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CHAPITRE IX

l'éducation de frangine

Recueillie par Théodore Marat, caressée, mignotée, décrassée, attifée, bordée dans un douillet petit lit blanc par la Duclos, Fran* dne connut la douleur et la )oie.

— Ah I grognait joyeusement l'entrepreneur d'illuminations, tu ne la gâteras jamais assez, la Dudos... mais bon sang que tu la gâtes I Gâte Francine, mère Duclos, gâte-là. Pour dire, elle n'en a jamais eu autant de la Gitaud. Bien sûr que cette saloperie ambulante avait du cœur et des entrailles ; quand même, pour élever un bijou pareil I... Non, je te le dis, la Duclos» Princesse Crustacée si on veut, mais la Merveille des Mères, ah ! non I

Marat riait très fort du calembour que n'entendait pas la Duclos. Aussi bien s'épargnait-elle la peine de chercher à comprendre. G>mme son maître, elle était tout à Francine et ne songeait rien qu'à elle, rien qu'à la rendre heureuse et aussi digne de l'admiration des bourgeois hésitant à respecter cette enfance souillée. La Duclos voulait révéler à la ville un trésor ; extraire un joyau de sa gangue.

Théodore Marat qui n'avait point de fenune n'attendait pas d'hôte, lorsque sa pitié lui fit cueillir cette fleur des bois. L'^itrepreneur disposait d'une maisonnette entière ; c'était son bien, mais l'on n'y logeait pas moins à l'étroit. Au rez'-de-chaussée, le réduit orné de fusées en panoplie et qui servait de bureau, séparé par un vestibule éhroit de la grande pièce carrée où l'on avalait tout chauds les mets cuisinés par la Duclos sous le manteau de la cheminée rus-

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tique. Au premier, la chambre de Marat et son Musée. La mère Dudos couchait dans une soupente.

Le soir du drame on avait improvisé pour Francine un lit dans la cuisine, tout contre 1 atre dont l'immense gueule noire absor-* bait, pour rougeoyer bientôt, brindilles, fagots et bûches. Le D' Ode avait réjoui son compère Marat en ordonnant d'allumer un grand feu et de l'entretenir jusqu'au matin. Il fallait que la pitoyable blessée eut bien chaud.

Dès le lendemain se posait le problème de l'installation de Francine et la Dudos se laissait bien gronder par son maître pour s'être permis d'avancer que la « pauvre chérie belle » méritait une meil" leure place que celle du chat. Comme si Marat avait eu besoin que la Dudos lui enseigna son devoir I

Ce ne fût pas long. Marat ne balança pas une minute. Il (it ce qui semblait la chose la plus imprévisible, et il la fit sans un regret, la plus naturellement du monde. Il ouvrit pour Frandne la porte dose du Musée* Il lui donna le Musée pour qu'on en fit sa chambre de jeune fille.

Quand Marat décida la chose, au lendemain même du drame et quand il n'en était encore qu'à espérer que les autorités ne réclameraient pas Francine, ne la lui arracheraient pas en vertu de quelque droit public, au nom de quelque misère morale, il y avait assez nombreuse assistance chez l'entrepreneur d'illuminations.

— Nom de Dieu !... elle couchera dans le Musée I

On connaissait le cœur du bonhomme. Quand même, donner le Musée, c'était quelque chose. Et spontanément, d'un si bel élan, c'était beau ! Qui eut été capable d'un sacrifice égal ? Mais, d*abord, quelqu'un possédait-il quelque chose de semblable, de si prédeux, de si beau, de si grand, de si pur à sacrifier ? Personne, parbleu. On admira et, plus tard, car on avait admiré en silence, la plupart convinrent, et dans les mêmes termes, que « ça leur avait donné un coup. »

Or, le D' Ode se distingua en cette drconstance. II n'en dit pas long, mais si peu que ce fût, Marat, en des dispositions à ne rien négliger de ce qui touchait à la petite, l'entendit.

— Aï I fit le D' Ode.

— Qu'est-ce que tu as ? lui demanda Marat redevenant bourru.

Le médecin s'était aisément ressaisi.

— Rien, r^KHidit-il ; une molaire qui me tourmente.

— II faudm donc qu'on te l'arrache, parce qu'elle te fait Caire des grimaces assez pénibles k voir.

Le ly Ode se le tint pour dit, assez pour apparaître singulièrement circonspect lorsque, le soir, au CltA des JaaJnm o& l'entrepreneur ne parut pas, Chevance demanda au médecin :

— Ah ! ça. Ode, mon ami, est-ce que vous trouveriez excessif, déplacé ou... je ne sais quoi, le sacrifice que Marat fait de son Musée ? Vous aviez ce matin une de ces mines ! D'ailleurs, Marat l'a parfaitement remarquée.

— Moi ? Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute ? Je fais comme tout le monde, je trouve ça très bien, et tellement digne de lui ! C'est un saint ce bougre-là I Un saint, ce conservateur écarlate des trésors de la grande révolution. J'ai soutfert d'un élancement... une sale molaire, à gauche, dans le fond, là.

— Ça va mieux ?

— Vous êtes bien bon, Chevance. Je me suis appliqué sur la gencive une forte couche de teinture... oh I à propos, il faut que je vous dise. La gloire m'est venue en dormant. Grivaut m'a conté que ce matin, dans son officine, une ménagère du quartier des Tanneries est venue lui demander dix sous de teinture d'Ode... ! Et il paraît qu'elle n'a même pas le mérite de l'invention. Vous pensez, mon boit, que j'ai adjuré Albert de ne pas reprendre les bonnes femmes ses clientes quand elles font à mon profit de si savoureux pataquès. Pourquoi, dans les siècles des siècles, la jeunesse studieuse, ayant comme il convient honoré Hippocrate et Gallien, ne tirerait-elle pas ses chapeaux à ce semblable par la barbe. Ode le médicastre briard, ancien interne de Cochin, inventeur de la teinture qui porte son nom ? Nous en admirons bien d'autres.

— Je le raconterai dans la SentineUe.

— Faites-le et je vous fous un bon procès I Je vous défends de saper ma gloire naissante ; et laissez faure le temps I...

On ne parla plus de la grimace du matin, ni de l'exdamation

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