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CLAUDEL

Doué comme un artisan du moyen âge, Paul Claudel est un être d'élite, un consciencieux, dont la droiture va jusqu'à la raideur et la phrase jusqu'à l'extrême tension. Mais je le préfère dans ses œuvres claires ou phosphorescentes, comme par exemple Connaissance de l'Est, dont la lecture nous transplante en Chine, ou dans ce mystère d’une nuit de la Noël 1914 aux armées, pareil à un vitrail sublime du xu° siècle, qu'il publiait récemment au Correspondant. Sa conversation est forte, haletante, sibylline, heurtée comme son style. Il dira de Shakespeare : « Ce qu'il y a de plus beau en lui ce sont les voix. » Parole qui vaut un volume de haute critique. La bêtise et la vulgarité d’autrui le font rougir, offensent son sentiment de l'humain, œuvre de Dieu. Il traite le fini comme un infini.

Maître de plusieurs hallucinations successives qui sé déroulent logiquement dans son esprit, il réagence ct redistribue le réel selon son rêve. Aucun de nos contemporains n'a trouvé de si belles métaphores, musclées à la façon du coureur antique, inondées de la sueur du vrai.

De notre, groupe faisait eneore partie

Édouard Julia, lettré des plus aigus, compagnon délicieux et sûr, aujourd’hui accaparé par la médecine et la politique, et Maurice Pottecher, qui venait de publier la Peine de l'Esprit, où 1l y avait quelques promesses, et qui devait être absorbé par le préchi-prêcha du théâtre morahisateur. Le juif Mullem disat assez justement que la Puissance des Ténèbres de Tolstoï avait engendré beaucoup de pièces dont le titre exact serait l’/mpuissance des Lumières. Je range le Diable marchand de goutte de Pottecher dans cette catégorie.

Barrès, quand on lui parlait de Jules Renard, répondait : « Laissez-moi tranquille avec ce jardinier. » Îl y a du vrai dans cette définition, s1 l’on ajoute que le jardin de Renard produisait à la fois des choux, des pommes de terre, des poireaux de brave et loyale saveur française, et du mancenillier, du curare, du strychnos nux vomica." Avec cela un besoin de franchise soudain et irrésistible qui lui faisait avouer à mon père, fort accueillant et aimable pour lui : « Je ne sais pas si je vous aime ou si je vous déteste, mon cher maître.

— Odi et amo », lui répondait Alphonse

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