‹ L'entremetteuseChapitre 2 sur 10 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

marche en marche, silencieusement jusqu'à la porte. Celle-ci fermait mal par en bas. Il y avait un intervalle triangulaire entre son panneau et le plancher. Se mettant à plat ventre, la petite aperçut un bout du vieux tapis usé qu'elle connaissait bien, les contreforts du lit d'acajou, seul luxe de la maisonnette, héritage d'une grand'mère jadis fortunée, et deux pieds nus de femme, minces et cambrés, posés l'un sur l'autre, comme d'une personne assise dont elle ne distinguait que les extrémités. La voix de l'épicière, transformée par le récent plaisir, sourde, comme dorée, implorait et remerciait tout ensemble. Le garde-barrière répondait par monosyllabes et ne semblait pas exempt d'inquiétude, ni de scrupules.

— S'il revenait, ton homme, sans que la petite l'entende?

— Elle l'entendra. C'est une fine mouche, Mariette. Ah Martial ! Tu as vu comme elle nous a enfermés ici ! Mais n'y a-t-il aucun danger qu'elle en bavarde jamais avec sa mère?

— Il ne manquerait plus que ça! Elle m'aime bien, la petiote. Elle ne voudra pas me causer d'ennuis.

— Sais-tu qu'elle a des dispositions. Un peu plus et elle nous tenait la chandelle. C'est drôle, tout de même, une gamine précoce comme ça.

— Elle est au-dessus de notre condition. Elle comprend bien des choses que sa mère et moi ne comprenons pas.

— Embrasse-moi fort, Martial, avant qu'on se

quitte... Plus fort donc..., mais plus fort... On dirait que tu as peur de me casser.

— C'est que dans dix minutes, pas d'erreur, c'est le grand express de quatre heures un quart. Le travail avant tout, ma belle ; on se retrouvera.

Les deux petits pieds, déçus, se décroisèrent et se posèrent à plat sur le tapis. Blanche se levait. Elle demanda où il y avait de Teau. Mariette redescendit vivement, ouvrit la clairevoie, examina le chemin désert. Personne. Aucun passant. Là-bas, des sifflets de trains sur la voie ferrée, mêlés aux murmures lointains de la fête. L'étincellement blçu du ciel n'avait pas cessé. Cinq minutes plus tard, la belle épicière rhabillée, recoiffée, telle que sortant d'une de ses boîtes, apparaissait, embrassait la fillette complice, puis entrait dans la zone brûlante, avec ce balancement des hanches et cette légèreté, qui suivent, chez les amoureuses, le plaisir satisfait. Bientôt Martial, surgissant à son tour, éprouvait le besoin de mentir : « Elle m'en a raconté une longue histoire. M™"" Portrieu ! C'est terrible, ce que ces voisins lui jouent des tours ! Pauvre femme, je la plains bien ! »

11 alla décrocher au mur le petit drapeau rouge, fidèle insigne de sa profession. Mariette, alors, de son ton le plus naturel : « Papa, il serait inutile et dangereux de taire à maman la visite de M"'® Portrieu. Nous dirons, si tu veux, qu'elle est venue apporter les petits pois et la salade elle-même.

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