OSCAR WILDE
Stevenson, tantôt excellent et bienfaisant sous les traits du docteur Jekyll, tantôt implacable et bestial sous le masque de master Hyde.
C'était, en somme, un hérédo type, chargé d'un poids ancestral trop lourd pour un moignon de volonté. Physiquement, il était à la fois lourd et flasque, hideux par le bas du visage et presque majestueux par le front, l’'enchâssement de l'œil et les temporaux.
Quelqu'un l'avait assez exactement défini : un mélange d’Apollon et d'Albert Wolff. Il faut avoir connu l’épouvantable Wolff, cauchemar ambulant, pour comprendre la vérité de cette comparaison.
Bavard et cancanier comme tous les infortunés de son tiroir antiphysique, Wilde ne cessait de dénigrer l’un et l’autre, ou de prétendre qu'il avait été calomnié, et de colporter sa propre Justification, mêlée à des calomnies nouvelles. De sorte que je priai Schwob de ne plus me faire rencontrer avec un aussi fatigant coco. En lisant, quelques années plus tard, les sordides circonstances de son procès et de son malheur, je pus constater l'exactitude de mon diagnostic.
Schwob fut avec moi un des premiers à
prôner la vigoureuse originalité de Paul Claudel, qui venait de publier Téte d'Or et la Ville, et préparait une traduction de l’Agamemnon.
Je vous ai déjà présenté, dans un précédent volume, notre dernier consul à Francfort, mon ancien condisciple de Louis-le-Grand, dramaturgeau masque de Romain, au parler bref, dont l'autorité est grande aujourd'hui sur beaucoup de jeunes gens. Le talent de Claudel est comparable à un vin violent, d'un goût de terroir unique, âpré, qui n’est pas encore entièrement décanté. Je veux dire quil n’y a chez lui aucun intervalle sentimental, aucune zone d'apaisement moral, aucun répit entre la sensibihté la plus ardente et la mystique la plus sévère. C'est le contact, sans transition, du feu et de la glace, aussi bien dans la conception que dans le vocabulaire. Ce qui fait que les inattentifs le rangent parmi les auteurs difficiles, dont on dit en général : « J'y renonce, c'est trop fort pour moi. »
La sœur de Paul, Camille Claudel, est une artiste de génie. Elle sculpte et dessine comme son frère écrit, avec une spontanéité mêlée de science qui déroute, puis séduit, puis ravit encore et ne laisse jamais indifférent.