‹ L'entr'acte idéal: histoire de la Rose+CroixChapitre 7 sur 13 · SIN · texte numérisé non relu

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récole naturaliste et incroyante, et il s'exaspérait à voir triompher avec nous les idées antipodes des siennes propres. Nous avions d'ores et déjà l'honneur de représenter l'idéalisme et le catholicisme intellectuel, toute l'armée satanique nous conspuait et nous accablait de ses traits. Les critiques d'art et les simples chroniqueurs et soiristes demandèrent un vernissage spécial et vinrent en plus grand nombre que jamais : on en compta cent quatre-vingtonze. Le lendemain le public afflua ; quinze mille entrées furent régulièrement constatées. Et la proportion se maintint durant toute l'exposition. Et ce n'était plus la même foule qu'aux premières manifestations de Durand- Ruel et du Dôme central : le personnel n'avait point varié sans doute, mais son esprit s'était entièrement renouvelé. Plus de rires, plus de moqueries, plus de haussements d'épaules, plus de plaisanteries bruyantes, une multitude compacte, attentive, silencieuse, s'arrêtant longuement devant chaque ouvrage n'en oubliant aucun, vraimentjsaisie, vraiment émue par notre haute formule incarnée] dans des œuvres toutes valables, dont un bon nombre étaient de premier ordre. Mais cette fois le

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Grand Maître avait impitoyablement consigné à la porte la fantaisie et l'impressionisme, dix élèves du grand Gustave Moreau nous avaient envoyé d'admirables choses, il ne nous manquait que le maître lui-même qui au dernier moment ne se décida pas. Si la mort ne l'eut point surpris, il avait l'intention de nous demander une exposition spéciale pour l'ensemble, alors ignoré de tous, de ses tableaux magnifiques. Quelle gloire, quel honneur incomparable c'eut été pour nous ! Nos meilleurs de la fondation se déployèrent dans tout leur éclat : Knoppf, Aman- Jean, Cornillier, Séon, Osbert avaient à leur service de vas tes cimaises pour étaler leurs belles conceptions avec plus de bonheur et de succès qu'en aucun temps.

Nous exposâmes une statuette bien curieuse :

un Balzac fait du vivant de l'auteur par l'un de ses amis, le sculpteur Van Bostheroot^ aïeul maternel de notre cher et éminent confrère Marquet de Vasselot.Le vrai Balzac, celui-là, dans sa houppelande et dans l'embonpoint de sa face non idéalisé, mais représentant la pleine puissance du réel saisi et disséqué par ses mains subtiles. L'œuvre attira Tattention générale, comme bien on pense, elle fut très

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commentée et discutée, d'autant plus que la question de la statue de Balzac qui depuis dixsept ans s'éternisait, ne paraissait pas tendre vers une solution prochaine. Une véritable fatalité poursuit l'érection du fantôme de ce grand homme, du plus noble marbré que Paris doive jamais contempler. Chapu meurt en plein travail : Rodin après de longues années nous présente ce que j'ai appelé, bien justement je crois, une puissante suggestion plastique, œuvre d'intellectuel pur, mais passant très au-dessus des appréciations de la foule. Falguière enfin demande et obtient l'exécution définitive, il succombe lui-même avant d'avoir parachevé. Cette œuvre était du moins assez avancée pour être terminée par des mains de disciples et de praticiens, ce qui est advenu. Nous tenons maintenant l'icône, C'est la Société des gens de Lettres que j'ai le grand honneur d'administrer qui a entrepris la glorification du grand penseur et qui malgré toutes les traverses et tous les déboires a fini par aboutir. Si je parle de ces choses à propos de la Rose-j-Croix, c'est que Balzac est l'écrivain Rosi-Crucien par excellence, qu'il 6*est montré occultiste de premier ordre, an-

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nonciateur et précurseur de ces études troublantes qui préoccupent tant depuis vingt années l'élite humaine dans ces œuvres magistrales et immortelles, longtemps incomprises, qui s^appellent Séraphita, Louis Lambert, la Recherche de TAbsolu, Ursule Mirouet. Il me sera permis sans doute puisque j'effleure cette question de la statue de Balzac d'exprimer un regret : Celui que les bas-reliefs de Marquet de Vasselot représentant tous les personnages de la Comédie humaine avec leurs attitudes, leur costume et leur psychologie n'aient pu trouver jusqu'à ce jour un lieu d'exhibition publique. Marquet de Vasselot est l'artiste qui a le plus étudié Balzac et ses bas-reliefs qui font vivre d'une vie intense et pour ainsi dire s'agiter et grouiller dans une mêlée pittoresque les cent trois personnages que créa ce grand cérébral, constituent une œuvre unique, saisissante, originale, synthétique, que je me permets de signaler à l'acquisition du ministère des Beaux- Arts. La statue de Falguière sera très honorable. Elle a figuré en grande maquette à je ne sais quel Champ-de-Mars : Des critiques ont été faites^ nul statuaire ne les eut évitées, il faut bien se le dire, se fut-il appelé Mercié,

Dubois, Puech,ouMarqueste ; ceux-ci n'étaient du reste que les pairs du grand artiste disparu. Le premier projet en date, celui de Chapu, dont l'exécution fut interrompue par la mort du sculpteur, quoique peu avancé, ne satisfaisait point tout le monde.

Vers le milieu de la sixième Geste, nous eûmes Toccasion d'exercer un acte de pitié bienfaisante qui est demearé dans ma mémoire à régal du plus précieux souvenir. Un pauvre diable de rapin, sans aucun talent d'ailleurs» nous avait préparé une toile excentrique et dépourvue de toute valeur soit d'idée, soit d'exécution. Il s'agissait d'une théorie de pendus qui grimaçaient au clair de lune. C'était une croûte insigne et nous dûmes opposer au candidat un refus absolu d'admission. Il fut navré et se borna à nous répondre:

C'était pourtant, Messieurs, un morceau exécuté selon la formule de Baudelaire.

En pleine exposition, trois semaines après cette première rencontre peu satisfaisante nous vîmes revenir vers nous le barbouilleur romantique. Il avait l'aspect si malheureux, si désolé qu'il me toucha avant tout discours..,

Le discours hélas ! il ne me l'épargna point. Il me fit connaître qu'il était tellement Baudelairienque ses camarades d'atelier l'avaient surnommé « La Charogne y> en l'honneur, affirmait-il de Tode célèbre du maître infernal. Je me demandai un instant si cet interlocuteur au sobriquet nauséabond, ne voulait pas se moquer de moi : en aucune façon, l'infortuné avait des larmes aux yeux en me narrant sa ridicule histoire. J'appris, et ainsi toute envie de rire fut chez moi réprimée, que ce pauvre bougre était saisi et allait être vendu le lendemain dès la première heuie à laquelle Messieurs les huissiers aient lalicence de perpétrer leurs actions héroïques. — Avec deux cents francs, me dit l'homme, je serais

sauvé et pour jamais J'ai songé que la

Rose+Croix qui apuêtre sévère pour l'artiste (?) insuffisant serait débonnaire à l'être dénué qui a pour le moins manifesté sa bonne intention esthétique.

Je fus très touché, mais nous n'avions pas de tels excédents de recettes qu'il nous fût possible d'abandonner ainsi dix louis à la sébille d'un quémandeur si intéressant qu'il pût être. Il fallait quêter cette somme parmi

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mes riches zélateurs, et j'ai déjà exposé combien les plus opulents se montraient rétifs et refroidis dès qu'il s'agissait de passer des louanges proclamées à Fenthousiasme monnayé.

Dieu m'inspira le choix difficile. J'écrivis prèsque impérativement à cette femme charmante, connue depuis le dôme central et que j'ai qualifiée de brune à l'âme blonde. Son âme se montra plus blonde que jamais et dans les quatre heures après l'expédition de mon petit bleu elle se présenta elle-même porteuse empressée et tout attendrie de la rançon du baudelairien. Je voulus pour compléter la douceur de Toffrande que la généreuse donatrice remit elle-même l'argent au bénéficiaire d'urgence convoqué. Cette attention fut très heureuse: impossible de dépeindre la joie matérielle et esthétique éprouvée par ce pauvre « charognard » à Taspect de cette aumône à lui impartie par la main d'un ange.

— Quel sujet de toile, me souffla-t-il avec des sanglots dans la voix. Qu^en dites-vous, commandeur?

Je n'eus pas le courage de lui dire : Gardezvous bien de le traiter. C'eut été assombrir le soleil de sa joie. Aussi, quelques jours après,

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vînt-il m^apporter, à l'adresse de sa bienfaitrice un pastel horrible, imitant les pires chromos et reproduisant d'intention la scène touchante qui avait eu lieu quelques jours auparavant. Je m'engageai à faire tenir l'offrande es mains de la dame, mais je prévoyais un cri d'effroi. Je fus très agréablement surpris en ne constatant que l'expression d'une très douce pitié et un billet bleu supplémentaire de cent francs me fut remis à destination du pauvre envoyeur. 11 délira de satisfaction et voulut récidiver en quelque abomination nouvelle : Je Tattristai en m'opposant à cet nouvelle effusion de gratitude par cette formule bien en situation :

Allez ^ mon ami, etne peignez plus.

Le lendemain même de cette charité matérielle, je réussis une aumône sur le terrain spéculatif qui me fut encore plus précieuse que le sauvetage du mauvais artiste. Un de nos vieux camarades, positiviste endiablé, matérialiste féroce, venait presque chaque jour, inspecter longuement les œuvres exposées, comme arrêté par un magnétisme qui l'eut séduit et enchaîné. Il avait commencé par déblatérer avec colère contre cet art qu'il

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jugeait — avec raison — être une insulte aux pommaderies officielles des salons courants, aux « crépons et aux bodegones » et aux petites fermières confuses que des gars embrassent derrière la margelle des puits.

Malgré son hostilité préconçue et violente, on sentait chez ce visiteur Faction de la grâce sanctifiante deTidéal qui se battait avec énergie contre la vieille routine invétérée des traditions de l'académie Jullian. Il me dit un jour:

— Ce qui m'exaspère le plus dans l'examen de toutes vos machines c'est que pour être logique, si l'on admire votre fatras, il faut être catholique et aller à la messe.

— Parfaitement, répondis-je, c'est une conséquence à laquelle nous ne contraignons point nos partisans mais qui découle naturellement de notre profession de foi catholique.

Il entra dans ime furieuse colère.

— Alors vous me voyez^ moi, allant à la messe?

— Je ne vous ai pas encore vu commettre cet acte exorbitant, mais cela viendra peutêtre.

Il nxeut injurié... Il s'éloigna en sacran

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et en tempêtant avec des assomptions de bras.

Il revînt au bout de quelques minutes rasséréné .

— Et pourtant, dit-il, cela vous attire, vos petites choses. Vous avez là des femmes qui ne ressemblent pas à celles de la Source ou delà Salamandre... Cane fait rien, c'est votre messe...

Je haussai les épaules avec bienveillance.

Quatre jours plus tard, le matérialiste, se remontrait à moi tout penaud, l'oreille basse.

— Eh bien, voilà, me dit-il en pétrissant ses gants avec nervosité Voilà Voilà

— Je ne vois rien.

— Oui.-... Oui, mon cher... je vais à la messe...

Le Grand Maître résolut à cette époque de joindre un exposé théorique à Texhibition des œuvres Rosif Gruciennes et annonça trois conférences en progression géométrique d'idéalisme sur l'amour, l'art et le mystère. Je laisse à penser si l'on se précipita. Le Tout- Paris élégant se pressa autour de l'oracle pendant trois jours de suite : Pour être exact il

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faut bien dire que l'art eut un peu moins d'auditeurs que Tamour, et le mystère encore un peu moins que l'art. C'était à présumer, il n'en pouvait être autrement. Les trois journées fournirent au demeurant trois mille personnes.

Le Maître du Temple qui est un causeur éblouissant, est un orateur hiératique, son éloquence convient à merveille aux questions très hautes qull aime à traiter. Le succès fut considérable. Un grand effet était véritablement produit en un milieu où pendant longtemps la frivolité avait régné en souveraine- On prenait tous ces personnages plutôt légers et futiles, par leur snobisme, mais une fois saisis ils ne nous échappèrent plus et l'empire exercé par nous sur un grand nombre aboutit souvent, comme dans le cas du positiviste que je viens de citer à des conversions véritables. Ce fut l'apostolat pour la Beauté. Moyen de prosélytisme et de propagande qui n'est pas à la portée des missionnaires courants, mais bien réel, bien efficace amenant au vrai des âmes de qualité. Si ce fut un défaut, nous l'avouons. La conversion d'une grande dame nous réjouissait davantage

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que celle d'une prédestinée aux catéchismes de persévérance.

A la suite de ces conférences célèbres, la période déjà ébauchée s'ouvrit en plein des consultations psychologiques... Nous devînmes de véritables confesseurs laïcs et les cas les plus intéressants, les plus divers nous furent soumis par des personnes avides de savoir, presque toutes de bonne volonté et qui espéraient, certes à bon droit, retirer de nos entretiens lumière et conseils. On s^adressait surtout au Grand Maître; quand il ne pouvait ou se trouvait débordé, le Commandeur toujours prêt à toute besogne, recevait la confidence des âmes et de son mieux les éclairait, les guidait, les réconfortait. Plus qu'à toute autre époque que les âmes d'exception sont dolentes et tourmentées, au sein même de Ja vie frivole, mondaine, élégante, mouvementée, l'appel de ridéal se fait entendre, proposant des énigmes, offrant des problèmes soulevant des volontés et des désirs autour des réalités quotidiennes. Même chez les blasés, l'attirance du pur amour se révèle, la dévotion aux sentiments éthérés, éclate sur les fumiers de

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la concupiscence et Baudelaire fut un annonciateur lorsqu'il écrivit :

Quand chez les débauchés Taube blanche et ver- Entre en société de l'idéal songeur [meîlie

Par rincarnation d'un mystère vengeur Dans la brute assoupie un ange se réveille.

Le goût de l'art n'est plus une simple fantaisie, un caprice d'un ordre particulier,' un délassement quelconque, pour les âmes dont je parle et qui sont légion, ce goût correspond à une recherche psychique, à un besoin de révélation intérieure par une voie plus douce et plus charmeuse que le chemin montueux, pénible, raboteux des enseignements et des doctrines. Il nous appartenait d'indiquer que cette route, au fond légitime, si elle est pleine d'enchantements, est hérissée de périls et peut conduire un imprudent en pleines ténèbres, au lieu de le guider vers les salutaires clartés. C'est bien encore ici le cas de dire :

Non omnibus licet adiré.

L'art est plein de dangereuses tentations, le rayon céleste s'y emmêle aux diaboliques phosphorescences... On parle souvent de la

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beauté du diable, elle est incontestable^ et sur nos facultés que sans cesse le démon pervers assiège, elle exerce une influence plus efficiente, plus tyrannique que la splend^jur divine dont la source évolue sur on plan trop éloigné des pauvres rivages humains. Toute une série d'Anges fut entraînée dans la révolte luciférienne et le chef des rebelles eut assez de force pour attirer dans sa fatale orbite de purs esprits qui avaient cependant contemplé l'ineffable mais qui n^étaient point confirmés en grâce. Rappelons-nous que ce ne fut pas la méchanceté qui perdit Satan, mais l'orgueil et un orgueil non exempt de beauté, ô mystère insondable ! Satan voulut accaparer la mission de Jésus et opérer la rédemption du monde. Crime prodigieux, justement châtié par l'irrémissible déchéance mais oserai-je le dire, n'exhalant pas aux yeux de l'homme l'horreur commune attachée aux grands forfaits. L'Eglise elle-même s'est écriée : Félix culpâf

La Rose-J-Croix fut amenée en ce moment à se prononcer avec la plus grande énergie contre im spectacle abominable qui tendait déjà à s'implanter en France et qui sollicita

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puissamment une foule d'êtres curieux et passionnés, avides d'émotions violentes. Le Grand Maître a mandé contre les courses de taureaux, il a même rappelé publiquement à l'archevêque que l'autorité ecclésiastique avait le devoir d'intervenir pour jeter l'anathème sur ces arènes sanglantes où l'on étripe des pauvres bêtes avec l'arrière-pensée très certaine qu'il serait encore bien plus amusant de voir éventrer des hommes... accident heureux qui d'ailleurs se produit quelquefois. Les aficionados — les affectionnés ! quelle infamie ! — pratiquent inconsciemment peut-être mais avec une volupté sauvage la huitième espèce de luxure^ Tune des plus hideuses, la luxure sadique : Les Courses de taureaux sont du sadisme pur et simple. Ce plaisir immonde n'est pas français et il doit être chassé hors de France. C'est un vieux reste des infâmes Colysées entretenu par le peuple créateur de l'Inquisition ; de grâce qu il y ait encore des Pyrénées ! et que les pouvoirs publics armés d'une loi sévère frappent et dispersent tous ces buveurs de sang, ces dévorateurs d'entrailles répandues... Il s'est formé en France depuis quelques années un parti na-

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tionaliste. Je signale à son activité un but plus glorieux que les combats politiques, la suppression des courses de taureaux qui ne sont pas nationales, qui sont une importation étrangère un souvenir mêlé de Néron et de Torquemada. J'énonce qu'il n'existe pas d'abomination lubrique plus grande que l'efTasion du sang pour le plaisir des yeux.

Dans cette conjoncture c omme dans quelques autres on a blâmé la Rose f Croix d'adresser des remontrances aux autorités ecclé" siastiques. Mais pourquoi donc en vérité ? On a parlé de Gros- Jean qui en remontre à son curé : Malheureusement, de nos jours, les bons curés sont bien souvent inférieurs aux Jean gros et petits. Il faut bien se persuader unechose à laquelle nul ne songe et qui est pour tant écrite tout au long non dans les in-quartos ésotériques mais dans les simples catéchismes enfantins: L'Eglise est rassemblée des fidèles, ce n'est pas seulement l'assemblée des pasteurs, et la force de l'église est cette union indissoluble des bergers et du troupeau. Du moment que nous faisons partie intégrante de l'église, que nous sommes son sang et sa chair, nous pouvons nous faire entendre, et

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le droit de remontrance — toujours respectueuse — existe pour nous à Tégard des conducteurs de nos âmes. Ces conducteurs, je me hâte de le dire, sont honnêtes et bien intentionnés, mais insuffisamment instruits par la pâture surannée de Saint-Sulpice ; de plus, ils ignorent totalement la psychologie. Un confesseur psychologue refusera énergiquement l'absolution à une femme qui se complaît aux corridas de muerte, il se rendra compte qu'il y a dans ce carnage une excitation orgasmatique, une salacité infâme, une pollution intellectuelle et parfois sensorielle, une titillation brutale aux centres érectiles, un appel à la monstrueuse pâmoison. Osons dire la vérité toute crue pour le salut des sincères, le toréador est un marlou splendide, et dans ses estocades rouges les femmes aux instincts de marmites voient le mâle athlétique et musculeux prêt à leur administrer des flaupées épouvantables, condiment apprécié des subséquentes caresses, avant-goût pimenté des bestiales étreintes.

La sixième Geste s'acheva triomphalement comme elle avait commencé, et la louange presque universelle étouffa cette fois la ran-

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cune des haines et raboiement des envies.

Un des adversaires systématiques disait avec mauvaise foi vraiment admirable en sa candeur:

Ce n'est plus drôle ? il n'y a plus d'excentricités.

A l'issue de l'exposition de 97, je l'ai écrit au début de ce chapitre, le Grand Maître prononça la rentrée en sommeil, nullement la dissolution, de l'ordre intellectuel chevaleresque, qui avait accompli si brillamment une hexade créatrice et informatrice. Les Rose ^ Croix n'ont pas l'habitude de discuter les mesures prises par leur chef, confiants qu'ils sont et demeurent, dans les raisons de sa sagesse et dans le réveil de Brunehild.

Mais nous ne disparaissions point à la suite d'une défaite, notre astre se couchait dans sa gloire.

C'ÉTAIT LA FIN DE l'eNTR'ACTE IDÉAL,

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Et le rideau se leva sur une scène tragique.

A la suite d'un des actes de dévouement le plus méritoires qu'il m'ait jamais été donné d'accomplir, l'intrigue infâme et la calonmie pestilentielle s'acharnèrent sur moi, ma main trop généreusement tendue fut déchirée par d'enragées morsures, ma bonté me fut imputée à crime, au sein même des miens que j'avais toujours protégés, secourus et aimés.

Cela pour avoir été trop bon^ pour avoir voulu étendre trop loin ma dangereuse manie de bienfaisance générale, mon ardeur fâcheuse à

vouloir sauver le monde

Et en pleine lutte pro aris et focis, la plus grande douleur de ma vie m'étreignit à l'im-

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provisteet me déchira de ses griffes, Dieu me reprit une fillette adorée, un beau petit ange blond et rose, l'aînée de mes enfants

Et tout un édifice par moi construit pour le bonheur et la gloire d'une grande amitié, fatalement s'écroula

Mais l'ange envolé n'oublia pas son père terrestre, et ce fut lui qui tout à coup le souleva du fond de l'àbime. Une grande société intellectuelle me chargea de conduire ses destinées. J'étais redressé et affermi sur ma voie, j'avais une récompense conforme à la dignité de mon nom et au labeur de ma vie. Une fois de plus la providence s'était souvenue de l'homme qui fut ionlonrs justus et tenax pro positi,et après de longs et fantastiques mirages, lui avait ouvert à deux battants et toutes grandes les Portes de la Réalité, conquises par la foi et par la souffrance, par l'effort, l'honneur et l'amour

Au cours des Gestes Rosi-Cruciennes, les plus grandes espérances étaient nées et nous pûmes croire un instant à une régénération intellectuelle des âmes apauvries et aveulies dans le culte des basses idoles, parla compré-

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hension et la pratique du rite normal de la Beauté. Notre ambition ne connaissait point de bornes, et nos illusions si démesurées qu'elles fussent doivent nous être pardonnées en faveur du zèle qui nous animait, pur de tout calcul misérable, exempt de toute queste d'intérêt personnel et temporel: plusieurs occasions furent par nous dédaignées, qui eussent pu nous créer rentes en poche et pignon sur rue ... La RosetCroix demeura pauvre. . .

Mais si nous n'atteignîmes pas les sublimes hauteurs par nous rêvées, nous traçâmes sur la terre parcourue un profond et ineffaçable |illon. La RosefCroix est et demeure le mouvement esthétique et philosophique le plus important de la lin du siècle qui vient d'expirer. A travers les louanges des uns, les injures des autres, parmi toutes les disputes et toutes les contradictions, en dépit des détracteurs professionnels et des marchands de huées, elle a fondé un socle, elle a bâti un piédestal, et sur cette base une statue surgira.

Des coups mortels ont été portés au matérialisme, et le positivisme sincère s'est trouvé réconcilié.

L'Idée et les faits ne peuvent être mis en

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opposition que par de misérables sophismes^ la Réalité ne peut contredire les principes éternels et immuables qui sont la source vive et permanente de toutes choses. Le matérialisme ne voit rien en dehors des apparences sensibles, c'est-à-dire des éphémères contingences sans permanence aucune, sans fondement, sans solidité. Aussi est-il une doctrine stérile, génératrice de désespoir et de mort. Je n'ai rien à objecter par contre au positiviste qui me dit : Je veux bien bien vous croire, mais démontrez-moi, faites-moi voir, faitesmoi toucher. Nous lui répondons : Si votre main est loyale, si votre œil n'est point d'avance résolu à la cécité, vous toucherez et vous verrez. Nous ne voulons pas que l'on nous croie sur parole, nous ne confondons pas, selon le mot d'un de nos maîtres, la foi, divine vertu, avec la crédulité, sottise humaine. A cette crédulité nous avions déclaré la la guerre pour le triomphe de cette foi. Nous n'imposons à personne notre symbole religieux bien convaincus d^ailleurs que la saine doctrine esthétique est un acheminement infaillible vers l'orthodoxie philosophique, et que la Beauté est soeur dç la Vérité comme

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parèdre delà Justice. Noub avions dû combattre avec acharnement égal les catholiques grossiers et les incroyants ironiques. Je ne connais rien de pire que le catholique terre-àterre, fervent de la lettre brutale, qui ne consent à s'élever à aucune intellection, à ne se créer aucun motif de croyance, à s'enfermer dans le stupide : Magister dixit. Tel n'est point l'enseignement de Jésus-Christ. J'admets bien que la foule, la masse, l^profanun i^nlgus n'aient pas à tenter la voie subtile des mystères et se déclarent satisfaitspar la foi du charbonnier. Mais cette honorable corporation fuligineuse qui réchauffe nos membres et cuit nos aliments, ne constitue pas à elle seule toute l'humanité, j'irai jusqu'à dire qu'elle n'en est point le sommet et l'élite. J'ai entendu des honnêtes gens, non dépourvus d'intelligence mais obstinés et encroûtés dans la timidité et la paresse d'esprit, oser me dire:

— - J'aperçois nettement telles contradictions dans la doctrine, mais je m'en remets à l'enseignement infaillible, j'humilie ma faible raison et crois simplement ce que l'on m'ordonne de croire.

Mais non, malheureux ! Ceci est du blas-

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phème pur ! Ce qu'il faut faire, c'est appliquer votre raison, flambeau naturel donné par Dieu à démêler les apparences contradictoires, je ne dis pas à comprendre, nul n'y parviendra jamais, mais à mettre d'accord la croyance et le véritable bon sens. Du moment que vous appartenez à une classe élevée et instruite vous devez profiter des enseignements qui vous furent donnés, réfléchir, raisonner, penser et ne pas dire amen à toute naïveté, même sortie d'une bouche sacerdotale. Nous ne pouvons être forts contre Terreur qu'en admettant le moins possible d'axiomes et de postulata, en suivant nos adversaires sur tous les terrains de discussion loyale où il leur plaira de nous entraîner. Longtemps on reprocha aux catholiques d'être ignorants, il faut que cette accusation disparaisse. Saint Thomas d'Aquin, un vrai catholique celui-là et un orthodoxe j'espère, n'était pas un ignorant, mais il discutait le moindre détail à perte de vue, jusqu'à extinction de chaleur syllogistique. Et il avait raison. Aussi bien du reste ne put-il point échapper à la censure des littéraux de son époque, et se vit-il condamné par les théologiens ofliciels de la Sorbonne. Ce

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qui nous induit à ne pas trop nous effrayer des anathèmes de cette espèce. La Somme du docteur Angélique est un admirable et colossal monument élevé par la raison humaine à la foi divine, mais si la conclusion y est théologale, la raison n'y abdique jamais. Et si Ton pouvait faire quelque reproche aux scholas tiques, ce ne serait sans doute que Fabus de l'argumentation .

La doctrine religieuse et philosophique de la Rose -{• Croix est donc le catholicisme rationel. Non point un néo-christianisme comme on a essayé de le dire en créant à notre intention ce vocable absurde, mais le christianisme traditioimel, de Paul, d'Origène, de Saint Clément d'Alexandrie. Il est à remarquer que lorsque la vérité est depuis longtemps obscurcie, son rétablissement en son intégrité primitive apparaît une innovation. En ce sens nous avons innové. Mais bien réellement restauré, rétabli, rebâti le grand édifice des siècles.

De cette haute doctrine découle sur le plan esthétique l'idéalisme qui n'est pas non plus que je sache une innovation contemporaine.

On peut affirmer que l'immense majorité des

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chefs d'œuvre du Moyen- Age et de la Renaissance affecte le caractère de Fidéalisme religieux. En Italie, même en Flandre et en Espagne, en Allemagne, en France, la religion dans ce qu'elle a de plus élevé, de plus dogmatique, fournit les neuf dixièmes des inspirations auxquelles ont obéi ces générations d'artistes prodigieux qui ont couvert l'Europe de chefs d'œuvre. Comptez le nombre de Saintes Familles, d'Annonciations, de Visitations^ de Présentations^ de Passions, d'Ascensions, et d'Assomptions, de Vierges, de Bambinos^ de Samts Sébastiens,de martyres de toutes sortes, d'apparitions célestes, vous énumérerez presque tout. Si comme le désiraient Courbet et Manet on ne laissait subsister que les toiles et les statues profanes, on opérerait en vérité la destruction de l'art. Courbet et Manet sont la honte de l'art moderne. C'est contre eux et leurs similaires que nous avons conduit notre croisade victorieuse. Je ne concevrai jamais leur renommée et qu'ils aient encore des partisans. A l'époque de la première Geste, en la salle Durand-Ruel, comme je l'ai déjà observé, le vestibule d'entrée n'avait pu être débarrassé d'un Manet grotesque, repoussant dç

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laideur, représentant deg rôdeurs de barrière, plus brutes que nature, plus sales, plus horrifiques: Certains visiteurs s'extasiaient dans le début. A la fin de l'exposition, la grâce avait opéré et l'affreuse toile ne recueillait plus que des huées. Sincèrement au sanctuaire d'art qu'est notre Louvre, ne trouvez-vous pas que, tout dissimulé qu'il soit dans une petite salle de passage, Y Enterrement d'Ornans soit une exhibition sacrilège etprofanatoire. N'ayez aucun parti-pris, laissez-vous simplement aller à la spontanéité de vos impressions, dites-moi franchement ce que vous ressentez à la sortie de la salle Lacaze, de la simple salle Lacaze qui n'est pas pourtant le salon carré, quand vous buttez votre regard déjà charmé par tant de nobles œuvres, à cette scène rurale, pesante et vulgaire, paysanne et froide, à cette peinture de chemineau où le caractère triste et lugubre du sujet disparaît sous la goujaterie de l'exécution. Gomment de véritables artistes peuvent- ils pardonner à cet homme qui disait à la fin de la Commune : Eh bien, si le Louvre brûle, je me charge de le refaire en entier. Mêmeen forme de boutade, on n^xhale point de tçUes ânçries et il est honteux qu'il y ait

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une rue Gustave Courbet quand nous manquons encore d'une rue Gustave Moreau.

La guerre que nous avons déclarée à ces deux hommes a déjà cependant porté ses fruits : Le bon bock aujourd'hui ne trouverait guère d'admirateurs. Nous avons enseigné et démontré que le pittoresque, admissible en littérature, doit être exclu des arts plastiques, au même titre que l'anecdote, le genre, le bodegone. Il y a vingt-cinq-ans, de grandes réputations se gagnèrent, même si je ne me trompe, des médailles d'honneur à brosser des chaudrons, des bassines, des panoplies, des langoustes^ des lapins et des tomates. VoUon a été traité de grand peintre et a bien obtenu je crois des distinctions et récompenses suprêmes, et aujourd'hui, malgré tout, il n'en serait plus ainsi. Nous avons à peu près démoli cette hérésie grossière que l'art est: la représentation de la nature. Je ne sais qui a formulé jadis cette bourde ridicule qui dut logiqument se compléter par cette déclaration : Nul artiste n'est a la hauteur d'un photographe. La poncivité universelle a vécu pins de quarante ans cet aphorisme qui mériterait une excomunication majeure, si

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l'on excommuniait les bêtes. A cet adage purement stupide et fangeux^ a succédé celuici d'apparence plus intellectuelle et plus subtile : L'art est l'interprétation de la nature. C'est encore faux et incomplet, imbu et pénétré de matérialisme. On abaisse ainsi le pinceau et l'ébauchoir à une tâche de fort en thème, à une besogne de traduction. Nous avons instauré ou plutôt restauré cette opinion :

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