‹ L'entrepreneur d'illuminationsChapitre 10 sur 38 · LES NOCES DE FARIGOU · texte numérisé non relu

LES NOCES DE FARIGOU

marin et du maillot de coton rose, la Gitaud se négligea et vite devint hideuse. Arsène Godot lui enseigna le bonheur de fumer la pipe, à tresser des corbeilles et il ne la rossa pas moins que Timpiacable Magisson.

En cueillant des osiers, Arsène Godot se noya dans l'IUe.

Quand, toutes ennuyeuses formalités accomplies, lés soupçonneuses autorités laissèrent aller la Cataud, la veuve reprit la route» sans mot dire, après avoir poliment demandé du feu pour sa pipe à un gendarme. Elle marcha, à grandes enjambées, vers son destin, portant sur ses bras une jolie fillette blonde qui criait : Papa I d'une voix si claire que son cri emplissait les chemins d'un pépiement d'oiseau en fête.

En dépit des menaces, objurgations et malédictions du directeur, la fUle («résumée de la Cataud et d'Arsène Godot avait été baptisée Francine. Magisson voulait que le bébé fut prénommé Sulivane ou Sémiramis.

Francine grandit au long des ruisseaux où sa jeune vigueur s'exerçait à de vaines poursuites de courlis ; dans les oserûes, aux carrefours des villages, sans jamais se mêler aux marmots, d'ailleurs prompts à fuir la bohémienne.

L'enfant ne vivait pas hors de toute joie et la peau de soie de ses fraîches joues s'empourprait de plaisir quand, sur son passage, quelqu'un murmurait :

— Elle est jolie, cette petite.

Les hommes ne voulaient plus de la Cataud qui les rechercha longtemps, pour le bonheur d'aimer et le plaisir de vivre. Les pires pochards la fuyaient, à cause de ses ivresses pires. Si on la repoussait ça n'était pas pour ses pinces de homard, appréciées jadis des directions foraines et auxquelles le sentimental piston avait tant regretté de ne pouvoir glisser un anneau symbolique. La misère physique de la Cataud dégoûtait et horrifiait les plus dégradés, les plus vils animaux de l'humain bétail si jMtffaitement négligé de ses bergers.

En état de permanente ivresse, le brûle-gueule et l'injure ne quittaient les lèvres de la mégère que lorsqu'elle s'a d ressait à Francine. Alors elle devenait toute douceur et toute poésie, puisant miraculeusement au trésor des beautés naïves des âges emplis de

M L'ENTREPRENEtlR:

Dim, pour pépier de» joKeases tdlet que : mon «igelât I moa ainnçoii !•*•

Jaintis la nniéndbk Ji jDwut Iicurté lav9BmÎBe.d'uii0 cfakpieiiftude i elle que les hommes se plaisaient tant à battre I A vm dsre» dlcMier Taimait pas en fi»èff iWQWWpK^!, *»* mèstcMXJt IfnHTttfii' ^f***^*'^ » elle es était quannienk amourenae*. ciio vénérait» os inowlflet la ooiiieI'* coleuse beauté deja fitte. et- cette beauté domuât k mrre amxdsusr femmes*

(Xi payait voloaticrB les pmiflci et Las cisdaeSIea aanft dneansr sur le prix parce que Fn»ciBfi était joUeé

TeUe est la misera de noire charité*

Depuis trois semaines, la Gitaud battait la campagna de^Dom*» pienoe à Châtean<rfidanl» ayant élu pour un tenqf» domicilo dans une hutte ruinée, déaeftée dea charfanonîera^ au lx>ia das Cékflftins. Une premièra aubaine lui faisait trowrerbonie paps et.dle^fépélaît que cette étrenne lui porterait bonheur.

La Gttaud n'avait pas- envoyé; en vain sa. Fraacine aonnor au château du Rouveau» Tandis qne FoifantoftaHtaaiéfèra «Midiandise à lacuisinôèrehostik, et tandis qnrplaisttitait fauièbramait la valet de chambre mérinos, survint une très hdb* dame,, aux yeux meurtris par defaaîdies larmes; ime très bdla dama qui souriait à Francine malgeé ce chagrin qu'on dmaaÎÉ^

— C'est parce que je suis jolie I pensa FrandncL

La très belle dame était la dolente marquise Ottxlîe. EU» caressa L'enfant, lui achctatoutes^es corbeiUes, lui en fit donner d'aufares à séparer et, chaque (oîs, la pajra d'une pièce: phis gniase qne^sdlas qatHit avait jamais récoltées dans ses tournées les plus heuneuaea» Ole la paya chaque fois d'une pièce et d.'une caresse douco tt pale conmie l'aigent.; lasgfsnt dont œlte iprande dana maUMucauaa était la pnsonnièra*.

Francine s'attristait du. grand chagrin dont.-— l'eafank 1 avait bien compris, aeati, sidii, au plus profend de. soi — - aa moiuuîl cette belle dame si bonne dont tant de sots enviaient le boidkettr« La daoae de mena viwant dans un si beaurchatnnL^t qui, chaque jour, quand: aespartenrea lui oAraientàoiaîDir taatda rares fisun dont les nom» assemblés fontrune poésie, s*eiirallait».à l'astrémilé de son domaine, à la lisière du.bQb et deachan^, sur le:tflnEaîtt.de

I£5 NOCeS DE FARICOU S$

chasse» composer, à la même place marqui&eiiler seft.geiKMK un bouquet de» phifr humUës graminées? on., riair que- de feuilles d*herbe.

Rttue- btfrbafe en sas.loques. rougis et< noifias^.coidevm'du feu etcU ktmannite, k-pipecoHiteaux^dAntSijBes^sheYWiKgfisrpaidaiit en pluie de mars siu* son cou parcheminé, la Gitaud accroupie pn^^aîtlft soupe du matin» serrant^entre ses-pinees- une immense cuittur de id^mb pareille àinncasse-têterocéaniena Si eUe^rajentoit^ jpBmat sarlouchfrdans le^bsuyère» des hmdilles/att foyer; le boiseec OBaquait simstrement ^tre ses- pinces et im lugdbre sifflement d*agonie s'âevart- de sa inpe crasseuse en même temps que les volutes bleues, très piu'es» .de U fumée malodaranle^

L*Altesse f (nrdne misârablèmflnl décbue namt point» on.le voit» tout, perdu de sa grotesque- Vendeur* Maîa^ il^paraiasaît qu'eUe avait toujours vécu au bois, La Merveille Aquadqwe-^oédait la plans à Taîeule des Vénus ayliftestrea* Plus que des. loups enragée de^ leur liqDsnerie» plu» que des maigres raiurds; dee dûen»^ (Puisses des viUee^et plus que des gueux cherchant uix^bcHS un abri contrôles kûs». elle était scsur des^ arbres morts qui J*eatouraient en oe lieu d'éleeti<m».le» hautes^futaies unraséea^par ua^ncendîe teadanl ¥tfs la clairière» lumineuse comme la vraie justioe ^ IjabBoluecbMFité» InffB longs braS'Cakinés oraquMit aufvent aiesi quexgraquaiimtsur Isa- biindilles- les- pinces du vieux raMistre.

Pieds nus, en chemise blanche et jupon court» ses cheveux Uonda bondissant sur- sa* nuque et sa- gorge» sur sa» jeune paaubeUe-des miroitements de pâles soleils roses, Francine» chargée de.aon butlUé s*en revenait du château et de Toseraie. Vibrantesi ^vantesi^ en*un rythme semblable à la marche aisée de Tenfent» lfas^soupleB> badines fan(diea>la cinglaient» l'excittteiit.àrbiMidir.

Dans lai poche du jupon«,dèQX pièces blanehea^soBnaîeBtune maiiche f blitre.

chantait une vieille, romance que fredonnait- paifaîa mèi%etqua»iadist hurlait iufaux le pistonau-grand-ccnic*» chez les bistrots entourant le champ r de foice.-

Farigou- chaulait aussi*

U'ohantait un air qui Kawait «guéri. de lfr«iièMreijen/Afeiq|iaé U il se tût.

56 L'ENTREPRENEUR D1LLUMINATI0NS

Avah-O perdu ta route ?

Gwnment reut-il perdue puisqu'il n'allait nulle part ?

Farigou avait senti Frandne I

Il Tavaît flairée vraiment et la preuve c'était que son nez remuait de façon significative, ranimant toute sa face cuite entre les poils roux.

Farigou tendit le cou, huma Tair ; l'œil gauche qui ressemblait à un papillon blessé battit de l'aile. Et, poussant un grognement de sanglier, l'homme prit un trot lourd, réralu, et, certain à présent de son but, s'enfonça plus avant à travers les fourrés, écrasant sous ses pieds l'infini peuple insaisissable, infime, de la forêt sonore.

Un terrible cri délogea deux verdiers.

La branche qui les portait trembla lugubrement, à l'instant que, terrassée par Farigou, Francine s'abattait sur le feuillage moite du dernier automne.

Francine, ayant crié, ferma les yeux d'abord.

A la première seconde, sa peur si grande ne fut pas plus forte que celle de l'enfant qui, dans l'ombre, se sent happée par les griffes d'un buisson. Nfais bientôt l'envahit toute l'horreur de quelque mal affreux qu'il allait lui falloir endurer sans recours.

Francine ignorait ce que ce pouvait être que la pudeur.

Tant de fois Francine avait vu, en s*éveillant, sa mère, qui était bonne et qu'elle aimait, couchée avec un homme qu'elle ne connaissait pas I

Francine n'était pas de ces petites filles bien gardées, bercées avec de chastes mensonges.

Elle avait peur I

Elle avait peur de la douleur I

Sa chair se révoltait contre la souffrance trop extrême ; celle qui semble insurmontable, insupportable au patient que guette l'opéra' leur et que cependant on subit, au prix de quels maux I Elle tremblait comme pourrait trembler le blessé aux mains d'un chirurgien barbare, le chien qu'à travers ses lunettes glacées l'étudiant fanatique voit frissonner sous son scalpel.

Il paraissait à Francine que ses jambes amollies l'entraînaient vers d'infinies profondeurs. De petites lumières imaginaires étincelaient puis s'éteignaient en tintant, dépravant ses yeux et ses

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