L A F ^ U IM L E T T E
Vous, du chagrin > Parbleu ! Et depuis quand? Vous êtes Français ; vos concitoyens s’approclient. Vous devriez eh être réjoui; car moi qui ne le suis pas ,• je les vois arriver avec plaisir; et s’il ne dépendoît' que de moi-, les Bruxellois iroient , morbleu , au-devant pour îes' recevoir. - ,
C H' A R L O T avec gaîté, *
Què je vous embrasse , père Lafeiiillette! Vous êtes* un bon patriote. ^ ' .pn ,.
LafeuiXlette.
Est-ce qu’un ivrogne est un aristocrate,?^. ^ C H A R L O T.
Quelquefois ; mais cela n’est pas commun.
Lafeuixlette.
Si je n’étois pas un poltron , et que j’eusse du courage , je me serois fait soldat de’ la' liberté. J’aurois coupé la tête à tous les tyrans ; mais je n’aime pas le sang , je n’aime que le jus de la treille. • ' ‘
Chariot. * '
Je le vois bien. Ah^ ça î vendez -moi, en conscience , cette" banque de vin de Bordeaux. J’en fais exprès l’acquisition pour re'galer mes concitoyens.
Lafeuillette.
En ce cas, je ne vous le surferai pas, et je
VOUS le donne à prix coûtant. J’y joins au même prix ce petit baril de Ségut , que je réservois pour cet archi-gueux d’Albert.
C H A R f, O T , riant.
Vous prononcez bien naturellement ; vous vouliez dire archiduc ?
LafEUILLETTE, avec colère.
‘ .^Non, non , je ne voulois pas dire archiduc ; et quoique je sois dans le vin , je sais parler peut-être , et je sais le français, entendez-vous? Je vous répète que c’est un archi-gueux , un archî-coquin , un archi-fripon , un archi
Un archi-menteur qui vous a trompé. Il fait son métier comme tous ses pareils ; mais ils Jouent de leur reste.
L AFE UILLETTE, tirant une seconde tasse
d’^oTj.er.
'?enez ; j’en ai toujoins une pour mes amis.
Buvez à la santé de leur enterrement.
QnKKLOT ^ prenant la tasse en riant.
Il est bon ! Vive un ivrogne pour les applications heureuses. Allons, à la santé de leur enterrement.
Lafeuillette. •
Et de la prospérité des nations.
Char lot, avec enthousiasme.
Oh! pour celui-ci, je n’y tiens pas. Grande santé aux nations!
La feuillette, après avoir bu.
On se porte mieux après celle-là , n’est-ce pas , compère ?
Chariot.
Oui , mon ami ; elle ressusciteroit un mort.
Allons , venez m’aider à charger le baril sur ma brouette. J’enverrai ce soir vous chercher la feuillette de vin ; à moins que je ne vienne moimême; car j’espère bien que les Français entreront dans Bruxelles comme chez eux; et je les accompagnerai.
Lafeuillette.
Monsieur Chariot, vous êtes un bon citoyen; mais prenez garde qu’on ne vous soupçonne à l’arme'e.
Chariot.
Hum ! J’ai pris mon' parti ; je m’attends à tout ; je ne craint rien. Je suis venu à Bruxelles pour tâcher de me procurer ce dècreb en faveur des soldats étrangers ; on est si fort aux aguets sur cette épidémie, qu’aucun soldat autrichien n’a connoissance de ce décret qui lui rend tous les droits de l’homme,
LaFEXJIIIETTE , lui présentant du tabac.
Je connois un gaillard q^ue je crois Français ; il m’acheta hier de l’eau-de-vie pour vendre , disoit-il , dans le camp ^ autrichien. Si je’ ne me trompe , il avoir de ces décrets. Nous allions entrer en conversation ensemble; mais ma femme, vous la connoissez ; c’est une rude femme
au moins! Enfin suffit; mais elle m’a empêché de causer plus long-temps. Ce n’est pas que je ne sois' pas ‘lë maître et qu’elle ne soit pas non plus une bonne citoyenne , une bonne vivante mais cela Veut se mêler de tout. Compère , l^a^yoiçi.^ péfendez-moi , entendez-vous ? ^ Je ne suis pas en état de lui^ ré||ondrc en. ce moment.
J’en suis f fâché pour vous. Elle vient fort mal-il-propos voilà l’heure oCi il faut que je retourne au camp , et j’ai encore une mortelle lieue il fiirc. Venez m’aider. { J /s y ont pour sortir» ) i'. L