SCENE X
CHARLOT, quinze cents soldats Autrichiens avec leurs fusils , havre - sacs. La scène se remplit de soldats.
Quel nombre formidable ! Ils sont plus de quinze cents. Hé vite-, descendez par cette colline dans la plaine.
Un Solda T s'approchant de la table.
Camarade, la bonne chère n’est pas pour
nous. Mauvaise flèche salée, brouté souerche, c’est notre bonne chère. Oh ! les bons petits poulets ! La bonne frigousse , sent bonne ca-« marade , pour nos officiers ; natre hôte , goûter-là nous t Nous partons tous , camarade.
( Tous s' avancent , les uns boivent , les autres prennent dans les plats. )
CHARLOT,.ye donnant des coups dans la tête»
Ah ! les enragés ! les affamés ! ils vont tout achever. ( Aux soldats» ) Hé ! mes amis , îié perdez pas de temps , nous serions tous perdus ^ si l’on nous surprenoit ensemble. ( A part» ) Comme ils m’écoutent î je n’aurai jamais lô
temps Allons .... allons , c’en est assezé
ils ont la fringale ; ils ne laisseront rien ; c’est comm une bande de chevaux normands sur une aire d’avoine.
Uk Soldat, avec un gigot qidll einporte»
Camarade, notre bon hôte a raison. Allons hous en actuellement servir sous les drapeaux de la bonne nation.
Celuhîà , a son affaire , il est modeste.
Un deuxième Soldat, emportant un jambon»
Moi servir la France de tout mon cϟr.
Ils ne se gênent pas.
Un troisième Soldat, un lièvre à la bouche et s"* étranglant pour parler»
Moi vais actuellement avec plaisir en France. Jamais moi mangir si bonne morceau.
Chariot, en colère.
Parbleu î je’ le crois bien, et je ne l’aurois pas si bien piqué pour ta bouche; mais finissez donc , emportez tout, et allez vous en vite; j’en serai plutôt débarassé.
' Chaque Soldat tombe avec précipitation sur la table.. Les uns emportent les bouteilles , Vautres le pain, les viandes , et le dessert. En un clin-dt æil la table est nette ; un soldat tient à sa main une jatte de fromage à la crème ^ et mange avec tant de vitesse qidil s'en met au visage. Il en donne CL. un de ses camarades qui U imite et se regardant.,, ils rient Vun de Vautre. Ils sortent tous par la dernière coulisse de V avant-scène, un dernier soldat revient pour embrasser Chariot et dit en aile*, mand , bonhote franqoise moi ne vous oublierai jamais , moi me rappellerai toujours de vous , a Dieu, bonhote française. ,
Chariot.
Je le crois bien ; il est du moins reconnoissant.
- Chariot, seul regardant la table .r
Comme elle est nette ! ah ! 'les habiles gens que les soldats pour dégarnir une table î cela ne fait pas mon compte; mais je sers mon pays, et les soldats des deux patries qui brûlent de se réunir pour la cause commune de la liberté. Voyons quel prétexte vais-je trouver > J’ai dequoi remplacer le diné , mais il n’est pas aussi aisé d’en imposer à ma femme. Ah ! si elle
savoir hé bien ! quand elle le sauroit ?....
bem^ hem..,, die se fâçheroit. Je l’aime a
folie ; mais ma femme est une femme ; et je n’ai qu’une patrie. Que dirai- je t D’abord je
n’y étois pas quinze cents hommes contre
un seul, des déserteurs affamés comme des loups,
voilà mon excuse Parbleu! elle est excellente,
et le prince de Wirtemberg lui -même n’en
exigerait pas une meilleure Cependant quand
j'y pense, je joue gros jeu ! l’aide - dé - camp du général , m’a dit qu’on me soupçonnoit ; et ce pauvre diable de marchand d’eau-de-vie , je ne le vois pas revenir ? Il fait bien son métier, il .risque le tout pour le tout, 11 n’a qu’une vie à perdre , et trente mille hommes à gagner... Allons, nous marcherons ensemble.... ( en sefro-’ tant le cou, ) Mais voyons à remplacer le diné , j’en ai le tems : ils sont occupés aujourd’hui à leur plan d’attaque. ( On entend un grand bruit dans les coulisses et plusieurs voix de soldats qui disent : c^est un espion français ,, U faut le pendre. ) Oh ! le pauvre malheureux ! son affaire est
faite. Et moi , on arrive Du courage et du
front , il ne me trahira pas ; 'il est Français.