‹ L'entre-deux-guerresChapitre 12 sur 76 · MARCEL SCHWOB · texte numérisé non relu

MARCEL SCHWOB

L'apparition de ce singulier passager, ainsi costumé en mousse de fantaisie, dans la salle à manger des premières, excita une curiosité à demi hostile. Un maître d'hôtel vint en anglais prier le cher garçon de sortir et de ne revenir que correct. Ce fut encore une scène bien amusante.

A Londres même, Schwob avait une joie d'enfant à retrouver les lieux décrits par Dickens et par Quincey, notamment Oxford Street, la « marâtre au cœur de pierre » des Confessions d’un mangeur d’opium. Dans un modeste concert où nous entrâmes, 1l remarqua une maigre chanteuse au profil angélique, aux yeux d’aigues-marines. Il fallut l’attendre à la sortie, et je vois encore Schwob, sous un bec électrique, faisant à cette « dancing girl » stupéfaite une déclaration où 1l la comparait à l'inoubliable petite Anne et qui ne fut pas agréée. À la réflexion, 1l y avait, dans ce sémite érudit et bohême, pas mal de la veine de Don Quichotte. C’était un de ses charmes, en même temps que son infinie bonté à l'égard des purotins et des traîne-la-savate, auxquels il distribuait sans compter ses quatre sous. Je crois bien que c'est ce dernier trait qui nous

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avait surtout attachés à lui, mon père, Georges Hugo et mor. Nous l’aimions pour sa générosité. |

Je rencontrais parfois chez lui, à son deuxième et demi du 2 de la rue de l’Université, qui était une espèce de capharnaüm remph de livres et de pipes, le poète dramaturge et dandy, Oscar Wilde. Voilà une physionomie singulière, un mélange de bon et de mauvais, de grossier et de raffiné, de vicieux et de spiritualisé, de sincérité et de pose, comme en ont rarement produit une littérature et un pays. Cet homme tant adulé, tant admiré, tant encensé, puis tant décrié et honni, avait en lui et sur son masque quelque chose de noble, combattu par quelque chose d'ignoble.

Il attirait et il repoussait. Il contait délicieu- sement bien, et sa conversation fatiguait vite. Il émanait de lui un malaise que je n'hésitai pas du tout à lui avouer, quand :l me demanda, à notre troisième rencontre, de son ton confidentiel : « Que pensez-vous de moû, monsieur Léon Daudet? »

Il ne me répondit rien; mais, le lendemain, je reçus une longue lettre tortillarde, au bas de laquelle était sa signature gladiolée, et où 1l

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