SUZETTE, LUCAS
On entend le canon et les coups de fusils ;
ils entrent en courant,
Lucas , regardant de tous côtés.
Ah ! mon Dieu , mon Dieu ! quel tapage !
j’en avions le tintoin brisé. C’est une chose ' bien ^prrible , Sujette , que la guerre.
SuzETTE, avec ingénuité .
C’est bien vrai , Lucas 5 je n’avions jamais vu pareille chose , comme ils se tuont . tous , ces hommes.
Lucas.
Ah ! Sujette , s’ils allions nous tuer aussi ^ nous ^ cela fait peur.
Oh î clame , s’ils en avions la fantaisie , cela se pourroit très-bien.
Lucas.
Et qu’est-ce qui garderoit nos bestiaux ; s’ils nous tuons tous Suze Je ne savons rien de la tiopolidque ; mais ([uoi(jue ça , les Français sont braves ; ils sont dans notre farine depis hier ; ils n’ont pas seuieiiient touche ça , faisant signe dû doigt , et les Allemands vous mangions tout.
Ahî cela est bien vrai ; t’as raison , Lucas,, ils nous dévorent , quand ils passent près des vignes , c’est comvae une grêle , il n’y reste rien , ils mangions jusqu’aux souches.
On entend une cornemuse, ïC
U c A s , écoutant.
Entends-tu la cornemuse du pâtre Y II faut rassembler le troupeau. Allons , Suzette , comme le teins passe donc vite avec vous î Vous ne me disiez plus rien depuis queiique jour \ mademoiselle Suzette.
Suzette,
Ce n’est pas à moi à commencer ; vous êtes toujours à courir après les Français , et vous me laissez la moitié du tems toute seule.
Lucas.
Oh 1 j’en sommes ben fâché , je vous ai^.
mons ben stapeiidant , maïs voyez -voua ïiiamselle'Suzette , je n’vous disons pas tout. Si j ^étions garçon d’une farine , et ([ne je n’eussions ni pere ni mere , ah ! je ne répondrions pas de ce (|ue je ferions. Cet amour de la liberté , c’est si biau ! ça vous remue l’ame ! ça vous donne de l’esprit à ceux (jui n’en avions pas. Je sentons l)en (jue je ferons des nôtres , si la inoutarde nous uumte au nez. Il tire une cocarde de sa poche.
Tenez , voyez-vous ce signe, j’alions la mettre à noire chapeau , que m’a donné un brave soldat français ; il met son chapeau avec un air luron , eli bien ! mamselle Suzette , ne suis-je pas biau? ça me donne un air luron , n’est-ce pas.
S U Z E T T ^ , avec peine.
Allez , monsieur Lucas , je voyons ben que vous voulez me quitter , je ne vous aimons pu , et je ne vous aimerons de la vie.
Je savons très-ben qu’après cela j ’en mourrons, et vous en serez la cause. ; "<o
Lucas. •
Ne me pa.rlez pas comme ça , ne me parlez pas comme ça j cela nous tue tous tout 'vivant , yc^ez-vous ? !
.Eh bien! je n’en parlerons pu , mais à condition que vous ne parlerez pas de nous quitter. J’avonsben assez de peine de penser que vot pere n’ voudra pas que je vous épousions , parce que je sommes pas riche.
ty- •
Lu c A s > avec un air niais.
Tiens , les peres actuellement ? il faut toujours leur porter respect : ça c’est juste,* niais pour les mariages de garçons et de filles , ca ne les regarde pas , c’est ben naturel.
J’allons vous dire , avant de nous en aller , vue chanson que j’avons appris depis hier.
Il regarde le soleil, j’avons le terns , le soleil aie fait que se coucher.
Et si la nuit nous gagne ? Tiens , Lucas, ne nous arrêtons pas pu longtenis , allons rassembler nos bestiaux \ vous savez très- bien quej’allons à Bruxelles de bon matin. Allons, allons, je n’avons pas du teins à perdre.
Lucas.
Morguiene , vous entendrez ma clianson ,
je ne nous sommes pas mis en train pour rien , et pis je savons aussi qu’elle vous fera plaisir 5 vous allez entendre , écoutez seulement. . . Jarnîgoi, ça seroit ben meilleur si Vous la chantiez , vous avez une pu jolie voix que nous , tenez 5 dégoisez-nous ces couple s , vous savez Lire , c’est ben écrit. Oh î dame , c’est un bon républicain qui nous l’a donnée.
Lucas fredonnant Vair : on compteroit^tons
les diamans.
' Je n’avons pas de résistance 5 mais je voua'
Avertissons que si je ne chantons pas hen ;
ne sera pas de notre faute. Je ne savons pas aiitrément cet air.
Lucas..
Chantez donc , ça ben vite.
Couplets sur Pair : On compterolt les Jiamans;
'S ü 2 E T T E chante les couplets,
Liibin étoit un biau garçon ,
Il aiiiioit tendrement son père.
Mais il aimoit aussi Lison,
Qui déplaisoit à sa chère mère.
' • Pour mettre fin à ses malheurs ,
II leur dit un jour en colère :
Je vous ferai verser des pleurs ;
Car jepars demain pour la guerre.
Le pere survient à l’instant ,
Et Lubîn. s’enfuît du ménage ,
En lui disant tout en chantant :
Oh! j’ ai lu le livre du sage.
Il vous apprend , en peu de mots,
V Où s’étendent les. droits d’un pere , On doit le goûter à propos ,
Suivez cet avis salutaire. ( bis')
^ Il faut vivre pour son prochain ,
^ ' ■ C’est la devise de la France ,
Affranchir tout le genre humain Par un grand pacte d’alliance,
/ Rendre aux hommes les saintes loix ' *’ De la nature souveraine.
Peres , voilà quels sonj vos droits.
Yotts enï’ans'^ voilà votre cliaine.
floO
, * Lucas.
QnancT Je vons disions, Mademoiselle Suzette, que c’étoit biau. Tatigué j’vous aimons le double davantage actuellement que vous chantez ben î ; - . . >
01iî je ne chantons pas niieu^ qu’une autre; mais je ne savions pas tout ça. Vous^ avez hien raison ^ M. Lucas, de nous dire e’te chc^nson ëtoit très -jolie. Je voulons aussi l’apprendre ])«ir cœur. Maïs voilà la nuit, je n’aurons jamais le tems de rassembler nos bestiaux , et puis vous savez ben.....
Lucas, riant»
Tiens , ‘ Suzette, c’est fait. Voilà le Pàtrequi rentre. Je gageons qu’il a rassemblé ton troupeau et le mien.
Eh ben, oui allons-nous-en , maïs j’avoni$ ben peur, Lucas,
Lucas, la prenant par le bras»
Allons., donnez-moi votre jolie main. Eh.^ îi’ètes-vbus pas aiec moi? Ei que c’est vilain d’avi>ir ])eur avec son amant, A.h 1- dames t j’allons demain iiiaLin à Bi tixelies ensemble;, vous n’aurez pas peur : je ferons peut-être le vtn'iîge avec ccs fi ançais lurons.
( Ih sortent»
C io3 )