le roi reçoit aimat)lement nos négociateurs. — Il fait assassiner nos marins.

Un ancien ministre des Finances theotokiste, M. Calogeix)poulos, forma, le i6 septembre, le nouveau cabinet, composé, b'en entendu, d'adversaires de M. Veniselos et de TEntente. Parmi eux était le gendre de M. Alexandre Skousès, Tami d^ MM. Cochin et Turot, un M. Bassias, qui sollicitait à Paris, depuis' des années, toutes les plus intéressantes publications officielles françaises et s'était ainsi, avant de se tourner contre nous, constitué une bibliothèque aux frais de la France.

Les gouvernements alliés résolurent de ne pas entrer en relations avec le cabinet Calogeropoulos, celui-ci s'étant déclaré cabinet politique, quand îls avaient réclamé, le ai juin, un cabinet d'affaires.

Le roi ne permettait plus la moindre illusion sur ses sentiments. L'interview accordée à la Neue Freie Presse dont il a été question précédemment (page 261), était connue en France par le gouvernement qui en faisait supprimer la reproduction dans le Temps du 19 septembre^ La censupe française n'était cependant pas sous les ordres

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du tsar à qui on a voulu, après sa chute, passer la responsabilité de nos ménagements pour Ck)nstantm.

La télégraphie sans fil du palais informait les Balgaro- Allemands des mouvements de l'armée de Sarrail..« Grâce à ces renseignements, l'ennemi nous -devança par une offensive aux deux ailes et Téxécution de notre plan est retardée de quinze jours » (i). Unoiïicier, frère du colonel de Tétat-major Stratigos, pilotait en Epire un soi-disant journaliste ; celui-ci « n'était autre que le prince de Lippe^ officier supérieur allemand qui devait guider plus tard Tarmée d'invasion » (2). Le 30 septembre, le roi se posait en maître, supérieur à la patrie et disait aux recrues : « il iaut un dévouement aveugle aux volontés de vos chefs parce qu'ils représentent la volonté du roi » (3).

La situation était devenue intoléi^able, M. Veniselosse décida à agir. 11 ne pouvait le faire à Athènes même,, où il ne disposait pas de la force armée et où ses amis et lui eussent été arrêtés aussitôt; on aurait de la sorte tué le mouvement dès le début, en lui enlevant ses chefs. Il s*embarqua secrètement pour la Canée le a5 septeoibre. Arrivé en Crète, il publia un appel dont je citerai la plus grande partie :

« Concitoyens,

» La coupe d'amertume, d'avilissement et d'humiliation est presque remplie. Une politique dont nous ne voulons pas examiner les causes, a produit, dans l'espace d'nn an et demi, de tels désastres dans la nation^ que cehii qui

I. Le Temps des 3o mars et 11 avril 1917, bulletin, a. Le Temps dn i5 novembre 1916, 2' page, 5' col. 3» Le Temps du as septembre 1916, 4^ page, i^ coL

APRÈS MON DÉPART ^'jS

compare la Grèce d*aajoard'hai à celle de cette époque doute qu'il s'agisse du, même Etat. ""

» La couronne, prêtant une oreille favorable aux man« vais conseillers, a poursuivi une politique par laquelle la Grèce, s'éloignant de ses amis traditionnels, a cherché à entrer en contact avec ses ennemis héréditaires.

» Les résultats de cette politique sont :

» A rintérieur, le déraillement constitutionnel et la décomposition; à l'extérieur, Tisolement et le mépris;

» Autour de nous, c'est la méfiance et la raillerie ; chez nous, l'anarchie.

» Nos amis traditionnels et les protecteurs de la Gi'èce prennent des mesures de sécurité sur nos territoires et nous considèrent comme des ennemis.

» Nos ennemis séculaires occupent nos territoires .

» Après avoir laissé vaincre nos alliés serbes, nous avons aidé les Bulgares à triompher.

» Nous avons empêché les premiers de passer sur notre territoire pour faire face à Tennemi commun, et nous avons ouvert le chemin à ce dernier pour faciliter son triomphe.

» L'armée grecque, victorieuse en 1912 et I9r3, abandonne sans combat les régions conquises trois- ans auparavant.

» Rupel, Kavala sont occupes. Les populations grecques luient devant Tenvahisseur.

» Le drapeau grec est remplacé par celui du roi de Bulgare, et l'armée grecque reçoit l'ordre d'assister en témoin passif à ce crucifiement de la nation.

» Les notables grecs sont emmenés par les Bulgai*es pour des destinations inconnues ; les comiladjis sont libres d'agir à leur guise.

2lj6 QUATRIÈME PAIlTIE -

I) L*heUénisme en Asie-Mineure est déraciné.

» De tous les coins de la Macédoine les réfugiés affluent, etTarmée grecque est conduite en Allemagne, bumiliée>..

» ... Il ne nous reste d'autre alternative, pour sauver la patrie, que cette action isolée avec cette partie de la nation qui croit que, si la Grèce ne collabore pas avec ses alliés naturels en vue d'une rénovation de l'Orient, l'Etat grec et la nation grecque périront.

» Nous faisons donc appel à Thellénisme, en Finvilant à nous prêter son concours.

» Nous sommes sûrs que la nation aura assez de forces pour réaliser le miracle nécessaire pour sauver l'Hellade » (i).

L'amiral Coundouriotis, ancien ministre de la Marine, puis le général Daiiglis, ancien ministre de la Guerre, le rejoignirent et constituèrent avec lui un gouvernement provisoire.

« Nous résolûmes, dit M. V^eniselos dans son interview de l'agence Havas, d'aller d'abord partout où deux laits nous assuraient la réussite, c'est-à-dire dans toutes les régions qui manquaient de troupes et où il était avéré que la majorité de la population était pour nous, avec l'intention formelle de briser la résistance sur tous les points où elle tenterait de s'opposer à notre mouvement ; puis de poursuivre plus tard notre œuvre, au besoin par les armes, lorsque nous aurions accru notre force, sur tout le reste du territoire grec.

» G est ainsi que nous avons commencé par soulever la Grète, puis Samos, Ghio, Mitylène et Lemnos où nous établîmes le gouvernement provisoire. G'èst ensuite que nous

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