VINGT-SIXIÈME FAMILLE
LES DIFFORMES OU AN0M1PE&. PL 3. fig' 9'
Carnet. Corps alongi" ; à Icte dégagée du corsiîlct; paîtcs aniérieuics plus larges ou plus longues que les aulres ; lous les tarses à c'ukj articles.
La forme des patles de devant , «les aniennrs el de l'abdonicn, distinguent parfciilcnicnl les trois genres qui composent celle famille.
Genres. Mante, phyllie , phasme ou spectre,
A l'excepiion de quatre ou cinq manies et d'un phasme qu'on trouve dans le midi de l'Europe, tous les insectes de celle famille sont exotiques, ils sont en général d'une grande taille ; il y çn a qui atteignent jusqu'à dix pouces de longueur. Us ont ordinairement des formes très singulières. Les ailes des phyllies resseniLlent à des feuilles tant par la forme que parla couleur et la disposition des nervures ; quand ces insectes sont sur les arbres, il devient alors difficile de les distinguer. Leurs cuisses offrent aussi une particularité très remarquable , c'est un appendice foliacé qui cache la jambe de l'insecte à volonté.
Les manies que les habitans du midi de la France , ont nommées pvegadiou ou prie dieu , inspirent une certaine vénération aux habitan»
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des campagnes, ils le regardent comme un insecte sacré. Cet insecte semble manifes'.cr des senllmens religieux; scJ deux pâlies de devant analogues à des bras se licnneut croises ; l'animal se redresse, surtout en confeinplant le soleil , et semble demeurer en adoration. Aussi en Turquie les mantes sont très vénérées des dévots musulmans qui craindraient d'en tuer une seule , et qui en récitent mille contes superstitieux. Niérembcrg, dans son histoire naturelle , rapporte très gravement que saint François Xavier se promenant dans un jardin , une mante dévole vint se placer sur sa main ; il lui ordonna de chanter les louanges de Dieu, et elle entonna à haute voix un très beau cantique. Manie, (^«vn; en grec signifie devin, parcequ'on s'est imaginé que les mouvemens de cet insecte indiquent les choses.
On raconte qu'un paysan provençal qui portait ses provisions à la ville , s'en retourna chez lui, parcequ'il crut voir dans les mouvemens d'une mante, qu'il trouva sur son passage, qu'elle lui indiquait le chemin de son logis; il se serait probablement cru exposé à quelque grand danger s'il eût persisté dans son voyage- Les mantes sont très carnassières et ne vivent que de rapines; elles saisissent avec leurs pattes antérieures, qui sont en forme de pince, les petits insectes qu'elles peuvent attraper, les
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pnrîent à leur Louche cl les dcvorcnt. Poncl rapporte un fait qui prouve à quel poinJ elles sonl voraces et dépourvues de sensibiliic ; il a renfermé ensemblo un mâle et une femelle: celle-ci saisit le mâle avec ses pinces, et lui coupa la tele, elle reçtit ses caresses après l'avoir nujiilé , et finit par le manger.
Les femelles pondent des œufs alongcs , de couleur jaune ; elles les placent ordinairement sur les tiges des plantes , disposés sur deux lignes ; à mesure qu'ils sortent de son corps, il s'en écoule en meme(emps une matière épaisse, qui , en se desséchant à l'air, forme une espèce d'enveloppe assez grande , qui a la consistance du parchemin, sous laquelle les œufs sont à couvert. Comme dans les insectes de l'ordre des orthoptères, les nymphes ne diffèrent des insectes parfaits que par les élyfres et les ailes qui , au lieu d'être libres, sont renfermés dans des fourreaux aplatis et placés sur leur corps, l'.lles vivent et agissent de même.
Les pliasmes ou spectres sont les plus longs de tous les insectes connus. A l'exception du j>hasme de Iiossi\ qu'on trouve dans le midi de la France , toutes les espèces sonl exotiques.
Iba ENTOMOLOGIE,
VmCxT-SEPTIÈME FAMILLE.
LES GRYLLIFORMES OU GRYLLOÏDES, PL 1^. Jlg. I.
Caract. Cuisses postérieures beaucoup pliK longues el plus grosses que celles des autres pat i es, et propres au saut.
Les sept genres rapportés à cette famille sont distingués entre eux parla forme des antennes» qui varient beaucoup; car elles sont en soie, en fil ou en prisme : par le nouibre des articles, qui varient de trois à quatre.
Genres. Locuste , truxale , sauterelles , criquet, gryllon, fridactyle , courlillière.
Tous les insectes de cette famille ont entre eux la plus grande analogie , et forment un groupe très naturel.
Les locustes sautent avec facilité à l'aide de leurs pâlies postérieures qui sont beaucoup plus longues que lits, autres. Les mâles font entendre un bruit qui est produit par le frottement des élytres l'un contre 1 auîre , c'est ce bruit qu'on appelle vulgairement le clumt des sauterelles. Les locustes sont très répandues dans les prairies; elles se nourrissent d herbes et de plan:es dont elles Ibnt une grande consominaiion. Les fenjellcs sont armées à l'anus d un sabie ou coutelas avec lequel elle déposent leurs œufs
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dans la terre. Les locustes font Lien quelques ravages tlans nos campagnes , mais ils sont beaucoup moins considérables que ceux que nous causent les criquets avec lesquels on les a confondues.
Les Iruxales sont très remarquables 'par la forme de leur tele qui est alongée , conique , formant une espèce de pyramide , dont la parlie postérieure est comme la base , et la partie antérieure le sommet ,• parleurs antennes comprimées, ayant aussi la figure d'une pyramide, et par la longueur de leurs pattes postérieures.
Ces insectes sont tous exotiques et ne se trouvent que dans les pays chauds. On ne connaît point leurs mœurs.
Les sauterelles ont les mêmes mœurs que les locustes avec lesquelles elles ont de très grands rapports.
Les criquets sont des insectes très connus, niais le plus vulgairement sous le nom de sauterellgs avec les{|belles ils ont été confondus par la plupart des naluraiistes. lis vivent comme les sauterelles d'herbe et de toutes sortes de plantes , ils fréquentent les prairies et les champs cultivés : Les ravages qu ils exercent sont considérables. Ces insectes mordent avec force, et les grandes espèces peuvent percer la peau de la -main. Les deux dents qu ils font mouvoir entre les deux lèvres, sont fort grosses
et fort dures. Les criquets, oulre la faculté de sauîer fort loin , ont encore celle de voler. Les ailes qui leur servent à cet usage , sont repliées sous leurs étuis qui sont fort étroits : lorsqu'elles sont déployées , on est étonné de leur grondeur. Quelques unes sont en outre ornées ùe couleurs variées, vives et brillantes qu'on n'aperçoit point lorsqu'elles sont repliées, et oui feraient prendre ces insectes lorsqu'ils volent pour de beaux papillons. C'est la force et l'étendue du vol , autant que la voracité de certaines espèces de criquet , surtout de celle appelée vulgairement sauterelle àe. passage ^ sauterelle ènngrcmte , qui rend ces insectes plus redoutables que les vraies sauterelles qui ne peuvent voler ni si haut ni si loin. On n'a que trop entendu parler de ces criquets , qui , dans les contrées du Levant, comme aussi dans l'Afi ique , se multiplient si exiraordinairemenl , et se montrent en si grandes troupes, dévastant tous les pays par où ils passent , et en dévorant toute la verdure. Originaires de la Tartarie et des pays de rOileni, ils parcourent et ravagent la grande Tartarie, la Pologne, l'Arabie et tout le Levant .; ils pénètrent souvent dans les provinces de l'Allemagne et d'Italie , et volent toujours de l'est à l'ouest selon la remarque de Frisch. Les criquets que Shaw a observés dans la Barbarie , et dont il rapporte les de-r
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vasiaiions caormes dans ces pays , paraissctit clic les mcincs que ceux de la Tarlarie. Ka 1744-1 ces insccics pénétrèrent non seulenjcnt en Allemagne, mais même jusqu'en l{ollande, en Angleterre, et jusqu'à l'exlrémilé occidentale de notre hémisphère; ils se montrèrent aussi en Suède , et ils durent nécessairement passer par-dessus la mer Ualtique : on peut juger par là du long chemin qu'ils sont capables de traverser en volant. Partout où ils passent comme des corps d'armées, ils dévorent er.îièrement tant l'herbe que le blé, et généralement toutes les plantes. Dans la fameuse retraite de Charles X-II, roi de Suède, en Bessarabie après sa défaite à Pultava, des colonnes épaisses de criquets s'élevèrent contre son armée du côté de la mer, après avoir traversé des provinces et les détroits du Pont- Euxin : elles arrivaient à flots si épais, qu'il semblait voir une vaste éclipse de soleil ; des millionis d'entre elles rasaient la ferre comme des hirondelles, et leur vol rendait un bruissement plus fort que celui d'une tempête ; les prairies les plus verdoyantes, les moissons les plus riches, devenaient en peu d'heures des plaines de sable nu ; elles rongeaient jusqu'aux pories des maisons , et les chevaux qui les écrasaient en marchant mouraient de faim faute d'herbes. On ne doit pas être surpris s'ils ont
formé une des «opl pbics d'Egyple , donl Tlûstoire sacrée a fait mention.
Ce qui rend encore les criquets un fléau redoutable c'est leur fécondité , qui est quelquefois si prodigieuse qu'on les a comparés à des nuées , plus terribles sans doute que celles mêmes qui portent la grêle et les orages : car outre qu'ils conimetient les mêmes ravages sur la terre , ils répandent après leur vie l'infection et la mort dans l'air.
Si les criquets ainsi que les sauterelles peuvent occasioiier les plus grands ravages, et sonf quelquefois la terreur des peuples donl ils dévastent les camp »gues ; il est certaines contrées , peu favorisées il est vrai des bieufaiis de la terre , où les habitans condamnés à faire leur nourriture de ces insectes, semblent vouloir leur faire coinpenser ou leur faire expier le mal qu'ils font ailleurs. Vers les cô^es de Barbarie, dans l'inlérleur des terres incultes et presque désertes , on se nourrit de sauterelles ou de criquets , qui y sont en abond.rnce , grands et dodus comme les pays cliands les produisent généralement. On en recueille un grand nombre , que l'on fait ensuite rôtir dans des trous creusés dans la terre , et où l'on a mis de la braise; c'est ce qui a été aSteslc par plusieurs navigiteurs qui ont fait naufrage sur ces cotes. Les anciens ont fait meulion d'un
peuple qui ne se nourrissait que de sauterelles.
Les criquets font entendre par le tVolteuienl de leurs élytres un bruit semblable «1 celui que produisent les sauterelles. Du reste il y a la plus grande analogie entre les mclaniorplioscs elles mœurs de ces deux genres.
Lesgryllons, qu'on appelle vulgairement cricri^ sont connus de tout le monde ; ils vivent dans les maisons, dans les trous des cheminées, particulièrement auprès des fours des boulangers; ils s'y tiennent cachés pendant le jour, mais dès qu'il fait nuit , ils en sortent pour chercher leur nourriture qui consiste en pain , farine, et autres provisions de bouche. C'est aussi pendant la nuit qu'ils font entendre ce son aigu et continuel qui devient si importun : ils le produisent en élevant les élyires de manière qu'ils forment un angle aigu avec 1. ur corps, alors ils les frottent l'un contre l'autre par un mouvement horizontal et très vif, et par ce mouvement, ils causent ce son qui rend le voisinage des grylions si désagréable. Ils se servent de ce moyen pour fiire connaître leurs désirs amoureux à leurs femelles ; celles-ci sont muettes , parceque leurs élytres sont différemment conformés et moins solides que ceux des mâles qui ont la sécheresse et l'élasticité du parchemin.
Le gryllon champêtre ressemble beaucoup
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au giyllon (loiiieslique, ce qui le distingue c'esl le goût différent d' habitation qu'il manifeste. On le trouve pendant l'élé dans les champs, et c'est dans la terre qu'il établit sa demeure et bâtit son nid. 11 craint le froid et ne résiste pas aux hivers un peu rigoureux. Dans la belle saison, au coucher du soleil et pendant la nuit , ces insectes sortent de leur retraite et font entendre leur chant. Ils se tiennent dans les pâturages et les prés, plutôt que dans les lieux ombragés et obscurs. On peut s'apercevoir que plus on esi éloigné d'eux , plus le son qu'ils rendent est aigu et perçant; ils l'affaiblissent au contraire à mesure qu'on s'en rapproche, et ils se taisent tout-à-fait quand on en est trop près. Les enfans s'amusent à la chasse de ce gryllon, en jetant dans son trou une fourmi liée à un cheveu, et en la retirant, le gryllon ne manque point de s'attacher à sa poursuite et de sortir. Pline nous dit qu'on peut le prendre plus promptement et plus aisément, et qu'on n'a qu'à introduire dans la petite caverne habitée un petit rameaus long et délié, on voit aussitôt paraître l'insecte , comme pour faire rendre raison de l'injure; d'où est né le proverbe stulHvr grlllo^ pour désigner celui qui pour une cause légère provoque son ennemi en allant au-devant des pièges qu'on lui tendait.
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La courùlllèrc ou laupe-giyllon csl le (léau de nos jardins. Cet animal a les paltes anlérieurcs grosses, aplaties et dont les jambes très larges se terminent en dehors par quatre grosses griffes en scie , et en dedans p:.r deux seulement; elles présentent des mains larges et plates, garnies de pointes qui ressemblent à des doigts ; entre ces espèces de griffes ou de doigts est situé et souvent caché le tarse. Cet insecte vit sous terre , principalement dans les couches, où il fait beaucoup de ravages en coupant et rongeant les racines. 11 fouille dans la terre à la manière des taupes, et ses pattes de devant servent particulièrement à cet usage. Le soir et pendant la nuit il «juitte sa caverne pour faire entendre un son très perçant, et dans lequel il semble s'applaudir à lui-même.
La femelle est dépourvue de tarière ; elle pond ses œufs dans une espèce de boule qu'elle constnjlt d'une terre convenable ; elle les y dépose en monceau, et quelquefois jusqu'au nombre de trois cents; après la ponte elle ferme exactement cette boule , et la consolide de toutes parts; elle ne semble pas ignorer que si elle laissait quelque ouverture , quelque trou, sa progéniture serait bientôt la proie d'autres insectes. Elle ne l'abandonne pas, et met une sollicitude active pour rouler celle boule sur la surface de la terre , lorsque la chaleur peut être
nécessaire , ou pour la Iransporler au fond du terrier, lorsqu'elle peut craindre les dangers de l'humidité. Elle a aussi le soin de placer ses œufs à portée des racines qui doivent servir de nourriture aux jeunes courtillières, qui ne diffèrent de l'insecte parfait que par le défaut d'ailes.
LES NEVROPTEKES.
Carnet. Qualrc ailes nues , d'égale consistance, à nervures ou lignes saillantes en réseau, ou maillées ; des mâchoires.
La conformation de la bouche, en rapport avec les mœurs des différens genres, a indiqué leur distribution en trois familles , ainsi que la disposition des ailes.
Cet ordre, quoique fondé sur la forme des ailes et sur l'existence des parties de la bouche disposées de manière à couper les matières solides, n'est cependant pas très naturel , parce ^ que les mœurs et les métamorphoses offrent souvent , dans une même famille , de fort grandes dissemblances.
Les Stégoptères ou tectipennes, par exemple , dont la bouche est toujours formée de parties très distinctes, et qui portent les ailes en toit , comme leur nom l'indique, proviennent pour la plupart de larves carnassières qui souvent tendent des pièges aux insectes dont elles se nourrissent , ou qui attaquent ceux qui vi-
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venL en familles et dont la marche est lenle : elles se filent un cocon, et leur nymphe est immobile , comme celle des coléoptères. D'autres larves se développent sous les écorces et dans le bois ; quelques unes vivent en grandes familles, et on observe dans ces sortes de sociétés gynocratiques , comme chez les abeilles, un grand nombre de femelles neutres , une seule femelle féconde , et un grand nombre de mâles qui n'existent que le temps nécessaire à leur développement et à la fécondation. Enfin il en est quelques unes qui paraissent se développer sous l'eau. La plupart , sous l'état parfait , ne vivent que quelques jours : tels sont les fourmilions, qui ont les antennes en fuseau ; les ascalaphes , qui les ont terminées par une petite masse , comme les papillons ; les hémérobes , qui les ont en soie , et les panorpes et les semblides , qui les ont en forme de fil. Tous ces genres ont cinq articles aux tarses, tandis qu'il n y en a que quatre dans les raphidies , deux dans les psoques, et trois.*dans les perles et les termites.