‹ L'entrée de Dumourier a Bruxelles, ou, Les vivandiersChapitre 8 sur 58 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les précédens.' Mailainc LAFEUILLETTE ,

arrêtant son mari.'

Madame Lafêuillette.

Ah î.miaître ivrogne , je te trouve enfin'! N’astu pas.de honte de te mettre dans un état aussi pitoyable ? ' \

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.N allez-vous pas le gronder? .

MadamcE à'f’E U i l L‘e t t e. ' * Ecoutez ' Monsieur Chariot, vous êtes un.

brave homme, un bon mari; vous ne, vous grisez jamais ; aussi votre femme est-elle fraîche,

gai; on diroit qu’elle est mariée d’hier

Et moi En vérité on diroit que j’ai cinquante

ans de mariage sur la tête, tenez , et je n’en ai pas encore trente ; cela n’est-il pas 'affreux, MonsieurCharlot , je vous le demande >

Lafeuillette.

Il est vrai qu’elle est plus jeune, que moi. Je suis ùn vieux coquin. Tous ses reproches ne me font plus rien. Tiens, ma femme, tu t’uses plus à me faire des reproches, que moi à te dire des jolies choses. J’en suis bien fâché pour toi, mon cœur; mais tiens, je suis un bon enfant ; je ne te maltraite jamais : tu bats tes enfans \ la journée ; la nuit tu fais le sabat dans la maison , je te laisse faire à ton aise, et je m’en bats l’œil. Eh bien ! à ton tour; laissesmoi célébrer la mémoire du dieu Bacchus , c’est le patron de tous les bons enfans ; cela n’est^il pas juste, compère?

Oh ! vous ne pouvez pas vous plaindre, madame Lafeuillette; c’est ce qu’on appelle de la raison toute pure , et vous êtes la. maîtresse de la maison.

Mad. Lafeuillette, m colère.

Eh ! laissez-moi tranquille , Monsieur Chariot , je me soucie bien d’être la maîtresse de la maison , quand le maître n’y est jamais ;

mais vâ , laisse-moi faire • les Français viendront peut-être s’établir à Bruxelles. ! . .

Chariot.

Elle est patriote , compère, votre femme,

La FEUILLETTE.

Oh! patriote ! Oui, oui, cela s’entend. Ah ça ! écoutez , madame - Lafeuillette , ne vous défaites pas de votre vertu farouche , car je vous avertis que les Français pourroient fort bien planter, sur mon front ( âas à Chariot. )

l’arbre de la liberté , n’est-il pas vrai,

compère ?

Chariot.

Hem ! Il pourroit bien en être quelque chose.

Mad. La FEUILLETTE, e/2 colère.

Les Français sont charmans î

Lafeuillette, 22 Chariot.

Eh bien ! quand je vous le dis , c’est une affaire faite. ( retirant de sa poche sa bouteille et sa tasse.) Allons , il faut nous consoler. ( Il chante grotesquement. )

J’aimai toujours les femmes blanches ;

Mais j’aime encore mieux le vin blanc :

Je n’ai point vu de femmes franches;

Mais j’ai toujours bu du vin franc

Chariot, interrompant sa chanson.

Savez-vous , mes amis , que vous êtes impayables. Si je n’étois pas si pressé , nous dîne-

rions ensemble ; mais il faut se quitter. A propos , madame Lafeuillette , vous savez tout , ordinairement ; qué dit-on à Bruxelles de l’approche de l’armée française i

Mad. Lafeuillette.

Eh parbleu ! vous venez de m’entendre. Il n’y a qu’une voix là-dessus. Les aristocrates et les moines ont beau se tortiller et nous faire un épouventail de la liberté, nous savons à quelle aune il faut mesurer leurs paroles. Elles n’ont plus cours dans le commerce ; tenez , Monsieur Chariot , vous qui êtes un homme essentiel, je vais vous apprendre un grand secret.

Charlot, avec empressement c/ confiance.

Ah ' dites bien vite.

Mad. Lafeuillette.

Vous connoissez bien notre premier conseiller de ville, ce brave Monsieur Balza ? Il s‘*est mis • déjà à la tête d’un parti , qu’on nomme les ^ sans-culottes ; il veut qu’on rende la ville.

Elle se rendra.

Mad. Lafeuillette. ^

Oh ! je vous en réponds ! et , sans répandre de sang, encore. Pour moi, je me mets à la tête des femmes , pour aller au-devant de l’armée française.

La feu I LL E T T Ei <

Elle'Je fera comme elle le dit ; mais à côn*

dition que.... Suffit; j’entends. ‘ *

Mad. L A F E U I L L .E T T E.

Oh ! j’en vaut deux ; et pour cette affaire ^ voyez- vous j’en vaudrai dix : mais voici le Lrave Monsieur Balza avec notre bourgmestre.

Comme" ils ont l’air occupés!,

, Ne les- interrompons pas ^ mes amis; allons terminer notre marché ^ et puissions nous nous réveiller demain frères et concitoyens !

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